Es­pace Pa­rents : des ou­tils pour re­ca­drer le por­trait de fa­mille

Im­mi­gra­tion

Guide de Montréal-Nord - - ACTUALITÉS - NAFI ALI­BERT nafi.ali­bert@tc.tc

IN­TER­CUL­TU­RA­LI­TÉ. Le mo­dèle d’édu­ca­tion qu’ils connaissent vient d’ailleurs, mais ils doivent au­jourd’hui éle­ver leurs en­fants ici. Pour ac­com­pa­gner les pa­rents im­mi­grants dans l’exer­cice de leur rôle pa­ren­tal, le Ser­vice d’ac­com­pa­gne­ment aux nou­veaux ar­ri­vants (SA­NA) de Mont­réal-Nord lance une sé­rie d’ate­liers vi­sant à leur faire mieux com­prendre les at­tentes de la so­cié­té d’ac­cueil vis-à-vis d’eux-mêmes et de leurs en­fants.

«Pour se re­pé­rer à Mont­réal, une carte de Pa­ris ne sert à rien, ça me prend la carte de Mont­réal », illustre Ma­rie-Claire Ru­fa­ga­ri, la co­or­don­na­trice du vo­let for­ma­tion de la Table de concer­ta­tion des or­ga­nismes au ser­vice des per­sonnes ré­fu­giées et im­mi­grantes (TCRI), l’or­ga­nisme à l’ini­tia­tive du pro­jet Es­pace Pa­rents.

C’est avec cette mé­ta­phore que Mme Ru­fa­ga­ri in­tro­duit l’idée que les pa­rents néo-ar­ri­vants, qui trans­portent sou­vent dans leurs va­lises le mo­dèle d’édu­ca­tion qu’on leur a in­cul­qué dans leur pays d’ori­gine, ont be­soin d’être gui­dés pour avoir de nou­veaux re­pères.

Des nou­veaux re­pères sans les­quels il leur est par­fois com­pli­qué de dé­ve­lop­per des fa­çons de faire qui soient conformes avec les at­tentes de leurs nou­velles so­cié­té.

RÉ­AP­PRENDRE À ÊTRE PA­RENT

Conçu en col­la­bo­ra­tion avec de par­te­naires is­sus du mi­lieu com­mu­nau­taire, de l’Uni­ver­si­té de Mont­réal et du CIUSSS du Cen­treSud-de-l’ïle-de-Mont­réal, l’Es­pace Pa­rents du SA­NA dé­cor­ti­que­ra les te­nants et les abou­tis­sants du rôle pa­ren­tal dans un contexte de dé­ra­ci­ne­ment.

«Tous les im­mi­grants, peu im­porte leur sta- « J’ai éle­vé les 3 aî­nés en Haï­ti, et c’était telle- tut ou la rai­son qui les pousses à chan­ger de ment dif­fé­rent que pour les 2 autres qui ont pays, connaissent tous une pro­blé­ma­tique com­mune gran­di ici!», s’ex­clame-t-elle en pré­ci­sant que : le bou­le­ver­se­ment, à dif­fé­rent de­grés, de « là-bas », toute la com­mu­nau­té joue le rôle de la dy­na­mique fa­mi­liale qui va être ques­tion­née pa­rents et que le res­pect en­vers les adultes n’a dans le nou­vel en­vi­ron­ne­ment », ob­serve pas le même sens qu’ici. « Ici, l’en­fant est vrai­ment Jeanne Ni­wem­fu­ra, agente d’ac­cueil au SA­NA. plus roi. Ma fille avait 8 ans quand nous

De la fi­gure ébran­lée du père tra­di­tion­nel­le­ment sommes ar­ri­vés au Qué­bec, ce n’est plus du tout pour­voyeur qui n’a plus d’em­ploi, aux dif­fé­rences la même en­fant qu’en Haï­ti, et c’est nor­mal, mais d’édu­ca­tion, en pas­sant par la dès qu’elle a été à l’école, tout a com­men­cé à construc­tion de l’iden­ti­té de l’en­fant, chan­ger », a-t-elle no­té. Mme Ni­wen­fu­ra ani­me­ra les 9 ate­liers heb­do­ma­daires qui com­men­ce­ront mar­di pro­chain.

