L’at­trait uni­ver­sel de Ga­brielle Roy

La Liberté - - CULTUREL - Ma­rie BER­CK­VENS mber­ck­vens@la-li­berte.mb.ca

Sa­viez-vous que la rue Des­cham­bault est connue des Co­réens, des Grecs ou en­core des Ita­liens? En tout, une ving­taine de livres de Ga­brielle Roy ont été tra­duits en dix-huit langues. Une ex­po­si­tion fait va­loir l’at­trait uni­ver­sel de l’écri­vaine, à la Mai­son Ga­brielle-Roy (1).

On connait bien Ga­brielle Roy, au­teure de plu­sieurs ro­mans comme Bon­heur d’oc­ca­sion ou en­core La pe­tite poule d’eau, moins connue est la di­men­sion in­ter­na­tio­nale de son oeuvre.

La pre­mière tra­duc­tion de l’un de ses ro­mans re­monte à 1948, en Ar­gen­tine. Fe­li­ci­dad oca­sio­nal en es­pa­gnol. Ga­brielle Roy, née à Saint-Bo­ni­face en 1909, a donc bien tra­ver­sé tôt les fron­tières du Ma­ni­to­ba et du Ca­na­da. La com­mis­saire de l’ex­po­si­tion Annie Lan­glois ex­plique : « On es­saye de mon­trer vi­suel­le­ment quelque chose qui est dif­fi­cile à mon­trer, la tra­duc­tion. On a choi­si de mon­trer l’am­pleur des oeuvres tra­duites en ins­cri­vant tous les pays qui ont par­ti­ci­pé au rayon­ne­ment de son oeuvre. On a aus­si fait ve­nir plu­sieurs édi­tions ori­gi­nales de plu­sieurs pays. »

Le plus grand dé­fi au­quel ont été confron­tés les concep­teurs de l’ex­po­si­tion est l’es­pace exi­gu de la pièce, à l’étage. « Il a fal­lu élar­gir cette pièce, re­pous­ser les murs. On a donc dé­ci­dé d’uti­li­ser la réa­li­té aug­men­tée. J’ai de­man­dé à des gens ori­gi­naires de plu­sieurs pays de lire des pas­sages de Bon­heur d’oc­ca­sion et d’autres de ses livres. Pour mon­trer la mu­si­ca­li­té du chinois, du co­réen, du grec, de l’ita­lien et ou en­core de l’es­pa­gnol et du ja­po­nais. On peut écou­ter ces ex­traits via la ta­blette qui se­ra lais­sée à dis­po­si­tion du pu­blic. »

Com­ment ex­pli­quer que Ga­brielle Roy ait eu un tel rayon­ne­ment à l’étran­ger? L’ex­po­si­tion ne s’étend pas sur cet as­pect de l’oeuvre. Le concep­teur gra­phique, Tho­mas Bres, pré­cise : « L’oeuvre de Ga­brielle Roy entre en ré­son­nance avec un mo­ment de l’his­toire de cer­tains pays. » Annie Lan­glois com­plète : « Par exemple, dans les pays comme la Tché­co­slo­va­quie ou en URSS, dans les an­nées 1960-1970, ils se sont mis à tra­duire Bon­heur

d’oc­ca­sion. Dans ces an­nées-là, il y a eu une évo­lu­tion au ni­veau du ré­gime. Et le livre mon­trait cette classe ou­vrière, qui avait de la dif­fi­cul­té à s’en sor­tir dans un monde ca­pi­ta­liste. En fai­sant tra­duire ce livre, il y avait cette vo­lon­té de mon­trer l’at­trait d’un monde com­mu­niste. »

Autre fait éton­nant que l’on ap­prend dans cette ex­po­si­tion : après l’an­glais, c’est en co­réen que ses oeuvres ont été le plus tra­duites. L’ex­po­si­tion pour­rait de­ve­nir iti­né­rante et par­tir à la ren­contre des vil­lages du Ma­ni­to­ba, voire même, à Qué­bec, à la Bi­blio­thèque Ga­brielle-Roy. (1) L’ex­po­si­tion « Ga­brielle Roy tra­duite » se tient jus­qu’au 15 mars 2019.

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