« Notre sys­tème de san­té est une bête à plu­sieurs têtes »

La Liberté - - AC­TUA­LI­TÉS - Daniel BA­HUAUD dba­huaud@la-li­berte.mb.ca

Joel La­fond, le nou­veau di­rec­teur ré­gio­nal des ser­vices en fran­çais à l’Of­fice ré­gio­nal de la san­té de Win­ni­peg, est en­tré en poste le 26 mars. Le na­tif de Saint-Jean-Bap­tiste donne sa pers­pec­tive sur l’im­por­tance du fran­çais dans l’offre des soins de la san­té. Et com­ment il sou­haite amé­lio­rer cette offre dans un sys­tème dé­jà com­plexe et en pleine trans­for­ma­tion.

Vous connais­sez d’ex­pé­rience l’im­por­tance du fran­çais dans le do­maine de la san­té…

Ab­so­lu­ment. De 2015 à tout ré­cem­ment, j’étais chef d’équipe pour la san­té pu­blique et la san­té men­tale dans les ré­gions de SaintBo­ni­face et de Saint-Vi­tal. Je tra­vaillais au Centre Ac­cès SaintBo­ni­face. J’ai donc pu consta­ter moi-même l’im­por­tance du fran­çais pour le client qui re­çoit son ser­vice de pre­mière ligne. Et en tant que fran­co­phone, en ré­gion et à Win­ni­peg, j’ai eu re­cours à ces ser­vices. Les membres de ma fa­mille aus­si. Quand tu as mal, ou quand tu dis­cutes avec ton mé­de­cin ou une in­fir­mière, tu veux t’ex­pri­mer dans ta langue.

Les ser­vices en fran­çais sont-ils à la hau­teur à l’ORS de Win­ni­peg?

La si­tua­tion est re­la­ti­ve­ment po­si­tive, en termes de gains ob­te­nus, de la bonne vo­lon­té du CA, de la di­rec­tion, des ges­tion­naires et des em­ployés. 850 des 28 000 em­plois à l’ORS sont dé­si­gnés bi­lingues. Il y a cinq ans, on en comp­tait moins de 500.

Ce­la dit, le sys­tème de la san­té est com­plexe. S’as­su­rer que les ser­vices soient of­ferts de ma­nière consé­quente, et qu’ils s’amé­liorent, ce n’est pas tou­jours fa­cile, ou évident. Des 850 postes dé­si­gnés, 60 % sont ac­tuel­le­ment com­blés par des bi­lingues. De né­ces­si­té, si un em­ployé bi­lingue n’est pas dis­po­nible, il faut tout de même pou­voir of­frir des soins de san­té au pu­blic.

Dans l’équa­tion, il faut aus­si te­nir compte des syn­di­cats…

C’est vrai. Il faut constam­ment te­nir compte des en­tentes col­lec­tives. Mais il faut te­nir compte de bien d’autres élé­ments. Notre sys­tème de la san­té est une bête à plu­sieurs têtes. Au sein de l’ORS, il y a des sites dé­si­gnés fran­co­phones, comme le Foyer Va­lade et le Centre de San­té de SaintBo­ni­face. Sauf que le Centre est

un éta­blis­se­ment non-dé­vo­lu, gé­ré par la Pro­vince. Il faut donc ab­so­lu­ment en­tre­te­nir un dia­logue avec sa di­rec­tion et ses ges­tion­naires.

Dans le cas du Foyer Va­lade, ou en­core des éta­blis­se­ments bi­lingues, comme l’Hô­pi­tal SaintBo­ni­face et Ac­tion­mar­gue­rite Ta­ché, il faut être en com­mu­ni­ca­tion avec la Cor­po­ra­tion ca­tho­lique de la san­té du Ma­ni­to­ba. Et dans le cas d’éta­blis­se­ments bi­lingues comme l’Hô­pi­tal pour en­fants et le Centre Buh­ler pour les soins de la vue, il faut s’as­su­rer de tis­ser et de nour­rir des liens avec les ges­tion­naires.

Le ré­seau­tage semble faire par­tie de vos fonc­tions…

C’est un élé­ment es­sen­tiel. J’ose dire la clé du suc­cès qu’on ob­tien­dra. Les res­sources des ser­vices en langue fran­çaise sont li­mi­tées. Nous sommes trois em­ployés, et notre bud­get opé­ra­tion­nel est de 30 000 $. La struc­ture de l’ORS fait que le pou­voir que j’ai pour amé­lio­rer les ser­vices est par­ta­gé avec d’autres, comme par exemple mes ho­mo­logues à l’Hô­pi­tal Saint-Bo­ni­face et au Centre Saint-Amant. Aus­si, j’es­saie de ren­con­trer le plus d’ac­teurs clé pos­sibles. Pour sen­si­bi­li­ser, édu­quer et cher­cher des al­liés par­mi les ges­tion­naires, em­ployés et syn­di­ca­listes sur l’im­por­tance du fran­çais. Les an­glo­phones peuvent de­ve­nir des convain­cus de la cause, même s’ils ne parlent pas fran­çais.

Vous vous don­nez quels ob­jec­tifs?

Le dé­par­te­ment des res­sources hu­maines de l’ORS ne pos­sède au­cun mé­ca­nisme pour sa­voir qui parle fran­çais. Il fau­dra avoir un moyen d’iden­ti­fier les per­sonnes bi­lingues. Les em­ployés bi­lingues qui oc­cupent des postes non bi­lingues ne sont pas obli­gés d’of­frir un ser­vice dans les deux langues. Bien que beau­coup le font. Si au moins on pouvait les iden­ti­fier, on pour­rait en­suite les in­vi­ter à com­bler un poste bi­lingue. Ou, du moins, d’ai­der dans la li­vrai­son des ser­vices en fran­çais.

Com­ment as­su­rer les ser­vices en fran­çais en pleine re­fonte du sys­tème?

D’abord, en se rap­pe­lant que c’est une ex­cel­lente op­por­tu­ni­té de les ré­cla­mer da­van­tage. Le pu­blic fran­co­phone s’est mon­tré très pré­oc­cu­pé par la fer­me­ture des cli­niques ex­press et la re­fonte du sys­tème. Il craint une ré­duc­tion des ser­vices. Pour­tant, mal­gré la re­fonte en cours, le dé­par­te­ment que je di­rige en conjonc­tion avec San­té en fran­çais Ma­ni­to­ba, la SFM et Pa­trick Fortier, qui avait lan­cé une pé­ti­tion pour sau­ver la Cli­nique ex­press de Saint-Bo­ni­face, ont réus­si à as­su­rer l’amé­lio­ra­tion du ser­vice et des heures de ser­vice au Centre Ac­cès Saint-Bo­ni­face.

Pour ma part, je conti­nue de mi­li­ter au sein de mon dé­par­te­ment pour qu’on ar­rive à étendre les ser­vices bi­lingues à l’Hô­pi­tal Vic­to­ria. Je conti­nue aus­si à dis­cu­ter avec les ges­tion­naires res­pon­sables de la nou­velle Ré­gie des ser­vices de san­té par­ta­gés pour qu’ils ne perdent pas de vue le fran­çais, et l’obli­ga­tion de l’of­frir ac­ti­ve­ment au pu­blic.

Joel La­fond, le nou­veau di­rec­teur ré­gio­nal des ser­vices en langue fran­çais de l’Of­fice ré­gio­nal de la san­té de Win­ni­peg.

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