La « ro­man­ti­sa­tion » du so­cia­lisme

La Liberté - Le Réveil - - SOCIÉTÉ - Sé­bas­tien PEL­LE­TIER ae­me­dias@mo­nusb.ca

Lors­qu’on consi­dère que plus de 100 mil­lions de morts sont di­rec­te­ment at­tri - buables à des ré­gimes so­cia­listes ou com­mu­nistes du­rant le 20e siècle, com­ment se fait-il que près de la moi­tié des en­fants du mil­lé­naire amé­ri­cains, ceux entre 18 et 34 ans, disent qu'ils pré­fé­re­raient vivre sous un ré­gime so­cia­liste? Ce sont les chiffres que nous four­nit l’étude conjointe de YouGov et de la Fon­da­tion com­mé­mo­ra­tive des vic­times du com­mu­nisme, ba­sée à Wa­shing­ton, D.C., qui a in­ter­ro­gé plus de 2 000 per­sonnes pour connaitre leurs points de vue sur le so­cia­lisme et le sys­tème po­li­tique com­mu­niste. La plus grande conclu­sion de l’étude était qu’un en­fant du mil­lé­naire sur deux dé­cla­rait pré­fé­rer vivre dans un pays so­cia­liste ou com­mu­niste plu­tôt que dans une dé­mo­cra­tie ca­pi­ta­liste comme les États-Unis.

« Ce tour­nant trou­blant sou­ligne l'anal­pha­bé­tisme his­to­rique ré­pan­du dans la so­cié­té amé­ri­caine concer­nant le so­cia­lisme et l'échec sys­té­mique de notre sys­tème édu­ca­tif à en­sei­gner aux étu­diants le gé­no­cide, la des­truc­tion et la mi­sère cau­sés par le com­mu­nisme de­puis la ré­vo­lu­tion bol­che­vique il y a cent ans » , a dé­cla­ré Ma­rion Smith, di­rec­trice exé­cu­tive de la Fon­da­tion.

Mais qu’est-ce qui ex­plique ce phé­no­mène? Ka­wa­shi­maGins­berg, la di­rec­trice du Centre d'in­for­ma­tion et de re­cherche sur l'ap­pren­tis­sage ci­vique et l'en­ga­ge­ment à l'Uni­ver­si­té Tufts, nous dit que les « mil­lé­niaux» sont moins en fa­veur du ca­pi­ta­lisme que leurs pa­rents. « Les plus vieux membres de la gé­né­ra­tion Y qui ont ob­te­nu leur di­plôme à l'uni­ver­si­té ou qui sont en­trés sur le mar­ché du tra­vail à la fin des an­nées 2000 ont vrai­ment eu de la dif­fi­cul­té à croire au rêve amé­ri­cain et au ca­pi­ta­lisme » , a- t- elle dé­cla­ré. Ce­ci est en par­tie dû aux ef­fets per­sis­tants de la der­nière ré­ces­sion amé­ri­caine. Les jeunes – et pas seule­ment les di­plô­més – réus­sissent moins bien que leurs pa­rents à leur âge. Les don­nées sug­gèrent qu'ils gagnent moins d’ar­gent, ont plus de dettes d'études et ne sont pas en me­sure d'ache­ter une mai­son aus­si ra­pi­de­ment. Par consé­quent, « les jeunes dé­montrent beau­coup moins de sou­tien pour le ca­pi­ta­lisme que la po­pu­la­tion plus âgée » , a dé­cla­ré Ka­wa­shi­maGins­berg.

À cause de ce­la, beau­coup sont épris de cer­tains des idéaux des so­cia­listes au­to­pro­cla­més comme Ber­nie San­ders. Le sé­na­teur San­ders a, en ef­fet, convain­cu un grand nombre de per­sonnes que les choses al­laient très mal pour la

Suite à la cam­pagne élec­to­rale amé­ri­caine de 2016 lors de la­quelle le can­di­dat dé­mo­crate Ber­nie San­ders, prô­nant le so­cia­lisme, fut po­pu­laire au­près des jeunes, je prends un ins­tant pour élu­ci­der les fac­teurs qui ex­pliquent pour­quoi les groupes dé­mo­gra­phiques les plus jeunes n’ont pas une vi­sion aus­si né­ga­tive du so­cia­lisme que les gé­né­ra­tions précédentes.

grande ma­jo­ri­té des gens aux États- Unis, et ce, de­puis très long­temps. Sa so­lu­tion? L'Amé­rique de­vrait adop­ter le « so­cia­lisme dé­mo­cra­tique », un sys­tème so­cioé­co­no­mique qu’il com­pare à ce­lui des pays scan­di­naves. « Lorsque les jeunes pensent au so­cia­lisme, ou en­tendent ce terme, la pre­mière chose à la­quelle ils pensent sont les pays scan­di­naves, comme la Suède et la Nor­vège, où les gens semblent plu­tôt heu­reux et où les gens semblent plu­tôt bien ap­puyés », note Ka­wa­shi­maGins­berg.

