Fran­glais : pour­quoi se conten­ter de l’à-peu-près?

La Liberté - - ÉDITORIAL - Hé­lène Roy Le 21 mars 2018

Ma­dame la ré­dac­trice,

La So­cié­té fran­glo‐ma­ni­to­baine, c’est le mas­sacre de la langue fran­çaise. Eh bien non, mer­ci! À l’heure où l’on se bat (en­core) pour conser­ver nos res­sources si dif ici­le­ment ac­quises (le BEF), cer­tains se plaisent à en­cou­ra­ger et à jus­ti ier une langue fran­çaise mé­diocre, sous pré­texte de la mo­der­ni­ser. Cette « lo­gique » m’échappe.

Évi­dem­ment, les langues se trans­forment avec chaque gé­né­ra­tion. Il n’y a pas plus de langues « pures » que de races, d’eth­nies ou de cultures « pures ». À ce­la s’ajoute main­te­nant le lan­gage des mé­dias so­ciaux, qui nous oblige à in­ven­ter une nou­velle ter­mi­no­lo­gie nu­mé­rique. Toutes les langues du monde doivent s’y adap­ter. Ce­la va de soi.

Pour au­tant, ce­la ne si­gni ie pas qu’il faille « bâ­tar­di­ser » la langue fran­çaise, la re­lé­guer au dé­no­mi‐ na­teur le plus bas, tout sim­ple­ment par pa­resse in­tel­lec­tuelle, par un lais­ser‐al­ler cultu­rel gé­né­ral et par un manque de ri­gueur.

Pour com­prendre le fran­çais « stan­dar­di­sé » (ex­pres­sion de Sté­phane Oys­tryk dans La Li­ber­té du 14 au 20 mars), il faut en­core le connaître, l’ap­prendre et l’uti­li­ser. Sté­phane écrit aus­si : « Uti­li­ser le fran­glais ne veut pas dire qu’on n’a pas un bon ni­veau de fran­çais, ça veut juste dire qu’on connaît les deux codes ». Ah oui? Quelle af ir­ma­tion ri­sible et naïve! Ça doit être une blague. Ou s’agit‐il plu­tôt d’un piètre ar­gu­ment pour dire que le fran­glais sert à mieux ap­pré­cier la langue fran­çaise, telle qu’elle a évo­lué au il du temps en ajus­tant sa gram­maire, en in­té­grant des em­prunts et en ajou­tant ses propres in­ven­tions?

Étant mi­no­ri­taire dans un mi­lieu aus­si an­glo­phone que le Ma­ni­to­ba, l’in luence de l’an­glais est in­évi­table. Des mots, des ex­pres­sions an­glaises nous viennent sou­vent plus fa­ci­le­ment en tête. Ça se com­prend. Et les ha­bi­tudes s’ancrent si on ne fait ja­mais l’ef­fort d’uti­li­ser les mots justes.

S’ex­pri­mer cor­rec­te­ment dans une langue, ce n’est pas l’idéa­li­ser, mais plu­tôt la connaître et la res­pec­ter. Et si l’on maî­trise plus d’une langue, tant mieux. Comme c’est le cas au Ma­ni­to­ba, et ailleurs, on peut vivre côte à côte avec des gens d’autres cultures, et se com­prendre dans une langue com­mune. Dans nombre de cas, les im­mi­grants fran­co­phones chez nous parlent un fran­çais très cor­rect, ce qui en­ri­chit notre culture. De plus, cer­tains parlent plu­sieurs langues de leur pays d’ori­gine. De mé­lan­ger toutes ces langues dans une sorte de pot‐ pour­ri, ce se­rait un dé­sastre pour la com­mu­ni­ca­tion.

Ré­duire l’ex­pres­sion de la culture fran­co‐ma­ni­to­baine au Fes­ti­val du Voya­geur me semble très mince et ca­ri­ca­tu­ral. Il y a tel­le­ment plus…

Une per­sonne peut se sen­tir hon­teuse, em­bar­ras­sée de par­ler fran­glais? Comme c’est dom­mage. Mais Sté­phane avance que c’est peut‐être parce qu’elle veut « en­ri­chir son cô­té fran­çais ». Ah! En­ri­chir, c’est jus­te­ment la meilleure so­lu­tion. Alors, al­lons‐y! Fai­sons un ef­fort. Notre com­mu‐ nau­té fran­co­phone (et l’in­ter­net) offre toutes les res­sources dont nous avons be­soin, si on veut s’en ser­vir. Pour­quoi se conten­ter de l’à‐peu‐près? Re­tien­driez‐vous les ser­vices d’un chi­rur­gien, mé­ca‐ ni­cien, comp­table, pi­lote, etc., à peu près com­pé­tent?

Gar­der la cé­dille au fran­çais au lieu de lui sub­sti­tuer le glas! Quel beau dé i!

P.‐S. Mer­ci pour la ri­chesse et la di­ver­si­té du conte­nu de chaque édi­tion de La Li­ber­té. La page cou­ver­ture est tou­jours at­ti­rante, en par­ti­cu­lier celle de cette se­maine (du 21 au 27 mars) qui montre les lieux d’ori­gine de l’équipe de La Li­ber­té.

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