Les de­mandes d’aide à la Fon­da­tion de la Vi­site ex­plosent

Guide de Montréal-Nord - - ACTUALITÉS - NA­THA­LIE VIGNEAULT na­tha­lie.vigneault@tc.tc

COM­MU­NAU­TAIRE. L’or­ga­nisme Fon­da­tion de la Vi­site n’ar­rive plus à com­bler toutes les de­mandes d’aide : la liste d’at­tente pour le ser­vice de mères et pères-vi­si­teurs est pas­sée d’une di­zaine à près de 30 noms à Mon­tréal-Nord, à la suite de la vague de nou­veaux ar­ri­vants cet été.

Ces fa­milles avec jeunes en­fants et bé­bés nais­sants ar­rivent au Qué­bec avec un stress énorme. En plus de de­voir s’adap­ter à leur nou­velle vie dans un autre pays, ils doivent s’oc­cu­per d’un pe­tit être, avec tout ce que ce­la im­plique même dans les condi­tions ré­gu­lières : fa­tigue, dé­pres­sion post-par­tum, sui­vis mé­di­caux, etc.

Les pères et mères vi­si­teurs, des ai­dants na­tu­rels ré­mu­né­rés, font une énorme dif­fé­rence par des choses simples. «Très souvent, on va ac­com­pa­gner les pa­rents pour les ren­dez-vous à l’hô­pi­tal ou à l’ur­gence», explique Ghas­san As­sio, père-visiteur à Mon­tréal-Nord.

Oc­cia­nie Ti­ty, mère-vi­si­teuse à Mon­tréal-Nord, ac­com­pagne beau­coup de femmes mo­no­pa­ren­tales, dont cer­taines ont plus d’un en­fant, avec ju­meaux, ou en­core qui pré­sente un han­di­cap lourd, comme la pa­ra­ly­sie cé­ré­brale par exemple.

«Quand j’ar­rive, je de­mande: «j’ai trois heures à t’of­frir, com­ment je peux t’ai­der au­jourd’hui ». Par­fois elles ont be­soin de ré­pit, par­fois ce sont les sorties pour faire faire des pa­piers, des re­cherches d’em­ploi, etc. », explique-t-elle.

« En en­trant dans la mai­son, les pa­rents-vi­si­teurs vont per­mettre d’apai­ser ins­tan­ta­né­ment le stress vé­cu de n’im­porte quel ordre, juste par leur pré­sence, leur cha­leur. C’est une res­source pré­cieuse, sans ju­ge­ment », ajoute, Ma­rie-Jo­sée Des­ro­chers, co­or­don­na­trice à l’in­ter­ven­tion à Mon­tréal-Nord.

Chaque pa­rent-visiteur s’oc­cupe de huit fa­milles à rai­son d’en­vi­ron trois heures par se­maine par fa­mille. Fait ex­cep­tion­nel, ceux-ci sont aus­si dis­po­nibles pour ur­gence 24 heures, sept jours par se­maine pour les fa­milles.

ÉVI­TER LES PLACEMENTS D’EN­FANTS

Se­lon l’éva­lua­tion de l’or­ga­nisme, ces vi­sites de pre­mières lignes per­mettent d’évi­ter la mal­trai­tance et la né­gli­gence au­près des jeunes en­fants. «Je peux af­fir­mer que dans en­vi­ron 80 % des cas, on évite même le pla­ce­ment des en­fants à la Di­rec­tion de la pro­tec­tion de la jeu­nesse, es­time De­nise Lan­dry, di­rec­trice gé­né­rale et fon­da­trice. Ce sont des éco­no­mies énormes que l’on pro­cure à la so­cié­té ».

«C’est que nos pa­rents-vi­si­teurs sont des gens du mi­lieu qui n’ar­rivent pas avec un man­dat de tra­vail so­cial du ré­seau de la san­té et ce­la fait une grande dif­fé­rence dans la confiance et le lien avec les fa­milles », ajoute Mme Lan­dry.

Dans la der­nière an­née, les in­ter­ve­nants ont re­mar­qué une hausse des si­tua­tions pro­blé­ma­tiques de vio­lence conju­gale et fa­mi­liale. « Notre tra­vail est d’ar­ri­ver avant qu’il y ait ces pro­blèmes », in­dique Mme Lan­dry.

