Paul et Aline té­moignent

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La grande force mu­si­cale de Car­men a été de re­prendre la chan­son tra­di­tion­nelle ca­na­dien­ne­fran­çaise et de la pré­sen­ter avec des ar­ran­ge­ments contem­po­rains. Ce qui éclaire en grande par­tie son suc­cès au Qué­bec et au Ca­na­da fran­çais.

Comme la plu­part des fa­milles ca­nayennes, mon père Émile avait les 11 ca­hiers de la Bonne Chan­son de l’ab­bé Charles-Émile Gad­bois. Sur la ferme à Willow Bunch, on pas­sait beau­coup de temps à

chan­ter de ces chan­sons tra­di­tion­nelles. J’ai réa­li­sé cinq al­bums pour Car­men. Et sur chaque disque, il y en avait au moins trois ou quatre ti­rées de la Bonne Chan­son.

En France, per­sonne ne connais­sait la Bonne Chan­son.

C’était une dé­cou­verte pour les pe­tits et leurs pa­rents. Quand on ajoute les com­po­si­tions ori­gi­nales, comme le Cot, cot, cot de ma soeur An­nette, ou en­core les tubes qu’on a re­pris, comme Le Mous­tique de Jos Das­sin ou Un élé­phant sur

mon bal­con de Ro­ger Whi­ta­ker, on com­prend pourquoi les Fran­çais ont cra­qué. On a joué trois fois à l’Olym­pia, la salle my­thique à Pa­ris.

Le suc­cès de Car­men re­pose aus­si sur nos ar­ran­ge­ments. Car­men avait l’ins­tinct de cap­ti­ver les en­fants. On dis­cu­tait beau­coup des ar­ran­ge­ments pour faire par­ti­ci­per les jeunes. On avait re­cours à la chan­son à ré­pondre tra­di­tion­nelle, mais on pen­sait aus­si à des mo­ments pré­cis où les pe­tits pour­raient s’ex­pri­mer. Je

tes­tais sou­vent mes ar­ran­ge­ments à la mai­son sur mes fils Ga­briel et Alek­si.

Aus­si, j’ai choi­si des in­gé­nieurs qui sa­vaient en­re­gis­trer des ins­tru­ments acous­tiques. Il fal­lait de l’acous­tique, pas des cla­viers élec­tro­niques. Car­men in­sis­tait là­des­sus. Elle di­sait que les en­fants mé­ri­taient le meilleur de nous. Et puis c’était aus­si im­por­tant d’ac­cro­cher les pa­rents avec un pro­duit so­lide, pro­fes­sion­nel. Après tout, c’était eux qui ache­taient les disques!

On a été éle­vés dans un bain de mu­sique. À Willow Bunch, la mu­sique était une pré­sence constante. Mes soeurs An­nette, Su­zanne, Mi­chelle, So­lange et Car­men, et mon frère Paul, on chan­tait du folk­lo­rique et le coun­try wes­tern de la gé­né­ra­tion de mon père Émile. Il jouait du pia­no et de la gui­tare, et on l’ac­com­pa­gnait en chan­tant.

On chan­tait même dans la voi­ture! Les deux pa­rents en avant, avec un en­fant sur le mi­lieu de la ban­quette, et les six autres en ar­rière. En plus d’avoir hé­ri­té de la mu­si­ca­li­té fa­mi­liale, Car­men res­sem­blait tout par­ti­cu­liè­re­ment à Mar­gue­rite, notre mère. Comme Car­men, ma­man avait été en­sei­gnante. Quand les en­fants ont quit­té le ber­cail, elle est même re­tour­née en­sei­gner aux tout-pe­tits.

Comme ma­man, Car­men com­pre­nait les en­fants. Ils étaient à l’aise avec elle. Après ses spec­tacles, elle leur don­nait toute son attention. Elle par­lait si pos­sible à cha­cun d’eux, en les re­gar­dant dans les yeux et en les écou­tant ac­ti­ve­ment. Elle leur était pré­sente.

Ce pro­fes­sion­na­lisme a at­ti­ré d’autres ve­dettes po­pu­laires prêtes à être as­so­ciées à une chan­teuse pour en­fants. Et ça aus­si c’était nouveau. Je pense par exemple à Da­niel La­voie, Lau­rence Jal­bert, Luc De La­ro­chel­lière, Mi­chel Ri­vard ou Fran­çois Pé­russe. Notre gé­rant de Hart Rouge, Roland Strin­ger, qui était aus­si le pro­duc­teur des disques de Car­men, connais­sait un bon nombre d’entre eux. Et ils ont em­bar­qué.

Même chose sur la scène. Sauf qu’en plus, elle ajou­tait son or­ga­ni­sa­tion de chan­teuse pro­fes­sion­nelle et sa vi­sion pé­da­go­gique. En­sei­gner, c’est faire un show qui dure toute la jour­née d’école. Car­men or­ga­ni­sait ses spec­tacles comme une en­sei­gnante pré­pare son plan de cours. Tout était pen­sé. Elle avait une vi­sion très claire de ce qu’elle vou­lait.

En même temps, en bonne en­sei­gnante, elle pou­vait lais­ser trans­pa­raître sur la scène son plai­sir d’être avec les jeunes. Elle cher­chait à les di­ver­tir tout en les lais­sant de­meu­rer des en­fants. Elle cher­chait à les re­joindre au beau mi­lieu de ce temps pré­cieux qu’est l’en­fance.

Cô­té per­son­nel, ma soeur était une per­sonne calme, in­tra­ver­tie. Car­men ai­mait le si­lence. Elle ai­mait être seule. Elle avait aus­si un be­soin de beau­té et d’har­mo­nie.

Il y avait tou­jours de l’hu­mour dans ses textes. De la fan­tai­sie, un amour des jeux de mots et un dé­sir de jouer avec le lan­gage.

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