RTA : Ré­si­lience, To­lé­rance et Aban­don

Journal Le Lac St-Jean - - COMMENTAIRE -

RÉ­FLEXION. La com­mis­sion d’en­quête du Bu­reau d’au­diences pu­bliques en en­vi­ron­ne­ment (BAPE) sur le Pro­gramme de sta­bi­li­sa­tion des berges du lac Saint-Jean 2017-2026 (PSBLSJ), pré­sen­té par Rio Tin­to Alu­mi­nium, se de­vait d’être le ren­dez-vous tant at­ten­du de­puis 30 ans. D’une part, on de­vait cor­ri­ger les in­éga­li­tés sur la ges­tion du ni­veau du lac Saint-Jean et d’autre part, re­don­ner aux ri­ve­rains un cer­tain pou­voir sur leur lac et sa ges­tion.

Mal­heu­reu­se­ment, force est de consta­ter qu’une par­tie de ce ren­dez-vous a été man­quée. Les grands en­jeux ont été abor­dés, mais les vraies choses ont en grande par­tie été es­ca­mo­tées.

Après deux jours de tra­vail en trois séances de quelque quatre heures cha­cune, on avait dé­jà pas­sé au tra­vers de la tren­taine de mé­moires dé­po­sés par les in­ter­ve­nants.

Pen­dant que le pré­sident de la com­mis­sion fai­sait son dis­cours tech­nique sur les pro­chaines étapes du dos­sier, je me suis mis à jon­gler avec les trois lettres de l’acro­nyme RTA.

Si dans les faits, elles si­gni­fient Rio Tin­to Alu­mi­nium, en re­la­tion avec ces au­diences pu­bliques, je leur ac­cole les mots Ré­si­lience, To­lé­rance et Aban­don.

Je dis Ré­si­lience, car les ri­ve­rains ont dé­ve­lop­pé cette ap­ti­tude à af­fron­ter le stress in­tense im­po­sé par RTA dans sa fa­çon de gé­rer le lac Saint-Jean et à s’y adap­ter.

Je dis To­lé­rance du fait que les ri­ve­rains ont dé­ve­lop­pé cette fa­çon de s’abs­te­nir d’in­ter­dire ou d’exi­ger quelque chose alors qu’ils le pour­raient.

Je dis Aban­don, comme si, face à la puis­sance de RTA et la complicité du gou­ver­ne­ment à main­te­nir ses droits ac­quis, les ri­ve­rains bais­saient les bras.

Certes, dans le cadre de ces au­diences, les grandes ques­tions et les grands en­jeux ont été ef­fleu­rés, sans pour au­tant en­trer dans le vif du dé­bat.

On sait que les droits dé­te­nus par Rio Tin­to Alu­mi­nium sont abu­sifs quant à sa fa­çon de gé­rer le lac Saint-Jean comme un ré­ser­voir des­ti­né à la pro­duc­tion d’hy­dro­élec­tri­ci­té ;

On sait que la ges­tion du lac à un ni­veau éle­vé aug­mente d’au­tant les risques d’éro­sion des berges ;

On sait que le tra­vail de sta­bi­li­sa­tion des berges opé­ré ces 30 der­nières an­nées a conduit à une ar­ti­fi­cia­li­sa­tion des berges ;

On sait que les 100 mil­lions $ in­ves­tis dans ce pro­gramme ces 30 der­nières an­nées pour ré­pa­rer les dé­gâts sont une in­fime par­tie des mil­liards de dol­lars de re­ve­nus en avan­tages que RTA en a re­ti­rés ;

On sait que même si RTA amé­liore constam­ment ses équi­pe­ments de pro­duc­tion hy­dro­élec­trique, gé­né­rant ain­si un nombre en­core plus éle­vé de mé­ga­watts à des fins de pro­duc­tion d’alu­mi­nium, il en ré­sulte que de moins en moins de tra­vailleurs sont em­bau­chés dans les usines ;

On sait que les sur­plus d’élec­tri­ci­té gé­né­rés par les ins­tal­la­tions de RTA, s’ils ne sont pas uti­li­sés par la com­pa­gnie, sont obli­ga­toi­re­ment ra­che­tés par Hy­dro-Qué­bec, même si cette der­nière est en sur­plus ;

On sait que le gou­ver­ne­ment du Qué­bec n’ose­ra pas re­mettre en ques­tion les droits consen­tis en 1922 pour trans­for­mer le lac Saint-Jean en un ré­ser­voir ser­vant à la pro­duc­tion d’élec­tri­ci­té ;

On sait qu’un tout pe­tit pas a été fran­chi entre les élus du lac Saint-Jean, la Pre­mière Na­tion des Pe­kua­ka­miul­nuatsh et Rio Tin­to au mo­ment où ils ont si­gné en mai der­nier une en­tente his­to­rique afin d’adop­ter une po­si­tion com­mune concer­nant la ges­tion par­ti­ci­pa­tive et le ni­veau du lac Saint- Jean ;

On sait que d’ici l’émis­sion du nou­veau dé­cret au­to­ri­sant le PSBLSJ, d’ici dé­cembre pro­chain, tout un jeu de cou­lisse va s’opé­rer dans les of­fi­cines gou­ver­ne­men­tales de la part des lob­byistes de Rio Tin­to Alu­mi­nium pour faire pen­cher la ba­lance en leur fa­veur.

On sait tout ça dé­jà… et après ?

Le mo­ment le plus in­tense de ces au­diences, c’est quand on a pré­sen­té les pho­tos des dom­mages cau­sés aux berges du lac Saint-Jean.

Le « portrait du ma­lade » n’est pas beau à voir. Il y avait un grand si­lence dans la salle, comme si on avait honte de voir ce que l’on est en train de faire à notre en­vi­ron­ne­ment.

Et pour­tant… on se re­ver­ra en­core dans 10 ans, à s’émou­voir sur les mêmes pho­tos d’un lac ma­lade, gru­gé par la convoi­tise de l’éco­no­mie au dé­tri­ment d’une po­pu­la­tion qui ne de­man­dait

qu’un juste re­tour du ba­lan­cier !

France Pa­ra­dis

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