Un tra­vail d’édu­ca­tion et d’in­té­gra­tion se fait na­tu­rel­le­ment. «On leur explique les va­leurs d’ici. Es­sen­tiel­le­ment, on leur explique qu’il faut pro­té­ger l’en­fant, l’ai­der à s’épa­nouir et ne pas uti­li­ser de force ex­ces­sive avec les en­fants», explique M. As­sio.

Le tra­vail des pères et mères vi­si­teurs en est un de pre­mière ligne et il est re­con­nu par le ré­seau de la san­té. Bien qu’il ne soit pas re­con­nu comme une pro­fes­sion, la for­ma­tion oc­troyée est at­tes­tée par la So­cié­té de for­ma­tion conti­nue (SOFEDUC) de­puis deux ans. « Ces for­ma­tions men­suelles portent sur la san­té men­tale, la toxi­co­ma­nie, l’écoute ac­tive, etc. », énu­mère Mme Des­ro­chers.

FI­NAN­CE­MENT RE­FU­SÉ

L’or­ga­nisme, fi­nan­cé à 52 % par les gou­ver­ne­ments ca­na­dien et qué­bé­cois, peine à main­te­nir le ni­veau de fi­nan­ce­ment d’une an­née à l’autre de­puis quelques an­nées. Entre autres, Cen­traide a dû cou­per 25000$, l’équi­valent d’une in­ter­ve­nante à temps par­tiel. «Ce sont 15 fa­milles qui n’ob­tiennent pas les ser­vices an­nuel­le­ment », sou­ligne Mme Lan­dry.

Du cô­té du pri­vé, « Beau­coup de fon­da­tions ne veulent pas fi­nan­cer des sa­laires et pré­fèrent fi­nan­cer un bien ma­té­riel », in­dique Ar­naud Payet, agent au dé­ve­lop­pe­ment et au fi­nan­ce­ment.

Les coupes gou­ver­ne­men­tales se sont aus­si suc­cé­dé de­puis 2014. C’est le cas au mi­nis­tère de l’Im­mi­gra­tion qui s’est re­ti­ré pour se concen­trer sur les or­ga­nismes qui agissent ex­clu­si­ve­ment au­près des im­mi­grants. « Pour­tant 84 % de notre clien­tèle est is­sue de l’im­mi­gra­tion », fait va­loir Mme Lan­dry.

De plus, leur de­mande d’aide ré­cente pour em­bau­cher deux in­ter­ve­nantes sup­plé­men­taires a été re­fu­sée, mal­gré des lettres d’ap­pui de plu­sieurs or­ga­nismes tra­vaillant avec les im­mi­grants, dont le Bao­bab fa­mi­lial, Pe­tites Mains et Mé­de­cins du Monde.

Les pa­rents-vi­si­teurs par­ti­cipent pour­tant en grande par­tie à l’in­té­gra­tion des nou­veaux ar­ri­vants. « On ar­rive avec notre ex­pé­rience de pa­rents et on peut leur ex­pli­quer com­ment on est ar­ri­vé à pas­ser au tra­vers de nos dif­fi­cul­tés, dans la com­mu­ni­ca­tion et la com­pré­hen­sion, tout en fai­sant ap­pel aux res­sources », explique Ghas­san As­sio.

Sou­li­gnons en­fin que la Fon­da­tion de la Vi­site offre le ser­vice de pa­rents-vi­si­teurs à do­mi­cile dans les ar­ron­dis­sents de Mon­tréal-Nord, Bor­deaux-Car­tier­ville, Ho­che­la­ga-Mai­son­neuve, Côte-des-Neiges, ain­si que dans l’ouest de Mon­tréal. De plus, des trousses de nais­sance in­cluant pi­qués, py­ja­ma et tri­cots sont dis­tri­bués à l’en­semble de la po­pu­la­tion ré­fé­rée par le ré­seau de la san­té. En 2016-2017, 700 trousses ont été dis­tri­buées com­pa­ra­ti­ve­ment à en­vi­ron 450 l’an­née sui­vante.

(Pho­to TC Me­dia – Ma­rio Beau­re­gard)

De­nise Lan­dry, fon­da­trice et di­rec­trice gé­né­rale

(Pho­to TC Me­dia – Ma­rio Beau­re­gard)

Ghas­san As­sio, père-visiteur à Mon­tréal-Nord

(Pho­to TC Me­dia – Ma­rio Beau­re­gard)

Oc­cia­nie Ti­ty, mère-vi­si­teuse à Mon­tréal-Nord

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