Le manque d’ac­cès à l’avor­te­ment sé­cu­ri­taire en Afrique

La Liberté - Le Réveil - - SOCIÉTÉ - Bai­ley PALAMAR mo­nusb.ca

Deutsche Welle (DW), une so­cié­té de dif­fu­sion in­ter­na­tio­nale en Al­le­magne, a re­cueilli le té­moi­gnage d’une jeune Tan­za­nienne qui a sur­vé­cu à un avor­te­ment clan­des­tin il y a quelques an­nées. À l’âge de 19 ans, Feid­ha ( le pré­nom a été mo­di­fié) a dé­cou­vert qu’elle était en­ceinte. À son école, des tests de gros­sesse obli­ga­toires étaient ad­mi­nis­trés et les étu­diantes en­ceintes étaient ren­voyées de l’école. L’avor­te­ment est illé­gal en Tan­za­nie à l’ex­cep­tion de le pra­ti­quer pour sau­ver la vie de la mère, mais Feid­ha dé­si­rait conti­nuer son édu­ca­tion. Elle était entre le mar­teau et l’en­clume : en­freindre la loi ou aban­don­ner l’école. Elle a choi­si de su­bir un avor­te­ment clan­des­tin.

La si­tua­tion de Feid­ha res­semble à celle de mil­lions de femmes afri­caines qui, chaque an­née, font le dur choix de ris­quer leur vie pour avoir un avor­te­ment. Se­lon le jour­nal The Guar­dian, en­vi­ron 5,6 mil­lions de femmes afri caines su­bissent des avor - te­ments chaque an­née, dont seule­ment 100 000 sont sé­cu­ri­taires. La rai­son de ce phé­no­mène s’ex­plique par les lois res­tric­tives concer­nant l’avor­te­ment qui ne donnent pas d’autres options aux femmes, se­lon The Guar­dian et le Gutt­ma­cher Ins­ti­tute, un centre re­nom­mé en droits de la san­té sexuelle et re­pro­duc­tive. Ces deux or­ga­nismes af­firment que 90 % des femmes afri­caines en âge d’avoir des en­fants vivent dans des pays où les lois em­pêchent ou li­mitent l’ac­cès à l’avor­te­ment. Se­lon le Gutt­ma­cher Ins­ti­tute, dont une re­cen­sion des lois des pays d’Afrique montre qu’il y a plu­sieurs ni­veaux de res­tric­tions concer­nant les avor­te­ments et les cas où ils sont per­mis, l’avor­te­ment reste illé­gal en toutes cir­cons­tances dans 11 pays afri­cains, même si la vie de la femme est me­na­cée par la gros­sesse.

Feid­ha a ra­con­té au DW « le plus ef­frayant mo­ment de (sa) vie », le jour où elle a vi­si­té une clinique d’avor­te­ment illé­gale à Dar es Sa­laam, la plus grande ville en Tan­za­nie, avec une amie. Le « mé­de­cin » a fait la pro­cé­dure pour 25 000 shil­lings tan­za­niens ( l’équi­valent d’en­vi­ron 14,25 dol­lars ca­na­diens) et il était ai­dé par une « in­fir­mière ». Il a don­né à Feid­ha une pi­lule à ava­ler et il a mis un gel épais dans son va­gin. En uti­li­sant un ob­jet en mé­tal en­tou­ré de gazes, il a frot­té à l’in­té­rieur de son uté­rus. Feid­ha se rap­pelle que le pro­ces­sus a été ra­pide, mais très dou­lou­reux.

De­puis des dé­cen­nies, l’avor­te­ment est un su­jet contro­ver­sé. Il y a des ré­gions du monde où l’avor­te­ment est lé­gal et où le dé­bat est vi­vant. Tou­te­fois, la si­tua­tion est bien dif­fé­rente dans les ré­gions où l’ac­cès à l’avor­te­ment sé­cu­ri­taire de­meure presque in­exis­tant ou illé­gal dans toutes les cir­cons­tances, comme dans la plu­part des pays d'Afrique. C'est pour cette rai­son que les femmes ont sou­vent re­cours aux avor­te­ments à risque, ce qui pose beau­coup de pro­blèmes, non seule­ment pour el­le­sae­me­dias@ mêmes, mais aus­si pour la so­cié­té.

