« Il mé­rite sû­re­ment un mo­nu­ment » - De­nis Ar­cham­bault

Dé­cès de Tex Le­cor

Hebdo Rive Nord - - ACTUALITÉS - LOUISE BOUR­GET

Quand on connaît quel­qu’un de­puis 40 ans et qu’on le voyait toutes les se­maines, au cours des dix der­nières an­nées, on peut com­prendre que le dé­cès de cette per­sonne vienne cham­bou­ler notre vie. C’est le cas de De­nis Ar­cham­bault, le pro­prié­taire de la ga­le­rie d’art du même nom à La­val­trie, qui ne réa­lise pas en­core que son ami Tex Le­cor n’est plus là.

« Il va me man­quer, mais il conti­nue à vivre par le biais de ses ta­bleaux », lance-t-il d’em­blée. Il ajoute : « C’est un géant, un gars aux mul­tiples ta­lents, il n’y a pas d’équi­valent. Comme peintre, l’ave­nir le di­ra, mais c’est l’un des plus grands que nous avons connus. En plus, il a fait rire le Qué­bec avec ses in­so­lences d’un té­lé­phone, il a com­po­sé des chan­sons, des clas­siques, comme Noël au camp et plu­sieurs autres. »

En par­lant de chan­sons, le pro­prié­taire de la ga­le­rie d’art se sou­vient que son ami a com­po­sé Ste-scho­las­tique Blues, qui por­tait sur les ex­pro­pria­tions en 1969, qui ont pré­cé­dé la construc­tion de l’aé­ro­port de Mi­ra­bel. « Le pauvre monde, ces gens ont été dé­pos­sé­dés de leurs terres. C’est ça, Tex Le­cor. C’est la même chose dans ses ta­bleaux, on re­trou­vait une forme d’hu­mour, mais aus­si des mes­sages. »

Pour son ami de longue date, la sym­bo­lique qui re­ve­nait ré­gu­liè­re­ment était re­pré­sen­tée par des mains dis­pro­por­tion­nées, plus grosses que nor­ma­le­ment. « Pour lui, c’était bien im­por­tant. Que ce soit une ba­garre de ta­verne, des culti­va­teurs, des bû­che­rons, les grosses mains sym­bo­li­sait un peuple qui a tri­mé dur », ra­conte De­nis Ar­cham­bault.

Avec sa ga­le­rie d’art, ce der­nier s’est lié ra­pi­de­ment d’ami­tié avec l’ar­tiste peintre. « J’al­lais chez lui pour voir s’il n’avait pas quelque chose de nou­veau et, en même temps, on par­lait de tout et de rien : les nou­velles, le Ca­na­dien pour qui ça n’al­lait pas bien, la po­li­tique, de sa vie. C’est quel­qu’un qui mé­rite sû­re­ment un mo­nu­ment. Je vais dire comme l’un de ses grands amis Louis-paul Al­lard, au mo­ment où on dé­bou­lonne plein de mo­nu­ments, il est temps d’en éri­ger un pour Tex Le­cor, car c’est quel­qu’un hors du com­mun. »

De­nis Ar­cham­bault confie que ça lui fai­sait le plus grand bien d’al­ler chez lui. « Ça m’éner­gi­sait. Comme on dit, en bon Qué­bé­cois, je lui ti­rais les vers du nez. Je lui ten­dais une perche et, lui, il em­brayait. Il me contait plein d’his­toires avec ses chums Ro­ger Beau­lu, Louis-paul Al­lard, des his­toires de pêche, des tours qu’il jouait, des spec­tacles qu’il a don­nés avec Claude Blan­chard. J’avais tou­jours beau­coup de plai­sir. »

LE COEUR SUR LA MAIN

Se­lon ses pro­pos, Tex Le­cor avait une grande qua­li­té. « Il était très gé­né­reux et plu­sieurs per­sonnes le sol­li­ci­taient à tout bout de champ, dont ma­man Dion et son or­ga­nisme [Fon­da­tion ma­man Dion]. Chaque an­née, il lui don­nait une toile. La même chose pour le com­man­dant Ro­bert Pi­ché qui avait sau­vé plein de monde [at­ter­ris­sage d’ur­gence d’un Air­bus d’air Tran­sat aux Açores, en 2001, en rai­son d’une fuite de car­bu­rant] qui le sol­li­ci­tait pour le mou­ve­ment des Al­coo­liques ano­nymes, dont il fait par­tie. »

