La pre­mière greffe de tête hu­maine

La Liberté - Le Réveil - - SCIENCE - An­ge­li­ca VILORIA ae­me­dias@mo­nusb.ca

La pre­mière greffe de tête se­ra réa­li­sée en dé­cembre 2017 ou au dé­but de 2018 par un neu­ro­chi­rur­gien ita­lien re­nom­mé qui s’ap­pelle Dr Ser­gio Ca­na­ve­ro. Il est le res­pon­sable du pro­jet Head Ana­sto­mo­sis Ven­ture, ou HEA­VEN, qui est en ef­fet le nom of­fi­ciel du pro­ces­sus de greffe de tête. Il a 57 ans et il est re­con­nu mon­dia­le­ment pour ses tra­vaux dans le do­maine de la ma­la­die de Par­kin­son et, en par­ti­cu­lier, la sti­mu­la­tion cé­ré­brale. Il étu­die la greffe de tête de­puis 30 ans et il est main­te­nant prêt à réa­li­ser son but de trans­plan­ter une tête hu­maine.

La greffe de tête est un pro­ces­sus chi­rur­gi­cal par le­quel on dé­tache la tête saine d’un pa­tient dont le corps est dé­faillant et on la trans­plante sur un pa­tient dont le corps est en bonne san­té. Bien que bon nombre de gens, les scien­ti­fiques en par­ti­cu­lier, pensent que ce pro­ces­sus sou­lève de grandes ques­tions éthiques, le Dr Ca­na­ve­ro consi­dère que ce­la pour­rait ai­der les pa­tients avec de grands dys­fonc­tion­ne­ments neu­ro­mus­cu­laires et ceux at­teints de la ma­la­die d’Alz­hei­mer ain­si que faire avan­cer la re­cherche sur le clo­nage hu­main. Les re­cherches me­nées pour amé­lio­rer le bie­nêtre hu­main au cours du der­nier siècle ont por­té des fruits : en 1908, l’es­pé­rance de vie était de 45 ans, au­jourd’hui, elle se si­tue à 85 ans, presque le double! La greffe de tête semble pro­mettre de grandes avan­cées sur le plan médical, mais sur le plan bioé­thique, est-ce sou­hai­table?

L’idée de gref­fer une tête re­monte peut-être à 1818 dans la fic­tion Fran­ken­stein de Ma­ry Shel­ley, mais ne de­vient réa­li­té qu’en 1908 lors­qu’un psy­cho­logue amé­ri­cain, Charles Gu­thrie, et un chi­rur­gien fran­çais, Alexis Car­rel, tentent l’ex­pé­rience sur un chien. Il ne s’agit pas tout à fait d’une greffe, car ils ont po­sé la tête dé­ca­pi­tée d’un chien sur le cou d’un autre pour voir comment le pro­ces­sus pour­rait fonc­tion­ner. Après 20 mi­nutes, le chien sur le cou re­ce­veur a mon­tré des signes de vie et fai­sait des mou­ve­ments. Après que les scien­ti­fiques ont prou­vé que ce­la fonc­tion­nait, le chien a été eu­tha­na­sié.

La greffe de tête est une chi­rur­gie com­plexe qui doit se faire en un temps très li­mi­té et avec une pré­ci­sion ab­so­lue. Avant le pro­ces­sus, la tête saine du don­neur est re­froi­die à une tem­pé­ra­ture de 10 à 15 de­grés Cel­sius. Ce­ci sert à pro­lon­ger la vie des cel­lules qui doivent sur­vivre sans au­cun oxy­gène pour un temps don­né. Pour ef­fec­tuer la coupe, un Ge­min-otome, qui fait des in­ci­sions pré­cises, est uti­li­sé. Puis, on

De­puis un siècle, l’évo­lu­tion dans les do­maines de la science et de la tech­no­lo­gie a per­mis de grandes avan­cées mé­di­cales pour pro­lon­ger la vie hu­maine. À quoi peut-on s’at­tendre si la pro­chaine grande étape change non seule­ment le monde de la science, mais aus­si la qua­li­té de vie de mil­liers de pa­tients qui vivent dans la souf­france? Du point de vue éthique, est-ce que les cher­cheurs vont au-de­là de ce qui est ac­cep­table?

