Les peuples au­toch­tones du Ca­na­da et de l’Église ca­tho­lique

La Liberté - - COMMUNAUTAIRE - AL­BERT LEGATT, Vous pou­vez aus­si lire la Chronique re­li­gieuse de la se­maine, ain­si que les chro­niques an­té­rieures sur le site Web de l’Ar­chi­dio­cèse de Saint­Bo­ni­face : http://www.arch­saint­bo­ni­face.ca/main.php?p=217

Dans une lettre da­tée du 27 mars 2018, si­gnée par le pré­sident de la Con­fé­rence des évêques ca­tho­liques (CECC), Son Ex­cel­lence Mgr Lio­nel Gen­dron, P.S.S., le­sé­vêques, s’adres­sant aux peuples au­toch­tones du Ca­na­da, sou­lèvent la ques­tion de la re­la­tion que l’Église a avec ces di­vers peuples. Cette ques­tion se pose par rap­port aux re­la­tions du pas­sé et du pré­sent, mais sur­tout par rap­port à notre ave­nir en com­mun au sein du Ca­na­da.

Ce qui a fort jus­te­ment fait les man­chettes est cette phrase ci­tée dans la lettre de Mgr Gen­dron : « En ce qui concerne l’ap­pel à l’ac­tion 58 des conclu­sions ti­rées par la Com­mis­sion de Vé­ri­té et Ré­con­ci­lia­tion (c.­à­d., que le Pape vienne sur le sol ca­na­dien de­man­der par­don au­près des Pre­mières Na­tions pour la par­ti­ci­pa­tion de l’Église aux écoles ré­si­den­tielles), après avoir exa­mi­né at­ten­ti­ve­ment la de­mande et l’avoir dis­cu­tée abon­dam­ment avec les évêques du Ca­na­da, il (le Pape Fran­çois) était d’avis qu’il ne peut pas y ré­pondre per­son­nel­le­ment. »

Ce bon Pape Fran­çois qui re­fuse la re­quête des Au­toch­tones, qui re­fuse de de­man­der par­don, est­ce pos­sible? Comme évêque, et en com­mu­nion avec le Saint­Père, j’ose croire que non. Mais il faut s’ex­pli­quer!

Le Pape Fran­çois a tou­jours dé­mon­tré sa com­pas­sion pour ceux et celles qui souffrent. Et tout au­tant pour les nom­breux peuples in­di­gènes à tra­vers le monde qui, d’une fa­çon uni­forme, ont souf­fert de co­lo­ni­sa­tion, de sup­pres­sion d’iden­ti­té cultu­relle et spi­ri­tuelle, de perte de terres et res­sources, et ce­la dès le mo­ment du con­tact avec les plus puis­santes na­tions d’Eu­rope. Il a dé­plo­ré les ef­fets né­fastes en­vers ces peuples lorsque l’évan­gé­li­sa­tion a trop sou­vent été ac­com­pa­gnée de vio­lence, lorsque l’épée ac­com­pa­gnait la Bible.

L’an der­nier, lors de la vi­site Ad Li­mi­na des 25 évêques de la ré­gion de l’Ouest et du Nord ca­na­dien avec le Pape Fran­çois, j’ai bien en­ten­du ses pa­roles où il se di­sait conscient de la dou­leur des peuples au­toch­tones ca­na­diens, dou­leurs de toutes sortes et à bien des ni­veaux. Alors pour­quoi le re­fus? Per­son­nel­le­ment, je ne crois pas que ce soit un re­fus. Je crois que le Pape est en train de dire : « Pas à ce mo­ment­ci ».

Mais pour­quoi tar­der, quand ce qui est vu comme un re­fus fait tel­le­ment de mal aux Au­toch­tones….et à l’Église? Je crois qu’une des rai­sons pour­rait se trou­ver dans la phrase qui suit im­mé­dia­te­ment celle qui est ci­tée au dé­but de ce texte : « Il (le Pape Fran­çois) a en­cou­ra­gé les évêques à conti­nuer à s’en­ga­ger dans un tra­vail in­ten­sif de pas­to­rale vi­sant la ré­con­ci­lia­tion, la gué­ri­son et la so­li­da­ri­té avec les peuples au­toch­tones, et de col­la­bo­rer dans des pro­jets concrets en vue d’amé­lio­rer la condi­tion des Pre­miers Peuples ».

Le Pape va­t­il ve­nir vi­si­ter le Ca­na­da un jour? C’est sûr, que ce soit en 2020 ou dans 200 ans. Lors­qu’il vien­dra, au­ra­t­il à s’adres­ser di­rec­te­ment aux peuples au­toch­tones? C’est sûr! Et au­ra­t­il aus­si à ce mo­ment­là, à l’in­té­rieur de plu­sieurs pa­roles, à de­man­der par­don pour notre par­ti­ci­pa­tion au sys­tème in­juste et né­faste des écoles ré­si­den­tielles? Qui sait ? Moi, je le crois pro­bable….et né­ces­saire.

Mais ce que le Pape dit main­te­nant de fa­çon claire (et je l’ai en­ten­du de vive voix), est que pour le mo­ment et pour les mois, les an­nées, les dé­cen­nies et les siècles à ve­nir, tous les évêques ca­na­diens et tous les fi­dèles des dio­cèses dont ils sont les pas­teurs, doivent mettre la main à la pâte, doivent même être le le­vain dans la pâte de cette ré­con­ci­lia­tion si dé­si­rée, si com­plexe, si dif­fi­cile et si né­ces­saire.

Dans une pro­chaine chronique, j’ai­me­rais vous par­ler des en­jeux pour notre Ar­chi­dio­cèse de Saint­Bo­ni­face. J’ai­me­rais éga­le­ment vous par­ler de nos ef­forts dé­jà en­tre­pris. Ce sont des ef­forts ha­le­tants, mais vrais, et qui, par consé­quent, ont dé­jà por­té des fruits de gué­ri­son et de ré­con­ci­lia­tion avec les gens de nos huit pa­roisses au­toch­tones.

En ce joyeux temps d’après Pâques, du triomphe de la lu­mière sur les té­nèbres, je prie pour la grâce de l’hon­nê­te­té, de la pa­tience, du cou­rage et de la fi­dé­li­té.

Ar­che­vêque de Saint-Bo­ni­face

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