« Notre sys­tème pé­ni­ten­tiaire fait du mal »

La Liberté - - DOSSIER - Bar­ba­ra GORRAND Col­la­bo­ra­tion spé­ciale

Da­niel Beaudette, di­rec­teur et fon­da­teur du Centre Re­nais­sance à Win­ni­peg, a tra­vaillé 25 ans en tant que psy­cho­logue dans les ser­vices pé­ni­ten­tiaires : 13 ans dans les éta­blis­se­ments, et 12 ans dans la com­mu­nau­té pour ap­puyer les dé­te­nus en li­bé­ra­tion condi­tion­nelle. Il livre son point de vue sur la vio­lence au sein des pri­sons.

«J’ ai com­men­cé ma car­rière de psy­cho­logue pé­ni­ten­tiaire en 1988, à Sprin­ghill en Nou­vel­leÉ­cosse, puis à Sto­ny Moun­tain, au Ma­ni­to­ba, et en­fin à la ferme de Ro­ck­wood, ad­ja­cente à Sto­ny Moun­tain. Ma plus belle ex­pé­rience, je l’ai connue dans un

hea­ling lodge où les dé­te­nus avaient ac­cès à leur cul­ture, à des cé­ré­mo­nies, et re­trou­vaient un sen­ti­ment d’ap­par­te­nance.

« Une par­tie de mon tra­vail concer­nait la thé­ra­pie, parce que cer­tains crimes de­mandent une in­ter­ven­tion psy­cho­lo­gique, et du tra­vail en groupe, comme par exemple avec les agres­seurs sexuels. Je par­ti­ci­pais aus­si aux éva­lua­tions des­ti­nées à la com­mis­sion de li­bé­ra­tion, afin de sa­voir si la per­sonne re­pré­sente un dan­ger pour la so­cié­té.

« J’ai ren­con­tré Jean-Paul Beau­mont à quelques re­prises, au ha­sard de ses pas­sages en pri­son. Mais je n’ai ja­mais eu à faire son éva­lua­tion. En tant que Fran­coMa­ni­to­bain, je sa­vais qui il était, et je connais­sais bien son père.

C’était un gar­çon char­mant et in­tel­li­gent, qui est al­lé cher­cher chez les mau­vaises per­sonnes une fa­mille de sub­sti­tu­tion. Mais il était en boucle per­pé­tuelle, et il de­ve­nait de plus en plus dif­fi­cile de son­ger à le li­bé­rer. Quand on en est à son 6e ou 8e pas­sage en pri­son…

« Il faut dire que les pri­sons pro­vin­ciales, comme celle de Bran­don, ne pré­parent pas vrai­ment à la ré­ha­bi­li­ta­tion des dé­te­nus. Ce sont des pas­soires, où on peut avoir ac­cès à tout, y com­pris à la drogue, sur­tout quand on est membre d’un gang.

« Plu­sieurs pro­blèmes af­fectent les pri­sons pro­vin­ciales : le manque de pro­grammes de ré­ha­bi­li­ta­tion, l’es­pace li­mi­té, la den­si­té de corps hu­mains, la pri­va­tion d’es­paces de so­cia­li­sa­tion avec l’ex­té­rieur. Tous ces fac­teurs créent des ten­sions aus­si bien pour la po­pu­la­tion car­cé­rale que pour les sur­veillants. De plus en plus, on a re­cours à la mé­di­ca­tion pour “cal­mer’’ la po­pu­la­tion car­cé­rale. Et la part de dé­te­nus qui res­sortent de la psy­chia­trie et ne de­vraient pas être là est gran­dis­sante.

« Pe­tit à pe­tit, on a sup­pri­mé les pro­grammes qui per­met­taient aux dé­te­nus d’avoir une édu­ca­tion, ou d’ap­prendre un mé­tier. Dé­sor­mais, la pri­son, c’est du temps mort. On em­pêche main­te­nant les dé­te­nus de fu­mer, et on fait la chasse à la por­no­gra­phie. Tout ce­la ac­croît leur co­lère. Et ce sys­tème fait du mal. »

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