Un or­ga­nisme d’aide ac­cu­sé de dis­cri­mi­na­tion en­vers des han­di­ca­pés

Plainte à la Com­mis­sion des droits de la per­sonne

Journal de Rosemont - - LA UNE - Au­drey.gau­thier@ tc.tc

De­puis près d’un an, 12 jeunes lour­de­ment han­di­ca­pés sont ex­clus de l’Es­pace Mul­tisoleil, un or­ga­nisme d’aide pour han­di­ca­pés. Sept pa­rents en co­lère ont dé­po­sé une plainte pour dis­cri­mi­na­tion à la Com­mis­sion des droits de la per­sonne et de la jeu­nesse contre l’or­ga­nisme de Ville­ray.

«C’est une ques­tion de pro­fonde in­jus­tice. Je ne peux pas croire qu’un or­ga­nisme pour han­di­ca­pés fasse de la dis­cri­mi­na­tion ba­sée sur un han­di­cap», af­firme le Ro­se­mon­tois Jean-Paul Eid, père d’Axel, un adolescent de 14 ans at­teint d’une pa­ra­ly­sie cé­ré­brale et d’une dé­fi­cience in­tel­lec­tuelle.

À l’au­tomne 2014, 12 fa­milles ont re­çu une lettre les in­for­mant que leur en­fant ne bé­né­fi­cie­rait plus des ser­vices de l’or­ga­nisme, dont le camp de jour.

«Es­pace Mul­tisoleil a ex­clu les 12 en­fants avec les cas les plus lourds, même si ceux-ci y étaient ins­crits de­puis plus de 10 ans. Pour­quoi tout d’un coup, mon fils ne peut plus pro­fi­ter de l’un des seuls en­droits où il peut so­cia­li­ser avec d’autres jeunes de son âge», ques­tionne M. Eid.

La Com­mis­sion des droits de la per­sonne a ac­cep­té les plaintes et a en­ta­mé l’éva­lua­tion des dos­siers.

Ques­tion de sé­cu­ri­té

L’or­ga­nisme a dé­ci­dé de re­fu­ser l’ac­cès à ces jeunes, car il n’avait plus les res­sources pour y ré­pondre de fa­çon adé­quate et sé­cu­ri­taire à leurs be­soins gran­dis­sant.

«Quand il y a trois per­sonnes qui s’oc­cupent de ré­pondre aux be­soins d’un seul membre, il y en a moins pour les autres et ça met la sé­cu­ri­té du groupe en jeu», ex­plique Aline Os­trows­ki, di­rec­trice gé­né­rale d’Es­pace Mul­tisoleil. Elle ajoute qu’en 2014, quatre em­ployés ont su­bi un ac­ci­dent de tra­vail, dont trois liés à des in­ter­ven­tions au­près des membres. Sans les chif­frer, cer­tains ont dé­mis­sion­né pour épui­se­ment.

Voyant les be­soins de ses membres aug­men­ter de plus en plus et ses res­sources di­mi­nuer, l’or­ga­nisme n’était plus ca­pable de ré­pondre à la de­mande.

«Nos em­ployés sont à bout, es­souf­flés. Nous de­vons être plus ri­gou­reux dans nos ad­mis­sions pour ten­ter de sur­vivre», in­dique Mme Os­trows­ki, ajou­tant que l’or­ga­nisme a une liste d’at­tente pour son camp de jour, car il n’a pas pu ac­cep­ter tout le monde, comme par le pas­sé.

De nou­veaux cri­tères d’ad­mis­sions se­ront dé­fi­nis au cours des pro­chains mois.

Manque de fi­nan­ce­ment

Es­pace Mul­tisoleil se dit sous-fi­nan­cé de­puis de nom­breuses an­nées, ce qui ne lui per­met pas d’ac­cueillir au­tant de membres qu’il le vou­drait.

«Nous de­vons trou­ver 100 000 $ de plus par an­née afin de développer nos ser­vices et ain­si pou­voir ac­cueillir des jeunes avec des be­soins plus grands. Avec ce mon­tant, nous pour­rions ré­in­té­grer les 12 jeunes, mais aus­si en re­ce­voir bien plus » , avance Mme Os­trow­ki.

Elle a dé­jà aug­men­té les frais d’ins­crip­tion et di­mi­nué le nombre de se­maines d’ac­ti­vi­tés pour ten­ter de sur­vivre.

«Si nous ne trou­vons pas une nou­velle source de fi­nan­ce­ment ré­cur­rent, il y a un risque de fer­me­ture», dé­clare-t-elle.

Dans l’at­tente de trou­ver de l’ar­gent, Axel et ses 11 amis n’ont pas ac­cès aux ac­ti­vi­tés d’Es­pace Mul­tisoleil. Une si­tua­tion que M. Eid compte chan­ger.

«Je vais conti­nuer de faire tout ce que je peux pour faire res­pec­ter les droits de mon fils», fait va­loir M. Eid. Il es­père que son fils ré­in­tègre le camp de jour, en 2016.

(Photo TC Me­dia - Isabelle Bergeron)

Axel a été ex­clu des ser­vices d’Es­pace Mul­tisoleil, car son cas est trop lourd.

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