Ade­la

La Liberté - Special Noel 2017 - - La Une - Ma­ria Fer­nan­da Arent­sen

Mon frère Pa­blo est tri­so­mique. Il est né en 1968, dans un pe­tit vil­lage per­du dans le temps et dans l’es­pace. Au dé­but, nos pa­rents ne sa­vaient pas trop com­ment s’y prendre. Mais ils ont vite com­pris qu’ils ne pou­vaient pas res­ter dans ce vil­lage à mille milles des centres de mé­de­cine plus dé­ve­lop­pés. Toute la fa­mille a donc dé­mé­na­gé dans une ville un peu plus im­por­tante, avec plus de res­sources. Il a fal­lu chan­ger d’em­ploi, d’école, de mai­son… et lais­ser der­rière nous les an­nées les plus belles de nos vies.

Mais dans notre nou­velle ville, nous avions l’ap­pui de la fa­mille, no­tam­ment du frère de ma mère, Al­ber­to. Un homme tran­quille et so­li­daire. Il était tou­jours de bonne hu­meur et il pas­sait chaque jour à la mai­son pour vé­ri ier si tout al­lait bien. Lui et son épouse, De­lia, une belle Ita­lienne aux che­veux d’or ont fon­dé une ins­ti­tu­tion (la pre­mière dans cette ville) pour ac­cueillir et édu­quer des per­sonnes ayant des in­ca­pa­ci­tés in­tel­lec­tuelles. Et ils ont dé­voué une bonne par­tie de leur vie à cette mis­sion : ra­mas­ser des fonds, tra­vailler à la construc­tion, em­bau­cher le per­son­nel… Dans cet en­vi­ron­ne­ment, les per­sonnes comme mon frère pou­vaient s’amu­ser, ap­prendre, se pro­me­ner, faire de la mu­sique, de la danse, pra­ti­quer des sports… et créer des liens d’ami­tié. Au il du temps, d’autres ins­ti­tu­tions comme celle‐ci ont vu le jour.

Mon oncle et ma tante sont par­tis trop tôt. Mais leurs ef­forts ont chan­gé le monde et leur oeuvre ne cesse de gran­dir.

Quand notre mère est dé­cé­dée, Pa­blo est al­lé vivre pen­dant 3 ans chez ma cou­sine Ade­la, leur ille, qui a pris soin de lui avec une dé­vo­tion et un amour in­con­di­tion­nels. La mai­son de la fa­mille de ma cou­sine était très pe­tite, il n’y avait pas as­sez de chambres pour tout le monde. Alors, Ade­la a fer­mé son sa­lon pour créer une chambre pour Pa­blo. Pen­dant 3 ans, sa mai­son était ré­duite et la fa­mille a vé­cu dans l’in­con­fort pour pou­voir lui of­frir ce dont il avait be­soin. Pa­blo a pas­sé 3 mer­veilleuses an­nées chez Ade­la et sa fa­mille. Il y a été pro­fon­dé­ment heu­reux. Tels pa­rents, telle ille.

Pho­to : Gra­cieu­se­té Ma­ria Arent­sen Pa­blo aime s’ex­pri­mer au tra­vers du des­sin.

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