Une dé­ci­sion qui va faire mal

D’ici 2023, la taxe sur le re­ve­nu des caisses po­pu­laires ma­ni­to­baines pas­se­ra de 1 % à 12 %. Une dé­ci­sion po­li­tique qui in­quiète les 31 caisses de la pro­vince, y com­pris Caisse Groupe Fi­nan­cier et la Cam­brian Cre­dit Union.

La Liberté - - ACTUALITÉS - Da­niel BA­HUAUD dba­huaud@la-li­berte.mb.ca

Joël Ron­deau, le di­rec­teur gé­né­ral de Caisse Groupe Fi­nan­cier, était éton­né d’ap­prendre que la Pro­vince an­nu­lait la dé­duc­tion d’im­pôt des caisses et des co­opé­ra­tives de cré­dit.

« La me­sure en­tre­ra en vi­gueur le 1er jan­vier 2019. Pour nous, c’est un coup dur et in­at­ten­du. Le gou­ver­ne­ment Pal­lis­ter ne nous a pas don­né la moindre in­di­ca­tion qu’il al­lait aug­men­ter sa taxe sur nos re­ve­nus. C’est une bien mau­vaise sur­prise. » En 2016 – 2017, Caisse Groupe Fi­nan­cier a gé­né­ré un re­ve­nu im­po­sable de 5 571 219 $. « 12 %, ça re­pré­sente 600 000 $ de moins qu’on pour­ra of­frir en prêts à nos membres et aux pe­tites en­tre­prises. Ça risque d’avoir un im­pact sur l’ap­pui fi­nan­cier qu’on pour­ra of­frir aux or­ga­nismes com­mu­nau­taires. »

À la Cam­brian Cre­dit Union, l’in­quié­tude est aus­si vi­ve­ment res­sen­tie. Kim­ber­ley Wentz, la vice-pré­si­dente du mar­ke­ting et des com­mu­ni­ca­tions, est « conster­née et per­plexe par la dé­ci­sion de la Pro­vince ». « En 2017, notre re­ve­nu se chif­frait à 21,7 mil­lions $. Ce qui fait de nous la troi­sième plus grande caisse po­pu­laire de la pro­vince, après la Stein­bach Cre­dit Union et l’As­si­ni­boine Cre­dit Union. Ma­ni­fes­te­ment, l’aug­men­ta­tion de la taxe sur le re­ve­nu au­ra un im­pact ma­jeu r sur notre ca­pa­ci­té à li­vrer des ser­vices.

« Ce que la Pro­vince ne semble pas com­prendre, c’est que nous ne sommes pas une banque. On nous voit comme une en­tre­prise qui réus­sit. Le mi­nistre des fi­nances Ca­me­ron Frie­sen croit que la dé­duc­tion sur les im­pôts était cen­sée être tem­po­raire, pour ai­der les nou­velles caisses à s’éta­blir. « C’est faux. En 1972, le pre­mier gou­ver­ne­ment néo­dé­mo­crate d’Ed Schreyer a conçu la dé­duc­tion en re­con­nais­sant qu’une caisse po­pu­laire fonc­tionne de ma­nière très dif­fé­rente qu’une banque. Les banques ont ac­cès aux mar­chés ca­pi­taux. Pour gé­né­rer plus de re­ve­nus, une banque peut tout sim­ple­ment vendre plus d’ac­tions. Une caisse n’a pas re­cours à cette op­tion. Son re­ve­nu net dé­pend de ses membres. D’an­née en an­née, les bé­né­fices non ré­par­tis servent à fi­nan­cer de nou­veaux pro­jets. » Joël Ron deau ré­sume : « Plus l’im­pôt sur le re­ve­nu est éle­vé, moins on a la ca­pa­ci­té de des­ser­vir nos membres. À court et à long terme. « Mal­heu­reu­se­ment, ce n’est pas la pre­mière fois qu’un gou­ver­ne­ment n’ar­rive pas à com­prendre la dif­fé­rence entre une co­opé­ra­tive et une banque. En mars 2013, le gou­ver­ne­ment Har­per a éli­mi­né le cré­dit d’im­pôt fé­dé­ral dont bé­né­fi­ciaient les caisses po­pu­laires, éta­bli en 1972. »

Avec le ré­sul­tat que les Caisses po­pu­laires fran­co­phones du Ma­ni­to­ba ont per­du près d’un mil­lion $ en re­ve­nus de­puis la dé­ci­sion fé­dé­rale.

Kim Wentz note pour sa part que « la Pro­vince ne semble pas vou­loir ren­ver­ser sa po­si­tion ». « La ten­dance est de com­pa­rer les ser­vices ren­dus au pu­blic, et d’im­po­ser le re­ve­nu en con­sé­quence, sans te­nir compte des sources de re­ve­nu. Au fond, c’est se fier aux ap­pa­rences. Et c’est pour­quoi les caisses en Sas­kat­che­wan ont per­du, elles aus­si, leurs dé­duc­tions d’im­pôt. Après la dé­ci­sion du gou­ver­ne­ment Har­per, la Co­lom­bieB­ri­tan­nique a éli­mi­né sa dé­duc­tion en 2014, mais son gou­ver­ne­ment néo-dé­mo­crate l’a ré­cem­ment res­tau­rée en sep­tembre 2017, vu l’im­pact né­ga­tif sur les caisses, leurs membres et les com­mu­nau­tés. » « La Cre­dit Union Cen­tral of Ma­ni­to­ba, qui re­pré­sente les 31 caisses po­pu­laires de la pro­vince, es­time que les pertes an­nuelles en re­ve­nu se chif­fre­ront à 14 mil­lions $. À l’heure ac­tuelle, l’or­ga­nisme étu­die la si­tua­tion, pour voir s’il se­rait utile, ou pas, de faire cam­pagne contre le chan­ge­ment. »

Joël Ron­deau.

Kim­ber­ley Wentz.

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