Rio, le peintre au pas­sé sombre et à l’ave­nir lu­mi­neux

L’ar­tiste de re­nom­mée in­ter­na­tio­nale ou­vri­ra une ga­le­rie à Saint-sul­pice

Hebdo Rive Nord - - ACTUALITÉS - OLI­VIA NGUONLY

ARTS VI­SUELS. C’est peut-être à cause de son al­lure jet-set ou de ses ver­nis­sages gran­dioses, mais lorsque l’ar­tiste Rio s’ouvre sur son pas­sé, nul ne se doute que l’homme aux oeuvres co­lo­rées et ex­plo­sives traîne une en­fance dou­lou­reuse. De pas­sage à M Ga­le­rie le temps d’une con­fé­rence le 19 oc­tobre der­nier, ce­lui qui ré­side à Saint-sul­pice a li­vré un té­moi­gnage tou­chant sur sa vie, son oeuvre et sa réus­site.

«Ton des­tin, c’est toi qui va l’écrire », sou­rit d’em­blée Rio, comme dans Sé­bas­tien Rio­pelle, un pe­tit-cou­sin éloi­gné du cé­lèbre peintre du même nom, confirme-t-il quelques mi­nutes après avoir en­ta­mé sa con­fé­rence.

En lan­çant une phrase comme celle-ci, le ton était lan­cé et ceux qui s’at­ten­daient à connaître les pin­ceaux fé­tiches de l’ar­tiste ou en­core ses as­tuces pour ob­te­nir des teintes si vives al­laient plu­tôt re­par­tir de la ga­le­rie de L’as­somp­tion avec une mis­sion : celle de tout faire pour réus­sir.

LE BON­HEUR N’EST PAS DANS LE PRÉ

Rio a gran­di sur une fer­mette à Sainte-mar­cel­line-de-kil­dare, dans le nord de La­nau­dière. Il se sou­vient des lé­gumes bio­lo­giques que fai­saient pous­ser sa mère et des poules qui cou­raient dans la basse-cour, mais sans doute plus de son père ar­mé d’une hache obli­geant sa pe­tite fa­mille à se ter­rer pen­dant deux jours dans le sa­lon. Une fois le pa­ter­nel dis­pa­ru, les vio­lences ont re­pris de plus belle avec son nou­veau beau-père. La drogue de ce der­nier, la pros­ti­tu­tion de sa soeur et la DPJ se sont mis de la par­tie.

« J’ai vu tout ça et je me suis dit que je ne m’en­li­gne­rais pas vers ça. J’ai vu la vie que je ne vou­lais pas vivre, mais en même temps, je ne peux pas re­nier ça », dé­voile l’homme au­jourd’hui âgé de 31 ans.

Pas­sion­né hor­ti­cul­ture, Sé­bas­tien Rio­pelle pour­suit ses études dans cette dis­ci­pline au cé­gep. Il est doué, très doué, même plus que le prof, se rap­pelle-t-il.

« J’étais fas­ci­né par les or­chi­dées. Ça me cap­ti­vait de pro­créer la vie ain­si. Mais comme je n’avais pas en­vie d’avoir une pé­pi­nière plus tard, j’ai lâ­ché et je me suis alors de­man­dé quoi faire de ma vie. »

Il se sou­vient qu’il était ex­cellent en des­sin, tel­le­ment que l’une de ses en­sei­gnantes lui au­rait dé­jà de­man­dé de ne pas trop se for­cer pour lais­ser la chance aux autres élèves.

UNE QUES­TION DE TI­MING

Le jeune homme s’ins­talle ain­si dans le sous-sol de sa tante et de­vient ser­veur dans un res­tau­rant du coin pen­dant sept ans. Tous ses re­ve­nus lui servent donc à se pro­cu­rer son ma­té­riel d’ar­tiste. Un jour, alors qu’il connaît dé­jà une cer­taine po­pu­la­ri­té avec ses oeuvres, il quitte son poste de ser­veur.

« J’ai tout lâ­ché au bon mo­ment ; la vie est une ques­tion de ti­ming. »

Des pe­tits ver­nis­sages, Rio en a fait. Dans des bi­blio­thèques mu­ni­ci­pales, des bars et même des res­tau­rants. Il se re­mé­more par ailleurs que ce­lui qu’il avait te­nu il y a quelques an­nées à l’an­cien res­tau­rant Roc­co de L’as­somp­tion avait connu un suc­cès fou. Au­jourd’hui, ses ver­nis­sages sont plus grands que na­ture et at­tirent leur lot de per­son­na­li­tés. « Lors de mes ver­nis­sages, les gens rentrent dans mon uni­vers de li­ber­té et d’ex­tase. Je mets lit­té­ra­le­ment tout ça sur scène. »

LES YEUX DE CORNO

Au dé­but, Sé­bas­tien Rio­pelle pei­gnait des femmes avec des yeux et se rap­pelle avoir vu les toiles de la dé­funte Corno ; il avait été fou­droyé par la res­sem­blance avec les siennes. « Je me suis dit que j’al­lais y al­ler avec la dé­per­son­na­li­sa­tion, parce que les yeux, c’est l’âme. »

La tête tou­jours en pleine créa­tion, le ré­sident de Saint-sul­pice in­siste sur le cô­té mar­ke­ting et l’or­ga­ni­sa­tion que se doivent d’avoir les ar­tistes peintres qui sou­haitent se dé­mar­quer sur la scène in­ter­na­tio­nale. « Chaque ma­tin, je me de­mande com­ment je peux amé­lio­rer mon com­merce », lance-t-il.

Ne rien pré­ci­pi­ter et de­meu­rer car­té­sien consti­tuent deux points d’an­crage pour ce­lui qui se re­pré­sente lui-même de­puis près de huit ans, sans ain­si avoir à tran­si­ger par une ga­le­rie d’art.

Après la France, c’est bien­tôt en Ita­lie que Rio ira tâ­ter le pouls du mar­ché qui l’in­té­resse, parce qu’au-de­là du Qué­bec, l’ar­tiste voit loin. « Il y a quelque chose de par­ti­cu­lier là-bas en Eu­rope. Je m’y sens un peu chez moi », confie-t-il, même s’il ne se voit pas y em­mé­na­ger.

Sa vie, c’est vrai­ment à Saint-sul­pice qu’il l’a bâ­tie, dans le sens lit­té­ral du verbe, puis­qu’il tra­vaille pré­sen­te­ment à la construc­tion de sa propre ga­le­rie d’art qui de­vrait voir le jour sur le bord de l’eau à l’au­tomne pro­chain.

« Mon pas­sé m’a don­né la force d’avan­cer et d’être une per­sonne meilleure », phi­lo­sophe l’ar­tiste le re­gard tour­né vers l’ave­nir.

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