L’été – Temps de re­pos ou d’ac­ti­visme?

La Liberté - - NÉCROLOGIE - AL­BERT LEGATT, Archevêque de Saint-Bo­ni­face Vous pou­vez aus­si lire la Chronique re­li­gieuse de la se­maine, ain­si que les chro­niques an­té­rieures sur le site Web de l’Ar­chi­dio­cèse de Saint­Bo­ni­face : http://www.arch­saint­bo­ni­face.ca/main.php?p=217

Alors que vous li­sez ces phrases, vous êtes pro­ba­ble­ment en train de fi­na­li­ser vos plans pour cet été : dates de va­cances, iti­né­raires des voyages, choix de camps ou d’autres ac­ti­vi­tés pro­gram­mées pour les jeunes, nombre de ma­riages aux­quels vous de­vez ou vous vou­lez as­sis­ter, et j'en passe. Moi qui, par né­ces­si­té, mais aus­si par plai­sir, pla­ni­fie mes jour­nées et ma vie bien à l’avance, j’ai sou­vent fait cet exer­cice. Quel nou­veau par­cours de ca­no­tage dans le­quel s’aven­tu­rer? Quels pays en Eu­rope ou en Asie à vi­si­ter pour vivre une nou­velle ex­pé­rience? Quel sen­tier de pè­le­ri­nage, ou quelle piste d’un parc na­tio­nal à conqué­rir? Voi­là un aper­çu de mes dé­li­bé­ra­tions des an­nées pas­sées. Mais pas cette an­née!

Pour­quoi? À cause de mes ge­noux. Len­te­ment mais sû­re­ment, au cours des cinq der­nières an­nées, l’os­téoar­thrite a fait son pro­grès. Et là, les choses ne peuvent plus mar­cher comme au­pa­ra­vant. Il faut faire de quoi. Ain­si je pla­ni­fie, au­tant qu’on puisse pla­ni­fier de telles choses, d’avoir un rem­pla­ce­ment du ge­nou gauche à la mi­no­vembre. Donc, le vieil homme doit res­ter à la mai­son. Ou au cha­let à cô­té des eaux du lac Win­ni­peg à la Plage Al­bert. Pauvre de moi!

De fait, pour la pre­mière fois de ma vie (je viens d’avoir 65 ans), je vais res­ter en place pour mes va­cances. Ne pas pla­ni­fier ce que chaque jour va m’ap­por­ter, voi­là une toute nou­velle aven­ture pour moi! Bien sûr qu’il y a une se­maine où ma fa­mille va ve­nir de la Sas­kat­che­wan me vi­si­ter, ain­si que des amis de Prince Al­bert pour deux à trois jours, et en­suite des amis d’Ed­mon­ton pour quatre jours. Mais même ces jours­là se ca­rac­té­ri­se­ront plus par le verbe flâ­ner que par les verbes ac­com­plir ou réus­sir.

J’es­saie de ne pas trop y pen­ser, car il y a tou­jours cette ten­ta­tion de pla­ni­fier, et ain­si de rem­plir le temps. Mais, me connais­sant trop bien, je dois tout de même faire l’ef­fort de ré­flé­chir sur comment bien flâ­ner, et rien de plus. Tout ce­ci com­mence dé­jà à me fa­ti­guer les mé­ninges!

Farce à part, n’est­ce pas qu’il est vrai que notre so­cié­té nord­amé­ri­caine, dite mo­derne (mais pas né­ces­sai­re­ment sage), souffre de l’ac­ti­visme, et ain­si fait souf­frir in­di­vi­dus, fa­milles, groupes, com­mu­nau­tés. C’est une so­cié­té où les exi­gences d’un re­tour tou­jours plus éle­vé sur les in­ves­tis­se­ments amènent les très grosses com­pa­gnies, ou même glo­ba­li­sées, à voir l’ou­vrier non comme une per­sonne hu­maine, mais plu­tôt comme une uni­té de pro­duc­tion, si­non un qua­si­es­clave. On nous de­mande de faire tou­jours plus au tra­vail, n’est­ce pas?

C’est aus­si une so­cié­té où nous nous ren­dons ma­lades par nos dé­ci­sions in­di­vi­duelles. Est­il pos­sible dans l’avion, en ligne d’at­tente au ma­ga­sin, et même dans notre banc d’église, de sim­ple­ment ré­flé­chir (et même de prier) au lieu de se col­ler le nez à un iPhone ou tout autre ap­pa­reil élec­tro­nique? Est­il pos­sible de se li­bé­rer du be­soin de se sen­tir su­per­bran­ché à tout mo­ment, et donc, po­pu­laire ou im­por­tant?

Mais quoi faire alors? Eh bien, pour­quoi ne pas ja­ser de tout et de rien, écou­ter et dia­lo­guer, avec son conjoint, ses en­fants, ses amis, ses com­pa­gnons, ses voi­sins, voire même des étran­gers?

Est­ce pos­sible de mettre de cô­té l’ac­ti­visme et de sim­ple­ment flâ­ner, et ce­la pour lais­ser les bour­geons de re­la­tions hu­maines et d’ami­tiés éclorent comme ces belles fleurs d’été? Je n’ai pas toutes les réponses à ces ques­tions. Mais, je vais m’y mettre. C’est mon pro­jet d’été.

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