Un be­soin vis­cé­ral d’écrire, sans tri­cher

La Liberté - - CULTUREL - Da­niel BAHUAUD dba­huaud@la-li­berte.mb.ca

In­tros­pec­tif, in­can­ta­toire voire même oni­rique, Voya­geur des in­ter­stices de Laurent Po­li­quin pro­pose une poé­sie à la fois spon­ta­née et tra­vaillée, en quête d’une trans­cen­dance.

En ra­con­tant la ge­nèse de son nou­veau re­cueil, Laurent Po­li­quin note que Voya­geur des in­ter­stices n’exis­tait même pas il y a un an. (1)

« Mon idée a été d’écrire in­ten­sé­ment, pen­dant un bon deux heures chaque jour, pen­dant deux mois. C’était une fa­çon de me dis­ci­pli­ner. J’al­lais m’as­seoir avec mon lap­top, dans un coin du Centre étu­diant à l’Uni­ver­si­té de Saint-Bo­ni­face. Chaque séance pro­dui­sait une bonne di­zaine de poèmes. Je ne sa­vais pas tout à fait ce que je cher­chais. Mais j’avais soif de quelque chose. Quelque chose d’in­sai­sis­sable, et peut-être même de spi­ri­tuel. En écri­vant, je pen­sais sou­vent à des vi­traux d’église. C’était une ob­ses­sion. J’étais en quête d’émer­veille­ment.

« Et je ne vou­lais pas tri­cher. »

Tri­cher, pour Laurent Po­li­quin, au­rait été « s’im­po­ser un thème avant même d’avoir écrit le moindre mot ».

« Cer­tains poètes pro­cèdent de la sorte, et avec suc­cès. Moi, je vou­lais ex­plo­rer ce que j’ap­pelle les in­ter­stices. Ce sont ces états d’es­prit que l’on n’ap­pré­hende ja­mais tout à fait, mais qui nous font vi­brer. Des états hon­nêtes, quoi. Comme les beau­tés sur les­quelles on ne s’ar­rête pas beau­coup. J’aime me pro­me­ner dans le Bois-des-Es­prits à SaintVi­tal. Ce n’est pas là que j’écris, mais j’y glane des im­pres­sions. Plus tard, je re­vis l’ex­pé­rience, en l’in­té­rio­ri­sant, en l’exa­mi­nant sous plu­sieurs angles. En­suite, j’écris, et

j’écris et j’écris. Je bouge des élé­ments, j’éli­mine, je re­tra­vaille en trou­vant des thé­ma­tiques. »

Vient en­suite la phase où l’au­teur ré­vise ses textes. Étape où le poète ex­pé­ri­men­té, au­teur de huit re­cueils, ai­guise sa plume. « Le pro­ces­sus est in­tui­tif, mais contient aus­si une bonne me­sure de ré­flexion et de ju­ge­ment. En re­li­sant, je re­tra­vaille le poème pour évi­ter de som­brer dans la fa­ci­li­té tech­nique. J’ai sup­pri­mé ou mo­di­fié toute amorce ou sor­tie ba­nale, ou en­core des jeux de mots. Je ne vou­lais pas non plus jouer sur la syn­taxe. Je vou­lais un texte soi­gné, tra­vaillé, mais qui avait d’abord émer­gé par au­to­ma­tisme. La ré­écri­ture de­vait être au ser­vice de l’état d’âme qui avait sur­git de moi­même. Elle de­vait re­flé­ter l’en­chan­te­ment ini­tial, pour que chaque mot suc­cède à l’autre avec une in­évi­ta­bi­li­té. Comme une belle par­ti­tion mu­si­cale. »

Au bout du compte, la par­ti­tion de Laurent Po­li­quin s’est dé­fi­nie. « J’ai dé­cou­vert trois thèmes, qui ont émer­gé de l’écri­ture in­tense et de la ré­écri­ture pon­dé­rée : la re­la­tion avec la na­ture, l’émer­veille­ment des sou­ve­nirs et la re­la­tion avec une amou­reuse.

« Comme les poèmes, les thèmes sont les fruits de mes voyages in­té­rieurs. Je me suis lais­sé en­traî­né par les mots. Est-ce moi qui ai écrit le poème ou est-ce que c’est le poème qui s’est écrit?

(1) Voya­geur des in­ter­stices est pu­blié par la mai­son d’édi­tion fran­çaise L’Har­mat­tan.

Laurent Po­li­quin : « Être poète, c’est se faire voyant, en voyant ce qui n’est pas. »

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