Pas fa­cile, le ba­se­ball au fé­mi­nin

Quand elle était en­fant, So­phie Bis­son­nette n’avait pas d’in­té­rêt évident pour un sport par­ti­cu­lier. Ses pa­rents ont donc dé­ci­dé de l’ins­crire au ba­se­ball, la pas­sion de son père, Marc Bis­son­nette. De­ve­nue elle-même amou­reuse du sport, elle a joué pen­dant

La Liberté - - SPORT - Ma­nel­la VI­LA NO­VA mvi­la­no­va@la-li­berte.mb.ca

À ses dé­buts, le ba­se­ball était sur­tout l’oc­ca­sion pour So­phie Bis­son­nette de pas­ser du temps avec son père. « Il m’a tou­jours en­traî­née, et ça me plai­sait beau­coup d’avoir ces mo­ments avec lui. Dans ma pre­mière équipe, il y avait six filles et un gar­çon. Au fil des an­nées, il y a eu de moins en moins de joueuses, jus­qu’à ce que je sois la seule de mon équipe. »

Une si­tua­tion qui a quelque peu pré­oc­cu­pé ses pa­rents. « Ma mère était in­quiète que je ne sois qu’avec des gar­çons. Mes pa­rents m’ont pro­po­sé de pas­ser au soft­ball, pour être avec d’autres filles. Mais pour moi, c’est un sport com­plè­te­ment dif­fé­rent, et je ne vou­lais pas ar­rê­ter le ba­se­ball. »

So­phie Bis­son­nette n’a sen­ti une dif­fé­rence que quand elle a com­men­cé à jouer à haut ni­veau. « L’en­traî­neur me trai­tait comme les autres joueurs. Mais je n’étais pas la meilleure, et je sen­tais que je de­vais tra­vailler plus fort, parce qu’il y avait des pré­ju­gés. Quand il y a 12 gar­çons et une fille sur le terrain, on re­marque la fille et on prête plus attention à ce qu’elle fait. Mais j’avais ma place dans l’équipe, et j’étais prête à tout pour y res­ter. »

À 14 ans, So­phie Bis­son­nette a re­joint l’équipe pro­vin­ciale de ba­se­ball fé­mi­nin. « Ma pre­mière an­née dans cette équipe coïn­ci­dait avec le re­tour de l’équipe féminine pro­vin­ciale, qui avait dis­pa­ru en rai­son du manque d’in­té­rêt pour ce sport. Comme on ve­nait de par­tout au Ma­ni­to­ba, on n’avait pas beau­coup de pra­tiques. Alors j’étais obli­gée de conti­nuer à m’en­traî­ner avec les gar­çons dans une équipe de ligue. »

Avec cette équipe, la joueuse a voya­gé à tra­vers le pays. « J’y ai joué pen­dant cinq ans. J’ai par­ti­ci­pé à plu­sieurs championnats. À Ha­li­fax, on est ar­ri­vées troi­sièmes. Au Qué­bec, on a fi­ni qua­trièmes, et à To­ron­to, on a été vi­ce­cham­pionnes. »

Marc Bis­son­nette est de­ve­nu co-en­traî­neur de l’équipe pen­dant la deuxième an­née de sa fille. « So­phie a ado­ré ses ex­pé­riences avec les gar­çons et avec les filles, même si c’était plus fa­cile pour elle d’être une me­neuse avec les filles. Le sou­ci avec une équipe féminine, c’est qu’il n’y a pas d’autres équipes dans la pro­vince contre qui s’en­traî­ner. Nous avons joué contre des gar­çons pour nous pré­pa­rer au tour­noi na­tio­nal fé­mi­nin. C’était une er­reur, parce qu’à cet âge, les filles et les gar­çons ont des fa­çons de jouer très dif­fé­rentes. »

Il se sou­vient d’un in­ci­dent lors d’une ren­contre de l’équipe de filles 16U contre une équipe de gar­çons de Por­tage-la-Prai­rie. « Pour moi, l’es­prit spor­tif est très im­por­tant. Ces joueurs se mo­quaient constam­ment de mes joueuses, qui les me­naient d’un bon score. Leur en­traî­neur ne ré­agis­sait pas, alors j’ai dit à mes filles de conti­nuer comme ça, pour leur don­ner une le­çon d’hu­mi­li­té. Mais ce genre de si­tua­tion était as­sez rare. »

Mal­heu­reu­se­ment pour ces pas­sion­nées, le ba­se­ball fé­mi­nin n’offre pour l’ins­tant au­cun dé­bou­ché. « Il n’existe pas de ligue pro­fes­sion­nelle de ba­se­ball fé­mi­nin, parce que le nombre de joueuses n’est pas là. Le Ca­na­da pos­sède une équipe nationale, mais les filles savent qu’elles n’ont au­cune pos­si­bi­li­té de car­rière. »

Ce­pen­dant, So­phie Bis­son­nette ne perd pas es­poir. « Quand j’étais pe­tite, je vou­lais être la pre­mière fille en ligue ma­jeure. Puis j’ai réa­li­sé à quel point ça se­rait dif­fi­cile, et j’ai dé­ci­dé que ça res­te­rait une pas­sion. Mais je pense que le plus im­por­tant pour les filles mo­ti­vées, c’est de conti­nuer à jouer et d’ex­po­ser le monde à voir des filles dans des ac­ti­vi­tés qui étaient à l’ori­gine faites pour les gar­çons. »

So­phie et Marc Bis­son­nette.

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