Elle se­ra épau­lée de Sa­bri­na Ro­zon, une édu­ca­trice spé­cia­li­sée du CLSC de Mont­réal-Nord spé­cia­le­ment for­mée pour gui­der les par­ti­ci­pant au tra­vers des di­verses dis­cus­sions, ré­flexions et mises en si­tua­tion.

« Es­pace Pa­rents est une base pour que les pa­rents puissent prendre du re­cul par rap­port au rôle qu’ils avaient là-bas et ce­lui qu’ils ont ici », par­tage Mme Ro­zon qui contri­bue­ra no­tam­ment à dé­mys­ti­fier la Loi sur la pro­tec­tion de la jeu­nesse lors des ate­liers.

Il faut com­prendre qu’un des do­maines où le choc cultu­rel va être très puis­sant c’est au ni­veau des mé­thodes édu­ca­tives. »

Ma­rie-Claire Ru­fa­ga­ri.

RE­LA­TI­VISME CULTU­REL

Ar­ri­vée à Mont­réal en 2010 après le trem­ble­ment de terre en Haï­ti, Mar­jo­rie Sanon est mère de 5 en­fants. Sa fille de 17 ans et son fils de 11 ans vivent avec elle ici, alors que « les plus vieux » vivent ac­tuel­le­ment aux États-Unis.

Et ce n’est pas un ha­sard. Les en­fants vont as­si­mi­ler les codes de la nou­velle so­cié­té plus ra­pi­de­ment que leurs pa­rents via leur sco­la­ri­sa­tion. À leur re­tour à la mai­son, beau­coup d’entre eux ques­tionnent le mo­dèle d’édu­ca­tion avec le­quel leurs pa­rents sont fa­mi­liers

Sans pour au­tant cau­tion­ner la dé­marche, Jeanne Ni­wem­fu­ra ra­conte que cer­tains pa­rents in­fligent par exemple des châ­ti­ments cor­po­rels à leurs en­fants qui ont de mau­vaises notes à l’école, parce que ce­la se fait dans leur pays d’ori­gine.

« Ils pensent pour­tant bien faire, et il ne faut pas ou­blier que la grande ma­jo­ri­té de ces fa­milles ont émi­gré d’abord pour of­frir un meilleur ave­nir à leurs en­fants », pré­cise Mme Ni­wem­fu­ra.

À cet égard, sa col­lège du TCRI tient a rap­pe­lé que les en­fants is­sus de l’im­mi­gra­tion, en par­ti­cu­lier ceux ori­gi­naires d’Haï­ti, sont sur­re­pré­sen­tés au ni­veau des si­gna­le­ments à la Di­rec­tion de la pro­tec­tion de la jeu­nesse, et pas tou­jours pour les bonnes rai­sons, se­lon elle.

« Ces en­fants sont si­gna­lés prin­ci­pa­le­ment par le mi­lieu sco­laire, qui comme bien d’autres ins­ti­tu­tions n’est pas pré­pa­ré à l’in­ter­cul­tu­ra­li­té », ex­plique Mme Ru­fa­ga­ri. «Il y a une confu­sion au ni­veau de l’éva­lua­tion entre ce qui re­lève d’un pro­blème d’adap­ta­tion et des réels cas pa­tho­lo­giques de mal­trai­tance en tant que tels », ajoute celle qui ai­me­rait que les dif­fé­rents pa­liers d’in­ter­ve­nants soient for­més aux aus­si à l’in­ter­cul­tu­ra­li­té.

C’est la rai­son pour la­quelle les ate­liers du SA­NA ont été éla­bo­rée dans une op­tique in­ter­sec­to­rielle en ras­sem­blant des uni­ver­si­taires, des ac­teurs du com­mu­nau­taire et des ser­vices so­ciaux et de san­té.

La pre­mière co­horte des par­ti­ci­pants d’Es­pace Pa­rents est consti­tuée de per­sonnes ve­nues du Magh­reb et d’Haï­ti, les deux prin­ci­pales ré­gions d’où sont ori­gi­naires les quelques 42 % d’im­mi­grés qui com­posent la po­pu­la­tion nord-mont­réa­laise.

(Pho­to Nafi Ali­bert/TC Me­dia)

Anis­sa et ses deux en­fants ori­gi­naires d’Al­gé­rie et Mar­jo­rie Sanon d’Haï­ti sont ve­nues par­ti­ci­per aux ren­con­trés Sa­bri­na et Jeanne, les deux ani­ma­trices d’Es­pace Pa­rents.

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