« Écrire notre langue, c’est mon­trer que nous sommes une na­tion forte »

La Liberté - MMF-Une culture riche - - PUBLI-REPORTAGE | ADVERTORIAL -

Vé­ri­table pré­cur­seur, long­temps di­rec­teur du dé­par­te­ment de langue mi­chif au sein de la Fé­dé­ra­tion mé­tisse du Ma­ni­to­ba, Nor­man Fleu­ry a voué sa vie en­tière à do­cu­men­ter cette langue, vé­ri­table trait d’union entre tous les des­cen­dants de la Co­lo­nie de la Ri­vière Rouge.

« J’étais en­core dans le ventre de ma mère que j’en­ten­dais dé­jà par­ler le mi­chif. J’ai gran­di en ayant conscience que j’étais Mi­chif; Mé­tis, je ne sa­vais pas ce que c’était! Alors pour moi, le mi­chif ce n’est seule­ment une langue, c’est toute ma culture. Ce n’est ni le fran­çais, la langue de nos pères, ni le cri, la langue de nos mères. C’est la langue que nous autres, en­fants de sang fran­çais et Pre­mière na­tion, ca­tho­liques au nom fran­çais, avons in­ven­tée sur les bords de la Ri­vière Rouge. Ma grand-mère di­sait tou­jours : ‘L’an­glais, c’est la langue que nous em­prun­tons. Mais lorsque Dieu a créé les hommes, il a don­né le fran­çais aux Fran­çais, l’an­glais aux An­glais, le da­ko­ta aux Da­ko­ta, le cri aux Cris, et le mi­chif aux Mi­chifs. La langue, c’est ce qui nous dé­fi­nit et le mi­chif, c’est une langue de terre au­tant qu’une langue spi­ri­tuelle.’ C'est exac­te­ment ce que nous sommes : un peuple at­ta­ché à sa terre, et spi­ri­tuel en même temps. » On pour­rait l’écou­ter par­ler pen­dant des heures, Nor­man Fleu­ry. Car ce grand spé­cia­liste du mi­chif, né à Saint-La­zare au Ma­ni­to­ba, a su em­prun­ter à la tra­di­tion orale de son peuple l’art de ra­con­ter.

« Nous exis­tons de­puis bien avant que le Ma­ni­to­ba ne soit le Ma­ni­to­ba, que le Ca­na­da ne soit le Ca­na­da. Mais notre culture a tou­jours été orale. Rien d’éton­nant à ce­la : je fais moi-même par­tie de la pre­mière gé­né­ra­tion de Mi­chifs qui a été à l’école. « Un jour, le lin­guiste Pe­ter Bak­ker est ve­nu se ren­sei­gner sur cette langue. Il est res­té long­temps avec nous, à com­prendre la nais­sance de notre langue, de notre culture. On n’avait jusque-là au­cune idée que notre langue était spé­ciale, qu’elle consti­tuait notre iden­ti­té au-de­là des fron­tières, que l’on soit au Da­ko­ta du nord ou en Sas­kat­che­wan. »

Pre­nant conscience dès lors de l’im­por­tance du mi­chif, Nor­man Fleu­ry n’au­ra de cesse de do­cu­men­ter sa langue, et au- de­là, toute la culture, qui consti­tue l’es­sence même de son peuple. En­sei­gnant, écri­vain, au­teur no­tam­ment du pre­mier dic­tion­naire ca­na­dien de la langue mi­chif, Nor­man Fleu­ry se fait éga­le­ment un de­voir de cou­cher par écrit les his­toires de son peuple, de gé­né­ra­tion en gé­né­ra­tion. « Ce sont des his­toires que j’ai ap­prises de mes grands-pa­rents, de vieilles chan­sons, qu’il est né­ces­saire de pré­ser­ver pour nos en­fants. La mé­moire des an­ciens, il faut la ra­con­ter. C’est par là que com­mence la re­nais­sance de notre langue. »

Une mis­sion de trans­mis­sion que Nor­man Fleu­ry ne peut s’em­pê­cher de voir éga­le­ment comme une aide in­es­ti­mable pour les nou­velles gé­né­ra­tions, en quête de re­pères : « Il y a de plus en plus de gens qui ont de la mi­sère avec leur iden­ti­té. Re­trou­ver leur his­toire, leur mu­sique, leur culture… Ça prend tout ce­la, et donc écrire notre langue, pour mon­trer que nous sommes une na­tion forte. »

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