Nuage sur le « mar­ché gris » du can­na­bis

La Liberté - - ACTUALITÉS - Ga­vin BOUTROY Col­la­bo­ra­tion spé­ciale

Ma­cken­zie Mroz, 23 ans, et Kol­ten Sin­ko­vits, 22 ans, se frayent une place bien à eux sur le mar­ché ma­ni­to­bain du can­na­bis. Mais la mé­thode choi­sie par la Pro­vince pour la vente au dé­tail du can­na­bis met un frein à leur ap­proche de pe­tits en­tre­pre­neurs.

Ma­cken­zie Mroz nour­ris­sait de grands es­poirs : « Lors­qu’on a en­ten­du l’an­nonce de la Pro­vince sur sa so­lu­tion de la mise en mar­ché du can­na­bis, on était as­sez ex­ci­tés. On s’at­ten­dait à ce que la vente au dé­tail se fasse par le mar­ché pri­vé. Et puis, on a ap­pris les dé­tails.

« Dans un pre­mier temps, la Pro­vince sé­lec­tion­ne­ra quatre pro­po­si­tions de com­pa­gnies ca­pables d’ou­vrir plu­sieurs bou­tiques dans la pro­vince. Ce­la veut dire que la Pro­vince cherche des grosses com­pa­gnies, pas des en­tre­pre­neurs comme nous. On a qu’un seul lo­cal pour l’ins­tant. C’était vrai­ment dé­cou­ra­geant de lire l’ap­pel d’offres du gou­ver­ne­ment pro­vin­cial et de se rendre compte com­bien de ca­pi­tal se­rait né­ces­saire pour que notre com­pa­gnie soit sé­lec­tion­née.

« De­puis 2015, on a mis toutes nos éco­no­mies dans notre com­pa­gnie, Can­na­bis Jar. Main­te­nant, on doit at­ti­rer des in­ves­tis­seurs. Ce n’est pas fa­cile, avec les pré­ju­gés au­tour du can­na­bis. On a dé­jà eu as­sez de mal à ob­te­nir un compte en banque com­mer­cial. Et sur­tout, c’est l’ob­ten­tion d’un per­mis de vente qui dé­ter­mi­ne­ra la va­leur d’une com­pa­gnie comme la nôtre. »

Pour qu’une pro­po­si­tion soit consi­dé­rée, la Pro­vince exige qu’une com­pa­gnie dis­pose du ca­pi­tal pour six mois d’opé­ra­tion. Plu­sieurs grosses com­pa­gnies, sou­vent des pro­duc­teurs au­to­ri­sés de can­na­bis mé­di­cal, ont dé­jà an­non­cé leurs in­ten­tions de sou­mettre des pro­po­si­tions au gou­ver­ne­ment du Ma­ni­to­ba, dont Na­tio­nal Ac­cess Can­na­bis, The Ca­na­dian Can­na­bis Co-op, MMJ Ca­na­da Dis­pen­sa­ries, et Del­ta 9 Can­na­bis, en par­te­na­riat avec Ca­no­py Growth Cor­po­ra­tion.

Pour concur­ren­cer des grosses com­pa­gnies dont le siège so­cial est hors du Ma­ni­to­ba, Kol­ten Sin­ko­vits ex­plique que Can­na­bis Jar pro­pose une ap­proche « fait au Ma­ni­to­ba ».

« Nous es­pé­rons que le gou­ver­ne­ment pro­vin­cial cherche un moyen qui mette l’ac­cent sur l’in­dus­trie lo­cale. C’est la source de notre op­ti­misme. Si ce n’est qu’une ques­tion de taille de com­pa­gnie, on n’a au­cune chance.

« Dé­jà, on ne met pas l’em­phase sur le mar­ché de Win­ni­peg. Pour la ville, on a dé­jà en place un sys­tème de li­vrai­son, à cause des ac­ces­soires pour fu­meurs que l’on vend ac­tuel­le­ment.

« On vient tout les deux de la cam­pagne, de Beau­sé­jour, et on vou­drait des­ser­vir l’Est et le Sud de la pro­vince. Les autres pour­ront se battre pour le mar­ché de Win­ni­peg. »

Le lo­cal de Can­na­bis Jar, si­tué 240 ave­nue Por­tage, est en cours de ré­no­va­tion. Le site web de Can­na­bis Jar offre ac­tuel­le­ment des ac­ces­soires pour fu­meurs, des baumes, des thés, des ca­fés et des pro­duits pour ani­maux do­mes­tiques à base de can­na­bis. Ce que Kol­ten Sin­ko­vits ap­pelle le « mar­ché gris ».

« Tech­ni­que­ment par­lant, ce que nous ven­dons, c’est illé­gal. En fait, nous sommes dans une zone grise. Les pro­duc­teurs de can­na­bis mé­di­cal au­to­ri­sés ont seule­ment le droit de pro­duire des bour­geons de can­na­bis, ou des huiles et des concen­trés. C’est tout. Mais la Cour su­prême du Ca­na­da a ju­gé que les uti­li­sa­teurs de can­na­bis mé­di­cal avaient le droit d’ac­cé­der au pro­duit sous toutes ses formes, et donc sous forme de thé, de ca­fé, de baumes, de pro­duits ali­men­taires. Des pro­duits à base de can­na­bis, consom­més à pe­tites doses, à des fins mé­di­cales. Mais c’est sûr qu’on re­pousse un peu les li­mites de la lé­ga­li­té. »

Kol­ten Sin­ko­vits pré­cise que si Can­na­bis Jar voit sa pro­po­si­tion de vente au dé­tail re­fu­sée, la com­pa­gnie se re­fo­ca­li­se­ra sur la pro­duc­tion du can­na­bis.

« On conti­nue­ra avec notre plan d’af­faires de vente d’ac­ces­soires et de pro­duits à base de can­na­bis, et on se tour­ne­ra vers la pro­duc­tion. On est ac­tuel­le­ment en train d’es­sayer d’ob­te­nir un per­mis fé­dé­ral pour pro­duire du can­na­bis mé­di­cal. »

Une ap­proche en ac­cord avec les ori­gines fa­mi­liales de Ma­cken­zie Mroz. Née dans une fa­mille de fer­miers de troi­sième gé­né­ra­tion, elle est di­plô­mée en agro­no­mie de l’Uni­ver­si­té du Ma­ni­to­ba. Elle tra­vaille sur la ferme fa­mi­liale de 3 000 acres, avec son père et ses deux frères.

Ma­cken­zie Mroz et Kol­ten Sin­ko­vits. De­puis le lan­ce­ment de leur site web en oc­tobre 2017, le couple d’en­tre­pre­neurs a été éton­né par la po­pu­la­ri­té des pro­duits pour ani­maux do­mes­tiques à base de can­na­bis, cen­sés, entre autres, com­battre les symp­tômes de l’ar­thrite et de l’épi­lep­sie. Pour Ma­cken­zie Mroz, les qua­li­tés an­ti­dou­leur du can­na­bis sont bien connues. « À l’âge de 16 ans, je pre­nais 15 Ad­vil par jour pour sou­la­ger un mal de dos chro­nique. Mon es­to­mac s’était mis à sai­gner, je n’en pou­vais plus. Les mé­de­cins vou­laient me mettre aux opia­cés, mais j’ai re­fu­sé. C’est alors que j’ai com­men­cé à consom­mer du can­na­bis mé­di­cal, et ma vie a alors chan­gé pour le mieux. »

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