C’est quoi une greffe de tête? D’où vient l’idée de gref­fer la tête? Comment s’ef­fec­tue une greffe de tête? at­tache la tête du don­neur au corps du re­ce­veur. Une sub­stance spé­ciale qui contient des

na­no­rib­bons sert à rac­cor­der la co­lonne ver­té­brale aux nerfs du re­ce­veur. Une fois cette par­tie ter­mi­née, l’équipe mé­di­cale (en­vi­ron 150 au to­tal) a moins de 60 mi­nutes pour s’as­su­rer que la tête du don­neur est liée au sys­tème san­guin, si­non il y a des risques de lé­sions ocu­laires graves. Pour ré­ani­mer le corps, Dr Ca­na­ve­ro uti­lise l’ef­fet de

Fran­ken­stein, c’est-à-dire le choc élec­trique pour « [sti­mu­ler la moelle épi­nière.] » (Lau­rin, H. (2017). Pre­nons un mo­ment pour consi­dé­rer la greffe de tête.

Jour­nal de Mon­tréal, p. 1.) Ce­la prend en tout en­vi­ron 36 heures et né­ces­site des soins phy­siques et phy­sio­lo­giques très in­tenses après la chi­rur­gie. Comment le re­ce­veur s’adapte-t-il?

Ima­gi­nez que vous êtes confi­né à un lit sans au­cun contrôle de votre corps. Vous ne pou­vez bou­ger et il n’y a au­cun es­poir que vous le pour­rez. Voi­là le cau­che­mar que vit Va­le­ry Spi­ri­do­nov, mais il garde es­poir, car il va être le pre­mier can­di­dat pour la greffe de tête. En­tre­temps, Va­le­ry s’en­traine à la réa­li­té de mar­cher et de bou­ger à l’aide de la Réa­li­té vir­tuelle (RV), un pe­tit écran qui en­toure la tête, ce qui est im­por­tant pour évi­ter les ef­fets psy­cho­lo­giques né­ga­tifs après le pro­ces­sus. Les consé­quences? Les risques? Un pro­fes­seur de phi­lo­so­phie, Dr Quas­sim Cas­sam, pré­dit qu’après la greffe, le pa­tient per­dra com­plè­te­ment sa mé­moire. Certes, il est dif­fi­cile de pré­dire ce qui at­tend Va­le­ry après cette greffe. Les scien­ti­fiques croient que le plus grand dé­fi est la com­pa­ti­bi­li­té de la tête avec le nou­veau corps; va-t-il la re­je­ter? La tech­no­lo­gie nous a per­mis jus­qu’ici de trans­plan­ter des vi­sages, des bras, des coeurs et même des yeux. Mais, la tête, qui ren­ferme le cer­veau est tout à fait autre chose, c’est d’ici que tout le corps fonc­tionne. Il ne faut pas non plus igno­rer les im­pli­ca­tions sur le plan psy­cho­lo­gique. D’après In­ter­net, le pu­blic ne se montre pas très fa­vo­rable à l’idée et, se­lon un ar­ticle pa­ru dans le Van­cou­ver

Sun, des ci­toyens pensent que les risques sont trop in­con­nus et que prendre de l’ar­gent de pa­tients souf­frants est in­to­lé­rable et dis­cu­table sur le plan éthique.

Le dé­rou­le­ment, les consé­quences et l’adap­ta­tion post-chi­rur­gi­cale d’une greffe de tête sont com­plexes et mé­con­nus. Bien que la qua­li­té de vie pour­ra s’amé­lio­rer dans l’ave­nir par ce genre d’in­no­va­tion scien­ti­fique, plu­sieurs pro­blèmes éthiques concer­nant l’état de l’in­di­vi­du (pa­tient) et les re­li­gions qui sont contre sont sou­le­vés par ce pro­jet. Notre so­cié­té de­vrait avoir la ca­pa­ci­té d’aug­men­ter son ni­veau de connais­sance et de dé­ve­lop­per des tech­no­lo­gies po­si­tives pour pro­lon­ger la vie hu­maine, mais la grande ques­tion qui se pose alors est :

est-ce que nos ma­ni­pu­la­tions de la na­ture vont dé­ran­ger notre iden­ti­té comme hu­main?

Pho­to : An­ge­li­ca Viloria

La pre­mière greffe de tête hu­maine au­ra lieu en dé­cembre 2017. Cette chi­rur­gie se­ra ef­fec­tuée par un neu­ro­chi­rur­gien ita­lien re­nom­mé, le Dr Ser­gio Ca­na­ve­ro.

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