Tro­quer pour le crayon pour la rame

Journal Le Lac St-Jean - - SPORTS - MA­RIE-GA­BRIELLE GA­GNÉ ma­rie-ga­brielle.gagne@tc.tc

CHRONIQUE. « En plus d’écrire un ar­ticle sur l’avi­ron, tu pour­rais l’es­sayer.» Mon ex­pres­sion par­ta­gée entre la frayeur et l’en­thou­siasme re­flé­tait bien mon état d’es­prit à ce mo­ment. La per­sonne mal­adroite que je suis al­lait de­voir faire preuve d’un mi­ni­mum de co­or­di­na­tion afin que l’ar­ticle ne s’in­ti­tule pas « une jour­na­liste à l’eau ».

Après ma jour­née de tra­vail, je me suis di­ri­gée au bas­sin St-Georges pour ren­con­trer les res­pon­sables du Club d’avi­ron d’Al­ma, dans le cadre de leurs portes ou­vertes. Leur en­thou­siasme qui sem­blait sans borne et leur pas­sion pour le sport ont pi­qué ma cu­rio­si­té. En voyant les autres dé­bu­tants ra­mer avec grâce sur l’eau, je me suis dit que ce n’était peut-être pas si dif­fi­cile que ça.

Après avoir lon­gue­ment par­lé du club avec Mme France Doyle, il était temps de com­men­cer mon ini­tia­tion au sol. Bou­ger les bras, les jambes et le dos dans un ordre pré­cis en plus de bou­ger les rames cor­rec­te­ment, pour­quoi ça sem­blait si fa­cile lorsque les autres par­ti­ci­pants le fai­saient ?

Dès les pre­miers mou­ve­ments, je me suis ren­du compte que mon en­traî­neuse avait rai­son. Con­trai­re­ment à la croyance po­pu­laire, l’avi­ron ne tra­vaille pas seule­ment les bras. J’irais même jus­qu’à dire que mes jambes souf­fraient plus que mes membres su­pé­rieurs.

« Jambes, dos, bras… Jambes, dos bras… » Après avoir ré­pé­té la comp­tine quelques ou peut être plu­sieurs fois, mon corps qui manque par­fois de co­or­di­na­tion sem­blait vou­loir com­prendre le prin­cipe de l’avi­ron. «Nous al­lons main­te­nant pou­voir al­ler sur l’eau», a lan­cé Mme Doyle.

Le mo­ment qui était la cause de mes an­goisses de­puis le dé­but était ar­ri­vé : j’al­lais de­voir m’as­soir dans l’em­bar­ca­tion sans que mon or­gueil soit for­te­ment bles­sé par une chute à l’eau. Je me suis re­trous­sé les manches et j’ai trou­vé un peu de cou­rage qui trai­nait quelque part. Ar­mée de ma veste de sau­ve­tage et après avoir pris une bonne res­pi­ra­tion, j’ai dé­po­sé un pied sur l’em­bar­ca­tion, puis un deuxième, mal­gré l’in­sta­bi­li­té cau­sée par l’eau. Vous ima­gi­nez mon sou­la­ge­ment lorsque j’ai réa­li­sé que j’étais main­te­nant as­sise et que j’avais réus­si mon pre­mier dé­fi !

Nous nous sommes tran­quille­ment éloi­gnées du quai tout en ré­pé­tant cette même comp­tine «Jambes, dos, bras… Jambes, dos bras… ». Le pay­sage et le calme de l’eau semblent faire ou­blier le reste du monde. Ce sport né­ces­site une telle concen­tra­tion, qu’il est né­ces­saire de faire le vide, ce que j’ai trou­vé très li­bé­ra­teur. Mal­gré quelques faux mou­ve­ments, je m’en suis plu­tôt bien sor­tie, se­lon mon en­traî­neuse qui a d’ailleurs fait preuve d’une grande pa­tience en­vers moi.

Des coups de ton­nerre nous ont for­cées à ren­trer plus vite que pré­vu, mais la jour­na­liste qui a tro­qué son crayon pour une rame et qui a re­pous­sé ses li­mites ne di­rait pas non à une deuxième sor­tie sur l’eau.

Pour une pre­mière sor­tie sur l’eau, j’étais ac­com­pa­gnée par une en­traî­neuse.

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