Cé­lé­brer le mo­ment pré­sent

La Liberté - Special Noel 2017 - - La Une - Fer­nand Sau­rette

Un homme en fau­teuil rou­lant me rend vi­site chaque mer­cre­di. Il s’agit de notre pe­tit rite heb­do­ma­daire. Il est mon grand « pe­tit prince » (1) , je suis son re­nard mé iant. Je vou­drais être ap­pri­voi­sé par cet homme en m’ins­pi­rant de son uni­vers hors du com­mun. J’ai at­ter­ri sur cette pla­nète et, par un heu­reux ha­sard, nos che­mins se sont croi­sés dans un dé­sert dé­pour­vu de re­pères. Un lien d’ami­tié s’est tis­sé entre le sau­vage et le sage lors­qu’il a ten­du sa main pour m’en­traî­ner vers son oa­sis. Il était la source d’ins­pi­ra­tion d’un as­soif­fé qui cher­chait des ré­ponses aux tra­cas du train‐train quo­ti­dien. De­puis lors, il est de­ve­nu mon moine… mon gou­rou dé­gui­sé en âme soeur. Ce phi­lo­sophe m’ins­pire à vivre pour le mo­ment pré­sent et à va­lo­ri­ser mes fa­cul­tés, car la san­té et le bie­nêtre de soi sont des ca­deaux tom­bés du ciel, mais ces dons peuvent aus­si bien être en­le­vés sans aver­tis­se­ment. Comme le dit Job dans l’an­cien Tes­tament : « l’éter­nel a don­né, l’éter­nel a re­pris, bé­ni soit Son Nom » .

Alors, chaque fois que je cô­toie ce cher prince, il m’ap­pri­voise peu à peu en me fai­sant consta­ter que la vie est belle mal­gré tout.

Même les bul­le­tins de nou­velles apo­ca­lyp­tiques ne par­viennent pas à ébran­ler l’équi­libre de ce pi­lier exem­plaire. La vie re­prend de l’es­poir quand j’en­tends les roues de son fau­teuil s’ap­pro­cher de ma cel­lule de cap­tif. Il est tou­jours sou­riant et de bonne hu­meur comme un prin­temps per­pé­tuel qui per­met à la rose de s’épa­nouir chaque jour de l’an­née. Il aime fré­quen­ter les sanc­tuaires où la paix règne. J’ai hâte de re­trou­ver son gite sé­cu­ri­taire là où ré­sonnent ses pa­roles cal­mantes. Il ré­pète ce qu’eck­hart Tolle écrit dans son livre Nou­velle Terre : « Il est né­ces­saire de prendre le temps de se res­sour­cer et de re­lâ­cher les con lits tem­po­rels entre les hu­mains. » (2) C’est lui, mon prince, qui m’ap­pri­voise dou­ce­ment et m’ins­pire en me rap­pe­lant de ne pas craindre la guerre de la vie quo­ti­dienne, car en pre­nant le temps d’ad­mi­rer la beau­té de la vie qui nous en­toure, nous nous re­trou­vons dans un tout autre monde. Bé­ni soit‐il d’avoir ac­cep­té de vivre plei­ne­ment mal­gré ses dé is phy­siques.

Des­sin réa­li­sé “Azul” par la conjointe pho­to : Gra­cieu­se­té Yo­lan­da Paul­sen Paul­sen, ins­pi­ré de Fer­nand du Pe­tit Sau­rette, Yo­lan­da prince.

(1) De Saint‐exu­pé­ry, An­toine. 1999. Le pe­tit prince. Col­lec­tion Fo­lio ( no 3200) Gal­li­mard, France. (2) Tolle, Eck­hart. 2005. Nou­velle Terre. Ariane Édi­tions inc. /Flam­ma­rion Qué­bec.

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