Le ta­bou de la san­té men­tale

La Liberté - Le Réveil - - ÉDITORIAL - Sé­bas­tien Pel­le­tier ae­me­dias@mo­nusb.ca

Vous est-il dé­jà ar­ri­vé de vous sen­tir triste, dé­pri­mé ou mal­heu­reux pen­dant quelque temps? Évi­dem­ment, il est nor­mal de se sen­tir moins jo­vial de temps en temps. La si­tua­tion de­vient un pro­blème lors­qu’on est plus sou­vent triste qu’heu­reux. Être sou­vent dé­pri­mé af­fecte la struc­ture du cer­veau; ça érode l’es­prit.

La mé­de­cine ac­tuelle consi­dère qu'une per­sonne est dé­pres­sive lorsque son hu­meur est du­ra­ble­ment dé­ré­glée au-de­là de 15 jours vers un état de tris­tesse conti­nue et que ce dé­rè­gle­ment de l'hu­meur a des consé­quences sur ses ac­ti­vi­tés de la vie quo­ti­dienne avec un chan­ge­ment per­cep­tible du com­por­te­ment. Alors que la san­té men­tale est un pro­blème mon­dial, la stig­ma­ti­sa­tion, la honte et la dis­cri­mi­na­tion qui lui est as­so­ciée l’est éga­le­ment.

Par­ler de san­té men­tale pro­voque sou­vent des ré­ac­tions in­at­ten­dues. Les gens ont ten­dance à évi­ter de par­ler de pro­blèmes de san­té men­tale en rai­son des pré­ju­gés te­naces rat­ta­chés à ce type de ma­la­die. Bien que l’ac­cès à des ren­sei­gne­ments de qua­li­té sur la san­té men­tale se soit gran­de­ment amé­lio­ré au fil des ans, la ma­la­die men­tale conti­nue de sus­ci­ter un sen­ti­ment de honte chez les gens tou­chés. À cause de ce ta­bou, les per­sonnes vi­vant avec des dé­fi­ciences ou des han­di­caps men­taux sont stig­ma­ti­sées, voire par­fois ex­clues de la so­cié­té.

Les chiffres montrent qu'une per­sonne sur quatre se­ra af­fec­tée par des pro­blèmes de san­té men­tale dans sa vie, et pour­tant les per­sonnes font en­core face à des ré­ac­tions né­ga­tives lors­qu'elles di­vulguent leur ma­la­die, peu im­porte son am­pleur. Les pro­blèmes de san­té men­tale consti­tuent l’une des prin­ci­pales causes d’in­va­li­di­té en Amé­rique du Nord; l’Or­ga­ni­sa­tion mon­diale de la san­té es­time que d’ici 2020, la dé­pres­sion re­pré­sen­te­ra la pre­mière cause d’in­va­li­di­té par­tout dans le monde. Ce­pen­dant, en dé­pit de cette réa­li­té, les gens parlent ra­re­ment de la ma­la­die men­tale, qui de­meure un su­jet ta­bou. La pro­ba­bi­li­té que nous en­ten­dions par­ler du pro­blème car­diaque du voi­sin est beau­coup plus grande! Gé­rer un pro­blème de san­té men­tale peut être as­sez dif­fi­cile en soi, tout comme la ges­tion d'un pro­blème de san­té phy­sique à long terme, mais ima­gi­nez ne pas vous sen­tir ca­pable de dire à quel­qu'un que vous souf­frez de dia­bète ou d'asthme. C'est in­con­ce­vable.

Pour­tant, mal­gré les ta­bous, qui, se­lon moi, in­diquent un cer­tain ni­veau de com­pré­hen­sion de l’im­por­tance de la san­té men­tale, les gens ont ten­dance à trai­ter la san­té men­tale comme étant au­to­ma­ti­que­ment sur­mon­table. Je me sou­viens avoir lu une pe­tite bande des­si­née illus­trant jus­te­ment ce phé­no­mène. On y re­trou­vait plu­sieurs per­son­nages bles­sés phy­si­que­ment, de dif­fé­rentes fa­çons, se fai­sant conseiller par leurs amis de la même ma­nière que les gens le font sou­vent avec la san­té men­tale. L’un d’entre eux avait la main cou­pée, et on lui sug­gé­rait de « voir le po­si­tif » en guise de soins. Cette com­pa­rai­son hu­mo­ris­tique per­met bien d’illus­trer à quel point les gens at­teints de troubles men­taux, qui ne sont pas vi­sibles, ne sont pas pris au sé­rieux.

Le meilleur moyen de com­battre les pré­ju­gés consiste à sen­si­bi­li­ser le pu­blic à la ma­la­die men­tale en lui of­frant des ren­sei­gne­ments exacts. De l'in­for­ma­tion per­ti­nente per­met­tra de dis­si­per le mythe se­lon le­quel la ma­la­die men­tale est un signe de fai­blesse et ai­de­ra les gens à com­prendre qu’elle se soigne. Un moyen re­con­nu de trai­ter les troubles men­taux est de consul­ter un psy­cho­logue. Mal­heu­reu­se­ment, il existe aus­si une stig­ma­ti­sa­tion liée à la consul­ta­tion de psy­cho­logues, ce qui fait que cer­taines per­sonnes ayant be­soin d’aide ne fe­ront pas ap­pel à leurs ser­vices par peur d'être ju­gées ou dis­cri­mi­nées.

Les psy­cho­logues sont des pro­fes­sion­nels de la san­té men­tale. Leur tra­vail est es­sen­tiel dans une so­cié­té fonc­tion­nelle. Cer­taines per­sonnes qui ne connaissent pas le tra­vail du psy­cho­logue se­ront prêtes à pen­ser et à dire que la consul­ta­tion est in­utile et qu’il existe d’autres moyens d’échap­per à une pa­tho­lo­gie sem­blable. Alors qu’il est vrai qu’il existe d’autres moyens, la consul­ta­tion est loin d’être in­utile. Le fait de consul­ter un psy­cho­logue peut éga­le­ment être très bé­né­fique pour les per­sonnes vi­vant des pé­riodes de stress ex­ces­sif, par exemple un congé­die­ment ou une sé­pa­ra­tion.

Il est im­por­tant de ne pas avoir honte et de ne pas ca­cher le fait de consul­ter un psy­cho­logue. Le fait d’en dis­cu­ter avec les autres pour­rait convaincre une per­sonne qui en a be­soin d’al­ler cher­cher l’aide né­ces­saire et ai­de­rait les autres à com­prendre que la consul­ta­tion n’est pas li­mi­tée aux per­sonnes at­teintes de ma­la­dies men­tales. Vous se­riez sû­re­ment sur­pris d’ap­prendre com­bien de vos col­lègues sont dé­jà al­lés consul­ter un psy­cho­logue; la consul­ta­tion est beau­coup plus ré­pan­due qu’on ne le laisse en­tendre.

Si vous vi­vez des dif­fi­cul­tés dans votre vie et que vous ne sa­vez pas trop comment vous en sor­tir, je vous in­vite à al­ler consul­ter un psy­cho­logue. Ça ne peut pas faire de mal! La san­té men­tale est aus­si im­por­tante que la san­té phy­sique, il est grand temps d’agir en consé­quence et de prendre sa propre san­té men­tale au sé­rieux. Per­sonne ne de­vrait souf­frir en si­lence et en­core moins, souf­frir seul.

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