Ce­lui-ci n’est pas le seul em­ployé lors d’un avor­te­ment clan­des­tin, il en existe une pa­no­plie, tout aus­si écoeu­rante.

Le Centre Po­pu­la­tion et Dé­ve­lop­pe­ment (CEPED) dé­crit en dé­tail plu­sieurs de ces mé­thodes, par exemple faire des chutes par ex­près, boire de l’eau de Ja­vel ou in­sé­rer des ob­jets per­çants, comme des rayons de vé­lo, dans le va­gin.

Même si Feid­ha a eu de la chance, il y a par contre plu­sieurs femmes qui su­bissent les consé­quences graves des avor­te­ments à risque chaque an­née. L’Or­ga­ni­sa­tion mon­diale de la san­té (OMS) dit que « l’Afrique paie un tri­but dis­pro­por­tion­né » pour pra­ti­quer l’avor­te­ment et le Gutt­ma­cher Ins­ti­tute af­firme que 16 000 femmes en Afrique sont mortes à cause des avor­te­ments à risque en 2014.

De plus, l’OMS et le Gutt­ma­cher Ins­ti­tute listent plu­sieurs com­pli­ca­tions com­munes de l’avor­te­ment à risque, dont les hé­mor­ra­gies et les in­fec­tions. Il y a même une com­pli­ca­tion com­mune, ap­pe­lée avor­te­ment in­com­plet, qui a lieu, se­lon l’OMS, quand « les tis­sus et pro­duits de la gros­sesse n’ont pas été com­plè te­ment re­ti­rés ou ex­pul­sés de l’uté­rus ». Aus­si, il existe des com­pli­ca­tions moins com­munes, comme le col­lap­sus car­dio­vas­cu­laire ou la per­fo­ra­tion de l’uté­rus ou d’autres or­ganes. Le Gutt­ma­cher Ins­ti­tute ex­plique qu’en­vi­ron 1,6 mil­lion de femmes afri­caines re­çoivent des trai­te­ments pour les com­pli­ca­tions des avor­te­ments à risque, mais que plu­sieurs n’ont ja­mais re­cours à des ser­vices mé­di­caux.

Se­lon le Gutt­ma­cher Ins­ti­tute, si une femme sur­vit à un avor­te­ment à risque, il est très pos­sible qu’elle vive avec des sé­quelles phy­siques pour le res­tant de ses jours : dou­leurs chro­niques, in­flam­ma­tion du sys­tème re­pro­duc­tif et in­fer­ti­li­té. Il se­ra alors plus dif­fi­cile pour elle de sub­ve­nir aux be­soins de sa fa­mille et sa com­mu­nau­té, ce qui peut la me­ner à consti­tuer un far­deau éco­no­mique. De plus, si elle cherche un trai­te­ment mé­di­cal, elle « coû­te­ra plus cher » aux sys­tèmes de san­té qui ont dé­jà des dif­fi­cul­tés fi­nan­cières.

Il y a des so­lu­tions pos­sibles pro­po­sées par le Gutt­ma­cher Ins­ti­tute et l’OMS. Ils sug­gèrent d’of­frir une meilleure édu­ca­tion sexuelle aux hommes et aux femmes. Aus­si, ils en­cou­ragent d’élar­gir l’ac­cès à la contra­cep­tion et aux avor­te­ments sé­cu­ri­taires, ce qui im­plique la lé­ga­li­sa­tion de l’avor­te­ment.

Feid­ha a eu de la chance : per­sonne n’a rien re­mar­qué, elle a pour­sui­vi ses études et son avor­te­ment n’a pas lais­sé de sé­quelles phy­siques. Ce­pen­dant, DW a aus­si par­lé avec Ju­liet Da­mian, une autre femme tan­za­nienne, qui a su­bi un avor­te­ment à risque, mais qui en est presque morte à cause d’un sai­gne­ment ex­ces­sif. Elle ne veut pas que d’autres femmes souffrent les dou­leurs qu’elle a su­bies.

Pho­to : Ki­zi­to Ma­koye

Feid­ha, une jeune femme tan­za­nienne, a su­bi un avor­te­ment clan­des­tin.

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