Comment ça va Dame Na­ture ?

Journal Le Lac St-Jean - - COMMENTAIRE -

INON­DA­TIONS. Ces der­nières se­maines, Dame Na­ture a fait une dé­mons­tra­tion as­sez évi­dente du contrôle qu’elle peut avoir sur les élé­ments, au dé­tri­ment des hu­mains. Les inon­da­tions qui ont me­na­cé la ré­gion du St-Laurent au­tour de Mon­tréal et la si­tua­tion in­quié­tante sur le ni­veau du lac Saint-Jean à quelque 18 pieds sont de sé­rieux aver­tis­se­ments:ces­sons de jouer avec le feu et la na­ture.

Depuis plus de deux se­maines, tout le monde est sur les dents. Plu­sieurs mu­ni­ci­pa­li­tés ont en­clen­ché leur Plan des me­sures d’ur­gence et depuis que le lac a dé­pas­sé la cote de 16,5 pieds, on s’at­tend au pire.

Ici au lac Saint-Jean, si de­main ma­tin, on re­ti­rait l’en­semble des ou­vrages, digues et bar­rages mis en place pour har­na­cher les ri­vières, dont la Ouiat­chouan, la Mé­ta­bet­chouane, la Pé­ri­bon­ka, la Grande et la Pe­tite-Dé­charge ain­si que la ri­vière Sa­gue­nay, quel se­rait exac­te­ment le com­por­te­ment de la crue prin­ta­nière ?

Le lac Saint-Jean mon­te­rait-il à un ni­veau dé­vas­ta­teur et oc­ca­sion­ne­rait des cen­taines de mil­lions de dol­lars de dom­mages sur son pour­tour, là où les ci­toyens ont en toute lé­gi­ti­mi­té choi­si de s’ins­tal­ler pour pro­fi­ter à plein du plan d’eau ?

Les scé­na­rios sont aus­si mul­tiples que com­plexes ou ca­tas­tro­phiques.

Certes, la crue prin­ta­nière de 2017 va res­ter longtemps dans les ar­chives comme étant une des an­nées les plus im­por­tantes.

Un cou­vert de neige de quelque 140 % de la nor­male, ju­me­lé à des pré­ci­pi­ta­tions en avril qui ont at­teint entre 180 % et 200 % de la nor­male et un ré­chauf­fe­ment ra­pide de la tem­pé­ra­ture ; tous les élé­ments étaient réunis pour que cette crue 2017 soit bien au-des­sus de ce que les ri­vières tra­di­tion­nelles sont ca­pables d’éva­cuer.

AUDIENCES PU­BLIQUES

Ici, cette si­tua­tion in­ter­vient au mo­ment même où Rio Tin­to, de­vant le Bu­reau d’audiences pu­bliques en en­vi­ron­ne­ment, ré­clame l’ac­cep­ta­tion de son Pro­gramme de sta­bi­li­sa­tion des berges 2017-2026 afin de pour­suivre les ef­forts de lutte contre l’éro­sion du lac.

Ce­pen­dant, cette fois-ci, un nou­vel ac­teur s’est poin­té dans le dé­cor et les ci­toyens sont main­te­nant as­so­ciés à un mode de ges­tion par­ti­ci­pa­tive du lac Saint-Jean.

Or, ce mode com­porte un vo­let qui risque de se voir lar­ge­ment ques­tion­né de­vant le BAPE.

Sur la ques­tion du ni­veau de l’eau, les dis­cus­sions ont per­mis d’iden­ti­fier un nou­veau scé­na­rio de ges­tion, dont la pos­si­bi­li­té de por­ter dé­li­bé­ré­ment le ni­veau du lac à 17 pieds au prin­temps, un ni­veau qui pour­tant, fait pa­ni­quer tout le monde depuis deux se­maines.

L’en­tente pré­voit ce­ci:le ni­veau de 16,5 pieds pour­ra être por­té gra­duel­le­ment à un ni­veau maxi­mal de 17 pieds pour une pé­riode de plus ou moins 4 jours, consi­dé­rant une mon­tée gra­duelle d’en­vi­ron 4 jours (à plus ou moins 1 jour­née) et une des­cente gra­duelle de 4 jours (à plus ou moins 1 jour­née). Ce qui fait en sorte que le ni­veau de 16,5 pieds pour­ra être dé­pas­sé pour une pé­riode maxi­male de 12 jours, in­cluant la mon­tée et la des­cente re­quises.

Cette ap­proche de ges­tion de la crue se rap­pro­che­rait de la va­ria­bi­li­té na­tu­relle d’un plan d’eau et fa­vo­ri­se­rait ain­si les éco­sys­tèmes ri­ve­rains, plus par­ti­cu­liè­re­ment les mi­lieux hu­mides en rive du lac Saint-Jean, ce qui pré­sente des avan­tages concer­nant l’uti­li­sa­tion des mi­lieux hu­mides par la faune en gé­né­ral.

ÉQUATIONS

De toute évi­dence, on op­pose des équations ma­thé­ma­tiques et des scé­na­rios ba­sés sur des sta­tis­tiques pour tenter de pré­voir le com­por­te­ment du lac au prin­temps no­tam­ment.

Mais comme le disent nos amis Fran­çais, Dame Na­ture, elle n’en a rien à ci­rer de ces sta­tis­tiques et mo­dèles de ges­tion : elle trou­ve­ra toujours le moyen d’im­po­ser la puis­sance des élé­ments aux hu­mains qui tentent de la contrô­ler.

Rio Tin­to ne contrôle que 25 % des ap­ports na­tu­rels au lac St-Jean, via la ri­vière Pé­ri­bon­ka. La so­lu­tion ré­si­de­rait-elle dans un meilleur contrôle des ap­ports na­tu­rels sur les autres grandes ri­vières comme la Mis­tas­si­ni ou l’Ashuap­mu­shuan ?

Po­ser la ques­tion, c’est res­sor­tir un vieux dé­bat sur les pro­jets de har­na­che­ments de ri­vières dans la ré­gion.

Et à ce dé­bat, on a dé­jà lar­ge­ment pour ne pas dire trop don­né !

France Pa­ra­dis

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