Le so­cia­lisme dé­mo­cra­tique pré­tend com­bi­ner la règle de la ma­jo­ri­té avec le contrôle de l'État sur les moyens de pro­duc­tion. Ce­pen­dant, les pays scan­di­naves ne sont pas de bons exemples du so­cia­lisme dé­mo­cra­tique en ac­tion parce qu'ils ne sont pas so­cia­listes.

Dans les pays scan­di­naves, comme dans tous les autres pays dé­ve­lop­pés, les moyens de pro­duc­tion ap­par­tiennent prin­ci­pa­le­ment à des par­ti­cu­liers, et non à la col­lec­ti­vi­té ou au gou­ver­ne­ment, et les res­sources sont af­fec­tées à leurs uti­li­sa­tions res­pec­tives par le mar­ché et non par le gou­ver­ne­ment ou la pla­ni­fi­ca­tion com­mu­nau­taire.

Alors qu’il est vrai que les pays scan­di­naves offrent des avan­tages, comme de gé­né­reux fi­lets de sé­cu­ri­té so­ciale et des soins de san­té uni­ver­sels, un vaste État pro­vi­dence n'est pas la même chose que le so­cia­lisme. Ce que le sé­na­teur San­ders et ses par­ti­sans confondent comme étant du so­cia­lisme est en fait de la dé­mo­cra­tie-so­ciale, un sys­tème dans le­quel le gou­ver­ne­ment vise à pro­mou­voir le bie­nêtre pu­blic par l'en­tre­mise d’une lourde im­po­si­tion et de larges dé­penses, dans le cadre d'une éco­no­mie ca­pi­ta­liste. C'est ce que pra­tiquent les Scan­di­naves.

En ré­ponse aux Amé­ri­cains fai­sant fré­quem­ment ré­fé­rence à son pays comme étant so­cia­liste, le pre­mier mi­nistre du Da­ne­mark a fait re­mar­quer ce­ci lors d'une confé­rence à la John F. Ken­ne­dy School of Go­vern­ment de l'uni­ver­si­té Har­vard : « Je sais que cer­taines per­sonnes aux ÉtatsU­nis as­so­cient le mo­dèle nor­dique à une sorte de so­cia­lisme. Par consé­quent, je vou­drais cla­ri­fier une chose. Le Da­ne­mark est loin d'être une éco­no­mie pla­ni­fiée so­cia­liste. Le Da­ne­mark est une éco­no­mie de mar­ché. »

Il sem­ble­rait alors que la gé­né­ra­tion Y ne soit pas en fa­veur du so­cia­lisme au sens propre. Plu­tôt, les en­fants du mil­lé­naire se­raient de plus en plus en fa­veur de mettre en place des po­li­tiques so­ciales ve­nant en aide aux plus dé­mu­nis et per­met­tant au ci­toyen moyen de jouir d’avan­tages so­ciaux ex­ten­sifs, dans le cadre d’une éco­no­mie ca­pi­ta­liste. Cette gé­né­ra­tion est donc da­van­tage pré­pa­rée à être lour­de­ment im­po­sée si ce­la si­gni­fie que le voi­sin s’en ti­re­rait mieux en bout de ligne.

La dis­tinc­tion entre le so­cia­lisme et ces po­li­tiques so­ciales ex­ten­sives doit être bien éta­blie, car le so­cia­lisme n’a ja­mais fonc­tion­né au cours de l’his­toire et fut même un fléau ra­va­geur sur les so­cié­tés qui ont eu l’au­dace de l’adop­ter. Son échec a ins­pi­ré la re­nais­sance de la li­ber­té et, pour la pre­mière fois dans l'his­toire du monde, le jour ap­proche très vite où la ma­jo­ri­té des gens vi­vront dans des so­cié­tés libres ou des so­cié­tés évo­luant ra­pi­de­ment vers la li­ber­té.

Le ca­pi­ta­lisme joue un rôle ma­jeur dans la re­nais­sance mon­diale de la li­ber­té et de la pros­pé­ri­té parce qu'il nour­rit l'es­prit hu­main, ins­pire la créa­ti­vi­té hu­maine et fa­vo­rise l'es­prit d'en­tre­prise. En four­nis­sant un puis­sant sys­tème d'in­ci­ta­tions qui fa­vo­rise l'épargne, le tra­vail achar­né et l'ef­fi­ca­ci­té, le ca­pi­ta­lisme crée de la ri­chesse.

La prin­ci­pale dif­fé­rence entre le ca­pi­ta­lisme et le so­cia­lisme est la sui­vante : le ca­pi­ta­lisme fonc­tionne.

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