Quatre po­li­ciers, un bar­rage, six tests de dé­pis­tage et une ar­res­ta­tion

L’heb­do Rive Nord par­ti­cipe à l’opé­ra­tion VACCIN à Saint-sul­pice

Hebdo Rive Nord - - ACTUALITÉS - OLI­VIA NGUONLY

Les ma­ga­sins ve­naient à peine de fer­mer et le froid po­laire ne don­nait ab­so­lu­ment pas en­vie à qui­conque de prendre une marche de san­té à l’ex­té­rieur. Les agents Luc Pi­card, Jé­rôme Ro­sa, Mi­kaël Bé­rard et Alexandre La­combe s’ap­prê­taient pour­tant à quit­ter le poste de la rue Dor­val pour ques­tion­ner les au­to­mo­bi­listes qui al­laient croi­ser leur route.

« On leur de­mande de où ils ar­rivent, où ils s’en vont et s’ils ont consom­mé. Les gens co­opèrent à 99 % et sont même contents de notre pré­sence », ré­sume l’agent Ro­sa, qui cu­mule 10 ans de ser­vice. Il ajoute qu’ils ob­ser­ve­ront éga­le­ment cer­tains signes, comme l’odeur dans le vé­hi­cule, l’ha­leine du conduc­teur, ses yeux, son élo­cu­tion, etc.

L’an­née der­nière, juste sur le ter­ri­toire cou­vert par le Ser­vice de po­lice de L’as­somp­tion/ Saint-sul­pice, du 24 no­vembre 2016 au 2 jan­vier 2017, ce sont six opé­ra­tions VACCIN, dont l’acro­nyme si­gni­fie « Vé­ri­fi­ca­tion ac­crue de la ca­pa­ci­té de conduite – In­ter­ven­tion na­tio­nale », qui ont me­né au fi­nal à 10 ar­res­ta­tions pour conduite af­fai­blie par l’al­cool ou les drogues sur les 1400 conduc­teurs vé­ri­fiés.

Au ni­veau na­tio­nal, pour la même pé­riode, l’opé­ra­tion s’est sol­dée par l’ar­res­ta­tion de 1500 au­to­mo­bi­listes lors des 2395 opé­ra­tions.

PRO­FIL DE CONDUC­TEUR FAUTIF

« Ça peut être des gens de toutes les tranches d’âge qui sont ar­rê­tés, re­marque le pa­trouilleur Bé­rard. Je pen­sais voir plus de per­sonnes âgées à cause de la men­ta­li­té d’avant, mais même avec la pré­ven­tion, les jeunes n’y échappent pas. »

« Il n’y a pas de por­trait spé­ci­fique et le nombre d’ar­res­ta­tions est plu­tôt stable à lon­gueur d’an­née », confirme Luc Pi­card.

Agent éva­lua­teur de drogues, M. Pi­card est donc aus­si for­mé pour re­con­naître un conduc­teur af­fec­té au­tant par l’al­cool que les stu­pé­fiants. « C’est to­lé­rance zé­ro en ma­tière de conduite avec les fa­cul­tés af­fai­blies par la drogue. C’est un mythe de pen­ser qu’on ne peut pas en dé­tec­ter la prise et qu’il n’y a rien de pré­vu par la loi en terme de sanc­tions », sou­tient ce­lui qui a sui­vi une for­ma­tion pour ob­te­nir ses cartes de com­pé­tence à titre d’ex­pert en re­con­nais­sance de drogues (ERD).

Avec l’adop­tion du pro­jet de loi C-45 sur la lé­ga­li­sa­tion du can­na­bis, les agents en­tre­voient un autre dé­fi sur les routes. « Ça ne se­ra pas un phé­no­mène nou­veau, mais il risque d’aug­men­ter après le mois de juillet 2018 », croit pour sa part M. Ro­sa. Son col­lègue, Alexandre La­combe, par­tage le même avis et ob­serve que dé­jà, la pro­por­tion d’au­to­mo­bi­listes condui­sant sous l’in­fluence de cette sub­stance tend à aug­men­ter.

PRÊTS À DE MUL­TIPLES SCÉ­NA­RIOS

Une fois le plan de match de la soi­rée éta­bli afin d’as­su­rer la sé­cu­ri­té de tous et maxi­mi­ser la flui­di­té de l’opé­ra­tion, les quatre agents se di­rigent vers leur vé­hi­cule de pa­trouille. « Il va aus­si fal­loir sur­veiller ceux qui font des de­mi-tours, aver­ti l’agent La­combe pen­dant les pré­pa­ra­tifs. Oui, il y en a, et c’est sou­vent ceux qui ont quelque chose à se re­pro­cher », conti­nue-t-il.

Chose cer­taine, les po­li­ciers n’en sont pas à leur pre­mière opé­ra­tion et sont prêts à faire face à de mul­tiples scé­na­rios.

À la lueur aveu­glante des gy­ro­phares qui brillent pour an­non­cer leur pré­sence et faire ra­len­tir les au­to­mo­bi­listes, le qua­tuor se dé­place d’un vé­hi­cule ar­rê­té à un autre. Une lampe torche à la main et le vi­sage à proxi­mi­té de ce­lui du conduc­teur in­ter­cep­té, les agents de la paix posent leurs ques­tions d’usage.

