Épi­dé­mie du mo­ment

La Liberté - Le Réveil - - ÉDITOR2 IAL - Ad­nane Ou­chene ae­me­dias@mo­nusb.ca

Une vague de pro­tes­ta­tion se­coue la toile ces der­niers jours. Des gens de toutes classes so­ciales confon­dues clament, au moins une fois dans leur vie, avoir été vic­times d’har­cè­le­ment sexuel. « Quand j’avais 18 ans, j’ai su­bi des actes in­ap­pro­priés de la part de mon pa­tron », dit une vic­time. « À l’âge de 21 ans, mon col­lègue de tra­vail a abu­sé de moi », ajoute une autre. Les deux vic­times ont res­pec­ti­ve­ment 27 et 30 ans quand elles dé­cident de le­ver le voile sur cette atroce vé­ri­té et de re­plon­ger dans une pé­riode sombre de leur pas­sé. Pour­quoi avoir at­ten­du tant d'an­nées pour dé­voi­ler l'iden­ti­té de l'agres­seur? Est-ce par peur ou par igno­rance? La ré­ponse est toute faite et nous la connais­sons tous, il a fal­lu qu'une ve­dette hol­ly­woo­dienne par­tage son his­toire avec le grand pu­blic en ra­con­tant sa mésa­ven­ture avec son pa­tron ou son su­pé­rieur pour que tout le monde re­joigne le cou­rant. C'est tout sim­ple­ment ce que l'on ap­pelle un ef­fet hé­mor­ra­gique. Il suf­fit qu'une per­sonne, avec une forte in­fluence mé­dia­tique, bien évi­dem­ment, tienne des pro­pos sur telle ou telle per­sonne pour voir toute une ar­mée de par­ti­sans la suivre dans ses dires. Et si ce­la avait été Mon­sieur X ou Ma­dame Y qui se se­rait trou­vé à l'ori­gine de ces pro­pos, le su­jet au­rait-il pris une telle am­pleur? Soyons réa­listes et ar­rê­tons de vivre dans une hy­po­cri­sie qui ne cesse de croître. Le har­cè­le­ment sexuel existe de­puis la nuit des temps et ce­la dans dif­fé­rents do­maines, que ce soit dans le pri­vé ou dans le pu­blic. Tous les jours, des cen­taines, voire des mil­liers, de vic­times rentrent chez elles les épaules lourdes de honte et le coeur plein de haine.

La so­cié­té ne sup­porte pas les râ­leurs qui es­saient de bri­ser le sys­tème en re­ven­di­quant leurs droits lé­gi­times et en met­tant ain­si en pé­ril la ré­pu­ta­tion de per­sonnes de gros ca­libre. Notre so­cié­té est im­pi­toyable, elle classe dans la ca­té­go­rie « TA­BOU » tout ce qui touche la di­gni­té de l’in­di­vi­du, elle pri­vi­lé­gie le ma­té­riel sur l’hu­main. La fa­mille, quant à elle, ne juge pas, mais ne par­donne pas non plus. Elle re­jette la faute sur la vic­time qui de­vient le cou­pable et qui se fait trai­ter de tous les noms. Tout compte fait, il ne fal­lait pas être au mau­vais en­droit, au mau­vais mo­ment et face à la mau­vaise per­sonne. Au­tre­ment dit, il est pré­fé­rable et même re­com­man­dé de souf­frir en si­lence que de souiller le nom de la fa­mille.

La vic­time ne doit sur­tout pas par­ta­ger sa souf­france au risque de se faire poin­ter du doigt, et au lieu de se faire en­tendre et com­prendre, elle se fait ju­ger. Seul et unique choix : se fondre dans la masse et se faire in­vi­sible. Il n’est plus ques­tion de di­gni­té, mais plu­tôt de sur­vie. Bref, tous les moyens sont bons pour sau­ver les ap­pa­rences.

Dans un monde où les va­leurs sont une mar­chan­dise né­go­ciable et où l’am­bi­tion est une dé­pen­dance mor­bide, le pré­da­teur de­vient la vic­time et le chas­seur se ré­in­carne en proie. Elles sont nom­breuses les per­sonnes qui pié­tinent leurs prin­cipes et pré­fèrent prendre une voie ra­pide pour at­teindre le som­met de la hiérarchie, et au lieu de re­pous­ser l’agres­seur et le re­mettre à sa place, elles tirent pro­fit de la si­tua­tion. Bref, tous les moyens sont bons pour ar­ron­dir ses fins de mois. L’être hu­main est égoïste et dé­faillant par na­ture, il lui suf­fit d’as­so­cier pou­voir et ar­gent pour que ses prin­cipes in­ébran­lables de­viennent de l’his­toire an­cienne, et ain­si tout se per­mettre. En tout cas, nous sommes re­de­vables à ces per­sonnes qui prennent leur cou­rage à deux mains pour af­fron­ter les mé­dias avec des pro­pos por­tant sur des su­jets d’une im­por­tance pri­mor­diale qui passent sou­vent sous si­lenc e, des pro­blèmes que nous li­sons dans la presse une fois par lustre, mais qui font le quo­ti­dien de plus d’un. En somme, per­sonne n’au­rait pen­sé re­voir un tel su­jet re­faire sur­face après la fa­meuse af­faire DSK, mais rien n’a chan­gé de­puis!! Ce sont tou­jours les noms des fi­gures em­blé­ma­tiques de l’in­dus­trie du ci­né­ma et du mi­lieu po­li­tique qui oc­cupent le top 5 de la liste des ac­cu­sés de ce fléau qui fait des vic­times in­nom­brables et de tout genre.

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