En­fants doués, ma­man dé­bor­dée

Hebdo Rive Nord - - ACTUALITÉS - OLIVIA NGUONLY

DOUANCE. Xa­vier* et Za­cka­ry ont un an de dif­fé­rence. Bé­bés, les deux frères ap­pre­naient vite, ré­sume leur mère. Le lan­gage, la marche, la com­pré­hen­sion des choses, les jeux, « ils étaient tou­jours à l’avance sur les autres ». Les gar­çons ont re­çu un diag­nos­tic de douance et au­jourd’hui âgés de neuf et huit ans, leur ma­man a choi­si de les re­ti­rer de l’école.

Il y a aus­si la pe­tite Ma­thilde, 5 ans, la ben­ja­mine de la fa­mille, qui pré­sente aus­si les mêmes ca­rac­té­ris­tiques sur­pre­nantes que ses frères. Ja­cynthe, la ma­man, est ain­si à la tête d’un pe­tit trio de gé­nies, qui mal­gré ses fa­cul­tés ex­tra­or­di­naires, pré­sente aus­si son lot de tra­cas.

« À 2 ans, leur lan­gage était as­sez dé­ve­lop­pé ; ils em­ployaient des ex­pres­sions comme, ‘’c’est ex­tra­or­di­naire’’, et à 3 ans, ils pou­vaient faire des casse-têtes de 100 mor­ceaux », illustre celle qui est en­sei­gnante de pro­fes­sion.

N’ayant pas fré­quen­té de ser­vice de garde avant de faire leur en­trée à la ma­ter­nelle, Ja­cynthe se sou­vient que tout se pas­sait bien à la mai­son pour ses gar­çons. Elle était consciente du haut po­ten­tiel in­tel­lec­tuel de ceux-ci, mais n’avait pas pous­sé les in­ves­ti­ga­tions plus loin.

L’en­trée à l’école a en­suite bou­le­ver­sé le quo­ti­dien de la fa­mille la­nau­doise.

« L’école a beau­coup chan­gé mes en­fants. Les frus­tra­tions et l’agres­si­vi­té ont com­men­cé à ap­pa­raître à par­tir de là », re­late la ma­man.

« Je me sens dé­bor­dée. C’est très de­man­dant et exi­geant », ajoute-t-elle.

LA DOUANCE ET LES AUTRES DIAG­NOS­TICS

En deuxième an­née, Xa­vier com­mence à dé­ve­lop­per des troubles de com­por­te­ment à la mai­son. « À l’ex­té­rieur, il se com­por­tait de ma­nière par­faite, mais ren­du à la mai­son, il ex­plo­sait, comme s’il avait un trop plein. C’est l’ef­fet de l’an­xié­té qu’il re­te­nait. Il s’en­nuyait aus­si à l’école. »

À par­tir de ce mo­ment, Ja­cynthe com­mence à s’in­for­mer sur le su­jet des en­fants à haut po­ten­tiel in­tel­lec­tuel. « C’est comme si je li­sais la vie de mon fils », confie celle qui ne connais­sait pas les en­jeux liés à la douance et même en tant qu’en­sei­gnante, elle avoue ne pas avoir été for­mée en ce sens.

Un pre­mier diag­nos­tic est ain­si po­sé pour Xa­vier : douance avec fra­gi­li­té at­ten­tion­nelle. Plus tard, d’autres diag­nos­tics s’ajou­te­ront : trouble exé­cu­tif et dys­lexie.

« L’im­pul­si­vi­té et l’agres­si­vi­té étaient de­ve­nues in­tenses. Nous étions ren­dus à la mé­di­ca­tion, mais à cause de la douance, la mé­di­ca­tion au­rait l’ef­fet d’une bombe dans son cer­veau », évoque Ja­cynthe en ajou­tant que l’école était de­ve­nue une grande source de frus­tra­tions pour son ca­det.

Pour Za­cka­ry, c’est une hy­per­sen­si­bi­li­té ex­trême que sa mère re­marque en pre­mier. « Il ne peut pas to­lé­rer les cou­tures des vê­te­ments sur sa peau. Il a de fortes ré­ac­tions aux chan­ge­ments de tem­pé­ra­ture et le moindre pe­tit bo­bo de­vient la fin du monde. Il a aus­si une hy­per­sen­si­bi­li­té émo­tion­nelle », énu­mère-t-elle.

Dans son cas, en plus de la douance, on lui diag­nos­tique une dys­praxie [NDLR: trouble de l'ac­qui­si­tion de la co­or­di­na­tion]. « L’un ca­chait l’autre », ré­sume la ma­man.

DE MI­NI ADULTES

Mais les en­fants à haut po­ten­tiel in­tel­lec­tuel n’amènent pas que des dif­fi­cul­tés, tient à pré­ci­ser Ja­cynthe. « Ils sont ca­pables de plein de choses. Ce sont comme de mi­ni adultes avec qui on peut en­tre­te­nir une grande com­pli­ci­té et

une bel­le­bll dy­na­mi­que­di », avance-t-tel­lell en men­tion­nant que pour sa part, les gar­çons sont sou­vent im­pli­qués dans les prises de dé­ci­sion.

À pré­sent, afin de sou­te­nir la mo­ti­va­tion sco­laire de ses en­fants, qui était ren­due à plat, et fa­vo­ri­ser leur épa­nouis­se­ment, la mère de fa­mille a donc ré­cem­ment pris la dé­ci­sion de leur « faire l’école à la mai­son ».

« Je ne connais pas l’ave­nir, mais pour l’ins­tant, c’est po­si­tif. Nous sommes pas­sés de 30 crises par jour à 0. Au­jourd’hui, je veux les raccrocher à leurs in­té­rêts », par­tage-t-elle.

La ma­man de Xa­vier, Za­cka­ry et Ma­thilde croit que ses en­fants pour­raient bien re­tour­ner sur les bancs d’une école éven­tuel­le­ment… mais pro­ba­ble­ment plus de ni­veau se­con­daire, où plus de pro­grammes par­ti­cu­liers sont dis­po­nibles.

*Tous les noms dans le texte ont été chan­gés pour des noms fic­tifs afin de pré­ser­ver l’ano­ny­mat des en­fants.

(Pho­to Des­po­sit­pho­tos)

Les en­fants à haut po­ten­tiel in­tel­lec­tuel n’amènent pas que des dif­fi­cul­tés, ils sont ca­pables de choses ex­tra­or­di­naires.

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