Le quar­tier Ci­té-Jar­din est confron­té à une nou­velle réa­li­té

Journal de Rosemont - - ACTUALITÉS - > Lucile de Pes­loüan info.re­dac­tion@trans­con­ti­nen­tal.ca

Ci­té-Jar­din a été fon­dée au siècle der­nier, par une co­opé­ra­tive de pro­prié­taires. En 1942, des ha­bi­tants aux re­ve­nus moyens s’éta­blis­saient sur ce bout de l’île de Mon­tréal. Mai­sons in­di­vi­duelles, sen­tiers pié­ton­niers, beau­coup de vé­gé­ta­tions, un ré­gal.

«C’est pour ce­la qu’on y tient», ex­plique Louise Masse. La ré­si­dante vit à Ci­té-Jar­din de­puis son en­fance. «Mes pa­rents ont été les pre­miers pro­prié­taires.»

La Ville de Mon­tréal pro­tège et met en va­leur les ac­tifs de la Ci­té-Jar­din. Elle a été fon­dée à l’oc­ca­sion du tri­cen­te­naire de la ville. Au­jourd’hui, le quar­tier bé­né­fi­cie de la re­con­nais­sance d’une va­leur pa­tri­mo­niale ex­cep­tion­nelle.

«Un sec­teur pa­tri­mo­nial est choi­si après une étude faites par des spé­cia­listes pour dé­mon­trer le ca­rac­tère im­por­tant du sec­teur. Il doit en­suite être en­té­ri­né par les élus pour être in­té­gré au rè­gle­ment», ex­plique Carle Ber­nier-Ge­nest, conseiller mu­ni­ci­pal.

Cette no­tion im­plique cer­taines me­sures. «En ef­fet, le re­vê­te­ment ex­té­rieur, par exemple doit être en crê­pi ou en bois, les bâ­ti­ments ne peuvent ex­cé­der deux étages, la marge avec le voi­sin doit être au mi­ni­mum de 1m50, les ou­ver­tures doivent res­pec­ter la ty­po­lo­gie du sec­teur», pour­suit le conseiller mu­ni­ci­pal.

UN QUAR­TIER ME­NA­CÉ?

Mais voi­là, le quar­tier se sent me­na­cé. Sur la rue des Cèdres et sur la rue des Sor­biers, deux mai­sons sont en train de s’agran­dir «de fa­çon to­ta­le­ment dis­pro­por­tion­née», es­time Louise Masse. «L’une double de vo­lume, tan­dis que l’autre en triple » , confirme Mi­chel Trem­blay, pré­sident de l’As­so­cia­tion des ré­si­dents de Ci­té-Jar­din.

«De plus, pour­suit-il, les mai­sons perdent tout leur ca­chet. Les ori­gi­nales ont été dé­mo­lies pour être re­cons­truites. On ne re­con­naît rien.»

Pour­tant, un rè­gle­ment est en vi­gueur pour pro­té­ger le quar­tier Ci­té-Jar­din. «Le même de­puis le dé­but, ex­plique Carle Ber­nier-Ge­nest, conseiller de ville, en charge du dos­sier. Plu­sieurs règles sont spé­ci­fiques au quar­tier à va­leur pa­tri­mo­niale et veillent à pré­ser­ver sa sin­gu­la­ri­té.»

Le taux d’im­plan­ta­tion au sol, par exemple est le plus bas de Mon­tréal, à 35%. «Nous vou­drions qu’il soit plus faible » , dé­clare Mi­chel Trem­blay.

L’as­so­cia­tion a pré­pa­ré un plai­doyer à l’at­ten­tion de la Ville pour lui de­man­der de re­voir ses rè­gle­ments. Les membres sou­haitent par exemple pro­té­ger la vé­gé­ta­tion abon­dante.

« Pour les tra­vaux de ces mai­sons, les arbres ont été abat­tus. C’est tout de même mal­heu­reux. Ils avaient plus de 60 ans», dé­plore le pré­sident.

Ce que ne com­prennent pas les ha­bi­tants du quar­tier, c’est qu’une de­mande à la mai­rie d’ar­ron­dis­se­ment est né­ces­saire pour toute trans­for­ma­tion. «Si nous vou­lons chan­ger le re­vê­te­ment, une fe­nêtre, abattre un arbre, on de­mande une au­to­ri­sa­tion. Elles sont ac­cor­dées non sans sé­vé­ri­té», ajoute-t-il.

« Les per­mis de construc­tion ont été ac­cor­dés en toute lé­ga­li­té.» Carle Ber­nierGe­nest est for­mel. Des éva­lua­tions ont été faites en fonc­tion des rè­gle­ments exis­tants.

«Des arbres peuvent être abat­tus uni­que­ment s’ils en­travent aux tra­vaux d’une ha­bi­ta­tion. C’est pour­quoi des per­mis sont ac­cep­tés et d’autres non», tient à pré­ci­ser le conseiller de ville. De plus, une mai­son reste quelque chose de per­son­nel, et il est vrai que les ar­rières de mai­son sont moins contrô­lables que l’avant.

LA RÉA­LI­TÉ CHANGE

«La réa­li­té change», avance Carle Ber­nierGe­nest. Si le conseiller de ville est plei­ne­ment cons­cient du ca­rac­tère aty­pique dont dis­pose le quar­tier Ci­té-Jar­din et par­tage la «vo­lon­té de pré­ser­ver ce cadre par­ti­cu­lier», il n’ou­blie pas que de nou­velles per­sonnes s’ins­tallent sans cesse à Mon­tréal. «Les nou­veaux pro­prié­taires n’ont peut-être pas la même sen­si­bi­li­té au quar­tier, com­pa­ré à ceux qui ha­bitent ici de­puis l’ori­gine.»

Sur ce point, Mi­chel Trem­blay est bien d’ac­cord. « C’est là tout le but de notre dé­marche. Nous sommes conscients de l’évo­lu­tion des amé­na­ge­ments. Ce que nous dé­si­rons, c’est que cette évo­lu­tion soit en­ca­drée. Agran­dir, oui. Trans­for­mer, non.»

Les de­mandes de l’as­so­cia­tion vont être trans­mises à la di­rec­tion de l’ur­ba­nisme, qui don­ne­ra en­suite des re­com­man­da­tions aux élus. Pour ces der­niers, la ré­flexion à me­ner est très im­por­tante.

«Nous ne pre­nons pas ça à la lé­gère as­sure Carle Ber­nier-Ge­nest. Ci­té-Jar­din de­meure tout de même un des quar­tiers les plus mer­veilleux de Mon­tréal. Les rè­gle­ments doivent coller à la réa­li­té d’au­jourd’hui, tout sim­ple­ment.»

Mi­chel Trem­blay, pré­sident de l’As­so­cia­tion des ré­si­dents de Ci­té-Jar­din, sou­haite que l’évo­lu­tion du

quar­tier soit da­van­tage en­ca­drée.

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