Un com­té his­to­rique vu par Greg Se­lin­ger

Greg Se­lin­ger a été dé­pu­té de Saint-Bo­ni­face de 1999 à 2016. L’an­cien mi­nistre des Fi­nances, des Af­faires fran­co­phones et Pre­mier mi­nistre du Ma­ni­to­ba donne son avis sur l’évo­lu­tion de la cir­cons­crip­tion et des dos­siers qui pré­oc­cupent les Bo­ni­fa­ciens.

La Liberté - - ACTUALITÉS - Da­niel BA­HUAUD dba­huaud@la-li­berte.mb.ca

Vous avez par­ti­ci­pé à cinq cam­pagnes élec­to­rales à Saint-Bo­ni­face. Le quar­tier a-t-il beau­coup chan­gé?

Énor­mé­ment. D’abord, sur le plan dé­mo­gra­phique. Quand j’étais conseiller mu­ni­ci­pal de Saint-Bo­ni­face, de 1989 à 1992, les Bo­ni­fa­ciens vou­laient en­cou­ra­ger les in­dus­tries lourdes à dé­mé­na­ger, afin qu’il y ait plus de dé­ve­lop­pe­ment ré­si­den­tiel. Su­per­crete a quit­té le Saint-Bo­ni­face Nord, ce qui a per­mis le dé­ve­lop­pe­ment du Do­maine Ma­rius-Be­noist.

La ten­dance ne s’est pas ar­rê­tée. Des pe­tites en­claves ré­si­den­tielles, comme la Place Georges-Fo­rest et le quar­tier de la pro­me­nade Bru­net à l’ex­tré­mi­té nord du Parc Wind­sor, ont été éta­blies sur d’an­ciens ter­rains in­dus­triels. Il y a plus de jeunes fa­milles dans le quar­tier. Dans ces mai­sons ré­centes, et ailleurs.

Ces quar­tiers doivent avoir des atouts dif­fé­rents…

Le quar­tier Arch­wood est très at­trayant pour les jeunes fa­milles, qui veulent une mai­son à prix mo­dique tout près du centre-ville. Beau­coup de des­cen­dants de Po­lo­nais et d’Ukrai­niens qui tra­vaillaient chez Ca­na­da Pa­ckers et Swift ont quit­té. Cer­tains ont lé­gué leurs mai­sons à leurs en­fants. Beau­coup de jeunes fa­milles ont donc des ra­cines dans le quar­tier. Et, parce que ces ré­si­dents ont des jeunes en­fants, on com­prend alors pour­quoi ils s’in­quiètent pour la qua­li­té de l’air, puis­qu’ils vivent tout près d’un parc in­dus­triel.

Nor­wood a aus­si dû évo­luer beau­coup…

Le quar­tier Nor­wood connaît aus­si une vé­ri­table mu­ta­tion. J’ai pu consta­ter la pré­sence d’un plus grand nombre de jeunes fa­milles. Et de fa­milles exo­games. C’est une chose que j’ai consta­tée : la fran­co­pho­nie est beau­coup plus ré­pan­due qu’au­tre­fois. His­to­ri­que­ment, Nor­wood Ouest était très an­glo­phone. Ce n’est plus le cas. J’ai no­té le chan­ge­ment pen­dant ma der­nière cam­pagne élec­to­rale.

Et qui dit jeunes fa­milles, dit écoles…

Il n’y a au­cun doute. Un des ré­sul­tats les plus po­si­tifs est que nos écoles sont pleines. Par­fois pleines à cra­quer. Ce n’était vrai­ment pas le cas en 1999. Le gou­ver­ne­ment Doer pen­sait même fer­mer l’école Pro­ven­cher et l’école Marion. Du cô­té fran­co­phone, l’école Ta­ché a été agran­die. Et elle aus­si connaît de l’ex­pan­sion. Elle compte 50 élèves de plus que l’an der­nier. Et les pa­rents com­mencent à se pré­oc­cu­per du nombre d’élèves par classe. Et la qua­li­té de l’édu­ca­tion est un en­jeu im­por­tant.

Il reste que Saint-Bo­ni­face garde une grande pro­por­tion d’aî­nés…

C’est très vrai. Et pour des rai­sons évi­dentes, les aî­nés s’in­quiètent pour la qua­li­té des soins de la san­té. À l’ur­gence et dans les hô­pi­taux, mais aus­si dans le do­maine des soins à do­mi­cile, de la vie as­sis­tée. Mais leurs en­fants sont concer­nés aus­si. L’in­cer­ti­tude par rap­port aux chan­ge­ments ap­por­tés au sys­tème des soins de san­té est pal­pable.

Saint-Bo­ni­face, c’est main­te­nant aus­si les nou­veaux ar­ri­vants…

Oui, et ils contri­buent à dy­na­mi­ser la fran­co­pho­nie. On le voit dans les écoles Ta­ché et Pré­cieux-Sang, et ailleurs. Mal­heu­reu­se­ment, beau­coup de nou­veaux ar­ri­vants n’ont pas la chance de vivre à SaintBo­ni­face, même si leurs en­fants fré­quentent les écoles du quar­tier.

C’est la même si­tua­tion pour les Au­toch­tones qui fré­quentent l’école Marion. 70 % des élèves sont des Pre­mières Na­tions. Leur pré­sence contri­bue à la di­ver­si­té du com­té, et aus­si à faire de l’édu­ca­tion un en­jeu po­li­tique.

Vrai­ment, Saint-Bo­ni­face est de plus en plus di­ver­si­fié. Plus de per­sonnes af­fichent leur fier­té mé­tisse ou au­toch­tone. Plus de gens s’iden­ti­fient comme fai­sant par­tie de la com­mu­nau­té LGBTQ*. Les Viet­na­miens et Lao­tiens d’ori­gine ont leur propre église, Saint-Philippe-Minh.

Com­ment en te­nir compte de tous ces chan­ge­ments pour la pro­chaine cam­pagne élec­to­rale?

En par­tie, en consul­tant les don­nées gla­nées par Sta­tis­tique Ca­na­da. Pour sa part, le Nou­veau par­ti dé­mo­cra­tique ef­fec­tue aus­si constam­ment des son­dages té­lé­pho­niques pour mieux com­prendre les en­jeux et pré­oc­cu­pa­tions. Et il fait du porte à porte. C’est comme ça que j’ob­te­nais mes ren­sei­gne­ments. Sur­tout que jus­qu’en 2016, peu de re­cherches for­melles avaient été faites sur Saint-Bo­ni­face, parce que le com­té était ju­gé sûr pour le NPD.

Prêt à avan­cer un pronostic?

Non. Je n’ai au­cune idée. Chose cer­taine, le NPD se­ra or­ga­ni­sé. Un can­di­dat peut dé­pen­ser 30 000 $. J’ai lais­sé plus de 15 000 $ dans la caisse du com­té. Et une ma­chine bien or­ga­ni­sée.

Greg Se­lin­ger.

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