De­nis Ar­cham­bault sou­hai­te­rait que le pu­blic se sou­vienne que Tex Le­cor était un vrai peintre : « Il a fait ses beaux-arts et, par la suite, comme pour n’im­porte quel ar­tiste, c’était dif­fi­cile de vendre ses ta­bleaux. Mais lui, il avait plu­sieurs cordes à son arc, il est de­ve­nu chan­son­nier, il a fait plein d’af­faires, mais il a tou­jours peint. »

Le pro­prié­taire de la Ga­le­rie Ar­cham­bault se sou­vient que Tex Le­cor avait tou­jours sur lui un ca­le­pin et un crayon. « Quand il voyait quelque chose d’in­té­res­sant, il ne pre­nait pas une pho­to, il fai­sait un sketch, un des­sin de ce qu’il voyait. Ce n’était pas long, deux ou trois mi­nutes, puis pour lui c’était suf­fi­sant pour en faire un ta­bleau. »

BOÎTE À SOU­VE­NIRS

Lors de leur ren­dez-vous heb­do­ma­daire au cours des dix der­nières an­nées, Tex Le­cor a eu l’oc­ca­sion de ra­con­ter plu­sieurs anec­dotes au grand plai­sir de son ami. Ain­si, lors d’une élec­tion pro­vin­ciale, Re­né Lé­vesque a fait le tour du Lac Saint-jean et c’est Tex Le­cor qui était le chauf­feur at­ti­tré. « Ils ont dû avoir ben du fun », ajoute M. Ar­cham­bault.

Tex Le­cor a aus­si re­çu cer­taines dé­co­ra­tions, dont la mé­daille de l’ordre de la pléiade [ordre de la Fran­co­pho­nie et du dia­logue des cultures], en 2010, dé­cer­née à des gens qui par leur mé­tier et leur rayon­ne­ment ont été des dé­fen­seurs de la langue fran­çaise.

Ce der­nier a aus­si for­mé un groupe de peintres avec qui il s’en­ten­dait bien, et des peintres d’un cer­tain ca­libre, et il a ap­pe­lé ce groupe-là la Nor­vi­tude, car plu­sieurs d’entre eux ont peint des par­ties nor­diques du Qué­bec.

C’est éga­le­ment le fon­da­teur et le pre­mier pré­sident de l’ins­ti­tut des arts fi­gu­ra­tifs (AIF), un re­grou­pe­ment d’ar­tistes qui, en plus de faire la pro­mo­tion de l’art fi­gu­ra­tif de qua­li­té, vi­sait à faire connaître les ar­tistes peintres et sculp­teurs oeu­vrant spé­ci­fi­que­ment dans ce champ des arts vi­suels.

Le mot de la fin re­vient à M. Ar­cham­bault : « Mer­ci pour tout ce qu’il m’a ap­por­té. Quand on cô­toie des gens comme ça, ça nous fait gran­dir tout sim­ple­ment ! Ce qu’il est im­por­tant de men­tion­ner, c’est toute la beau­té de ses ta­bleaux et la beau­té c’est très po­si­tif. Comme je le dis à mes clients, je ne vends pas des ta­bleaux, mais je vends du bon­heur ! »

Oui, c’est une fi­gure de style, mais pour De­nis Ar­cham­bault, un in­con­di­tion­nel des oeuvres de son ami Tex Le­cor, elle lui sied à mer­veille.

(Pho­to – gra­cieu­se­té)

Tex Le­cor et

De­nis Ar­cham­bault, une ami­tié de plus de 40 ans.

(Pho­to – gra­cieu­se­té)

Pour Tex Le­cor, la sym­bo­lique qui re­ve­nait ré­gu­liè­re­ment était re­pré­sen­tée par des mains dis­pro­por­tion­nées, plus grosses que nor­ma­le­ment.

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