« Avec le froid et les fe­nêtres fer­mées, ça nous avan­tage, parce que l’ha­bi­tacle est com­plè­te­ment iso­lé et quand ils baissent leur vitre, ça sent plus fort », men­tionne l’agent La­combe entre deux vé­ri­fi­ca­tions.

HIS­TOIRES DE BAR­RAGE

La ma­jo­ri­té des au­to­mo­bi­listes passent et conti­nuent leur route avec un sou­rire, une for­mule de po­li­tesse au pas­sage et même des fé­li­ci­ta­tions des­ti­nées aux po­li­ciers pour la te­nue de ce type d’opé­ra­tion.

D’autres, comme cette dame dans la cin­quan­taine à « l’élo­cu­tion pâ­teuse » se ver­ront plu­tôt re­di­ri­gés vers le sta­tion­ne­ment voi­sin afin d’ef­fec­tuer un test de dé­pis­tage avec l’ap­pa­reil de dé­tec­tion ap­prou­vé. « Ça sent l’al­cool dans l’au­to », chu­chote l’agent qui l’a in­ter­ro­gée.

Après lui avoir lu le Code cri­mi­nel, elle est in­vi­tée à souf­fler dans l’ap­pa­reil qui in­di­que­ra si elle passe ou échoue le test. Dans son cas, elle s’en ti­ra avec un pe­tit stress et une anec­dote à ra­con­ter à son re­tour à la mai­son, puis­qu’on l’in­forme quelques mi­nutes plus tard que le test s’est avé­ré né­ga­tif.

Peu de temps après, un couple dans la jeune tren­taine est in­ter­cep­té. « On est par­ti de Ber­thier­ville et on fait un tour de voi­ture ». La ré­ponse est in­ha­bi­tuelle et l’odeur qui se dé­gage de la voi­ture l’est tout au­tant. Une fois ques­tion­né de ma­nière plus ap­pro­fon­die, l’homme avoue avoir en sa pos­ses­sion de la drogue. Il re­par­ti­ra avec un constat de pos­ses­sion simple de can­na­bis.

Un autre homme se ver­ra quant à lui ame­ner dans un lieu mieux éclai­ré et si­tué à quelques mètres afin de su­bir des épreuves de co­or­di­na­tion de mou­ve­ments. « Il ne sen­tait pas, mais ses yeux était vi­treux et il a avoué être un uti­li­sa­teur quo­ti­dien de can­na­bis. » Lui aus­si s’en ti­ra avec une pe­tite frousse puis­qu’au fi­nal, il ne pré­sen­tait pas d’autres signes et est re­par­ti chez lui cette soi­rée-là, sans au­cune charge.

Plu­sieurs avaient fi­ni leur jour­née de tra­vail, d’autres re­ve­naient du centre com­mer­cial et cer­tains, avouaient, l’air un peu gê­né, avoir consom­mé un verre ou deux de vin quelques heures au­pa­ra­vant. C’était ven­dre­di soir der­nier, sur la rue Notre-dame, à Saint-sul­pice, que des po­li­ciers de L’as­somp­tion te­naient un bar­rage de contrôle rou­tier à l’oc­ca­sion de l’opé­ra­tion VACCIN.

UN VERRE DE TROP

Quelques mi­nutes plus tard, c’est au tour d’une conduc­trice dans la cin­quan­taine au re­gard tout aus­si em­bué d’im­mo­bi­li­ser sa voi­ture et d’échan­ger une brève conver­sa­tion avec l’agent La­combe, avant qu’il ne lui de­mande de quit­ter la route pour pas­ser un test. La femme est calme, peut-être trop. Elle s’exé­cute. Sur un ton sans équi­voque, le po­li­cier lui ap­pren­dra qu’elle l’a échoué et qu’elle est en état d’ar­res­ta­tion.

« C’est une ré­ci­di­viste », laisse tom­ber Luc Pi­card, après vé­ri­fi­ca­tion.

Le bar­rage ve­nait de prendre fin.

Au to­tal, en 1 h 20, six tests de dé­pis­tage avec l’ap­pa­reil de dé­tec­tion ap­prou­vé ain­si qu’un test d’épreuve de co­or­di­na­tion de mou­ve­ments pour la drogue ont été réa­li­sés, en plus d’un constat de pos­ses­sion simple re­mis et d’une ar­res­ta­tion pour les fa­cul­tés af­fai­blies.

« Il y a plu­sieurs fa­çons de voir ça, conclut l’agent éva­lua­teur de drogues en par­lant du bi­lan de l’opé­ra­tion d’un soir sur la rue Notre-dame. Et la femme qui a été ar­rê­tée, elle au­rait pu cau­ser un ac­ci­dent ou se tuer elle-même sur la route. »

(Pho­to TC Me­dia – Gé­rard Le­gault)

Des agents du Ser­vice de po­lice de L’as­somp­tion/saint-sul­pice ont te­nu un barrage contre l’al­cool ou la drogue au vo­lant dans le cadre de l’opé­ra­tion VACCIN le 15 dé­cembre der­nier.

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