Le fran­glais re­mis en pers­pec­tive

La Liberté - - ÉDITORIAL - Ma­dame la ré­dac­trice, Ber­nard Mu­laire Mon­tréal (Qué­bec) Le 31 mars 2018

Le fran­glais n’est pas une tare en soi. Comme tout bon Fran­co‐ Ma­ni­to­bain, je peux m’y adon­ner avec plai­sir, pla­çant un mot an­glais ici, choi­sis­sant telle ex­pres­sion an­glaise là. Ça ajoute du pi­quant et c’est vrai que les langues fran­çaise et an­glaise n’offrent pas tou­jours des équi­va­lents.

Ce­la dit, les jeunes fran­co‐ phones du Ma­ni­to­ba qui cherchent à faire re­con­naître le fran­glais comme un idiome ori­gi­nal perdent leur temps. Ils fe­raient mieux de consa­crer leurs éner­gies à ap­prendre à maî­tri­ser le fran­çais comme ils maî­trisent dé­jà

l’an­glais. Le fran­glais est amu­sant quand il ne voile pas un manque de vo­ca­bu­laire.

J’at­tire l’at­ten­tion sur deux jeunes créa­teurs, le ci­néaste qué­bé­cois Xa­vier Do­lan, 29 ans, et l’écri­vain fran­çais Édouard Louis, 26 ans. Do­lan est de­ve­nu la co­que­luche de Cannes dès son pre­mier film réa­li­sé à 19 ans in­ti­tu­lé J’ai tué ma mère. Louis a fait sen­sa­tion dès son pre­mier ro­man, pu­blié à 22 ans, in­ti­tu­lé Pour en fi­nir avec Ed­die Bel­le­gueule. Son ro­man s’est ven­du à 300 000 exem­plaires et a été tra­duit en 20 langues. Les deux ac­cordent des entre‐ vues aux mé­dias in­ter­na­tio­naux en fran­çais et en an­glais. Leur vaste vo­ca­bu­laire dans cha­cune des langues leur per­met d’ex­pri­mer toutes les nuances de leur pen­sée sans re­cou­rir au fran­glais. En même temps, ni l’un ni l’autre ne re­nie ses ori­gines. Do­lan ré­pond en qué­bé­cois s’il le veut et Louis ra­conte que le fran­çais de sa Pi­car­die na­tale lui re­vient sans peine quand il s’en­rage. Évi­dem­ment, Do­lan et Louis sont brillan­tis­simes. Mais jeunes fran­co­phones du Ma­ni­to­ba, vous l’êtes tout au­tant. Go for it!

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