Com­ment HyLife prend sa place à l’in­ter­na­tio­nal

Le plus im­por­tant pro­duc­teur de porcs au Ca­na­da veut as­su­rer sa place au Ja­pon et cherche à per­cer de nou­veaux mar­chés in­ter­na­tio­naux. Pour Claude Viel­faure, le pré­sident de HyLife, la clé est de res­ter à la fine pointe de la technologie.

La Liberté - - ACTUALITÉS - Da­niel BA­HUAUD dba­huaud@la-li­berte.mb.ca

HyLife cu­mule au-de­là de 200 mil­lions $ de ventes to­tales an­nuelles de porc au Ja­pon, une somme im­por­tante de son chiffre d’af­faires to­tal de 750 mil­lions $. Pour conti­nuer de sé­duire les Ja­po­nais, l’en­tre­prise de La Bro­que­rie a dou­blé ses es­paces de trans­for­ma­tion du porc à Nee­pa­wa. Elle a éga­le­ment construit de nou­velles étables à Killar­ney. Des amé­lio­ra­tions qui ont ame­né 165 nou­veaux em­plois. Claude Viel­faure, aus­si co­pro­prié­taire de HyLife, af­firme que cet in­ves­tis­se­ment de 176 mil­lions $ était né­ces­saire : « On est le prin­ci­pal ex­por­ta­teur de porc au Ja­pon. 30 % du porc ca­na­dien ven­du dans ce pays vient de HyLife. Les Ja­po­nais ont le pa­lais fin. Ils aiment le porc de grande qua­li­té. HyLife a réus­si à se tailler une place im­por­tante dans ce mar­ché, jus­te­ment parce que notre viande est sa­vou­reuse. Elle ré­pond à leur goût et at­tentes éle­vés.

« Nous éle­vons 2, 25 mil­lions de co­chons par an. Cette an­née, nous pré­voyons d’en abattre 2 mil­lions à notre usine de trans­for­ma­tion à Nee­pa­wa. Et 55 % de la viande se­ra ven­due au Ja­pon. Pour maxi­mi­ser nos ren­de­ments, et pour amé­lio­rer da­van­tage la qua­li­té de la viande, nous avons dou­blé notre aire de dé­coupe et avons ins­tal­lé des ma­chines très avan­cées tech­no­lo­gi­que­ment. »

Entre autres, des dé­cou­peurs à la­ser et au jet d’eau. « Le dé­cou­peur prend une pho­to de la viande, et son lo­gi­ciel dé­cide où la chair de­vrait être cou­pée. Un jet d’eau à haute pres­sion tranche en­suite la viande. Il y a plu­sieurs avan­tages. La viande n’est pas ma­ni­pu­lée par des hu­mains. Sa du­rée de conser­va­tion est pro­lon­gée. De plus, il y a moins de gas­pillage. Mais avant tout, la qua­li­té est as­su­rée. Ce qui ne peut faire que ren­for­cer la marque HyLife. Au Ja­pon, le porc HyLife est plus qu’un simple pro­duit de base, mais un brand ré­pu­té. » Une qua­li­té qui pour­rait s’avé­rer avan­ta­geuse dans d’autres mar­chés, sur­tout dans le contexte ac­tuel, où les re­la­tions com­mer­ciales entre la Chine et les États-Unis sont ten­dues. « La Chine veut ap­pli­quer des taxes al­lant jus­qu’à 25 % sur des pro­duits amé­ri­cains, entre autres le porc. Si les Amé­ri­cains se mettent à cher­cher d’autres mar­chés, on de­vra ré­agir, pour être com­pé­ti­tifs. On pour­rait vrai­sem­bla­ble­ment se tour­ner vers les Phi­lip­pines et le Viet­nam. On pour­ra faire le point que le Ja­pon nous reste très fi­dèle, et que notre marque est res­pec­tée en Chine et en Corée. Le bran­ding et une bonne ré­pu­ta­tion per­mettent de com­pen­ser dans des pé­riodes dif­fi­ciles. » Outre l’ef­fet dé­sta­bi­li­sant des guerres de commerce, Claude Viel­faure sur­veille de près les ten­dances du mar­ché por­cin. « L’industrie connaît des hauts et des bas, des cycles comme tous les com­merces. Les prix tendent à fluc­tuer à tous les quatre ou cinq ans, sur­tout parce que la pro­duc­tion est en crois­sance d’un pour cent par an. Donc chaque an­née, la moyenne de co­chons nés aug­mente. En théo­rie, plus il y a de co­chons, mieux c’est pour les éle­veurs. Mais si la de­mande mon­diale baisse, le prix d’un co­chon va évi­dem­ment bais­ser. « L’industrie est aus­si af­fec­tée par les prix des grains, parce que 60 % des coûts de l’éle­vage passent par l’ali­men­ta­tion. Si les ré­coltes sont mau­vaises, les ali­ments pour co­chons qui sortent des meu­ne­ries coû­te­ront plus cher, et gru­ge­ront dans nos pro­fits. » Claude Viel­faure sou­ligne que cer­taines crises sont uniques à l’industrie du porc. « En 2014, lorsque la diar­rhée épi­dé­mique por­cine (DEP) a tué 10 % des co­chons aux États-Unis, le prix mon­dial du co­chon a bat­tu des re­cords. La si­tua­tion a été avan­ta­geuse pour les Ca­na­diens. Mais de­puis, la DEP s’est ren­due chez nous. »

Ain­si en 2017, HyLife a per­du 40 000 porcs à cause de la ma­la­die, dont 5 000 à la fin août.

Claude Viel­faure es­time que la DEP au­ra oc­ca­sion­né des dé­penses sup­plé­men­taires de 3 à 4 mil­lions $ pour son en­tre­prise. « On a im­po­sé toute une gamme de pro­to­coles de bio­sé­cu­ri­té pour ré­duire la trans­mis­sion de la DEP. On es­père que ces me­sures nous ai­de­ront à li­mi­ter la pro­pa­ga­tion de la ma­la­die. Mais on de­vra tou­jours de­meu­rer vi­gi­lants. »

Claude Viel­faure.

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