Re­ma­nie­ment mi­nis­té­riel : Brian Pal­lis­ter as­sure sa do­mi­na­tion sur son ca­bi­net

La Liberté - - ÉDITORIAL - MICHEL LAGACÉ

Tout re­ma­nie­ment mi­nis­té­riel re­flète des choix stra­té­giques. Reste à sa­voir les­quels. Dom­mage que le Pre­mier mi­nistre Brian Pal­lis­ter n’a pas ex­pli­qué les choix qu’il a an­non­cés la se­maine pas­sée. Parce qu’il est difficile de com­prendre son rai­son­ne­ment.

L’as­pect le plus frap­pant du re­ma­nie­ment, c’est que les res­pon­sables des mi­nis­tères qui brassent le plus d’ar­gent et qui bé­né­fi­cient d’un pres­tige ont tous été mu­tés.

Ain­si, Ca­me­ron Frie­sen passe des Fi­nances à la San­té, Ke­vin Goert­zen de la San­té à l’Édu­ca­tion, Hea­ther Ste­fan­son de la Jus­tice aux Fa­milles, alors que Ian Wi­shart quitte l’Édu­ca­tion et le conseil des mi­nistres.

Il est vrai que M. Goert­zen avait déjà lais­sé sa­voir qu’il vou­lait quit­ter la San­té, un des postes les plus exi­geants du gou­ver­ne­ment. Il laisse ce­pen­dant der­rière lui des chan­ge­ments im­por­tants en­core en chan­tier : hô­pi­taux en voie de ré­or­ga­ni­sa­tion, fer­me­tures de salles d’ur­gence, foyers de soins per­son­nels à construire, etc.

Ca­me­ron Frie­sen, qui a eu tant de dif­fi­cul­té à maî­tri­ser les te­nants et abou­tis­sants du bud­get pro­vin­cial, au­ra la tâche énorme de maî­tri­ser tous les dos­siers que M. Goert­zen laisse en sus­pens.

En Édu­ca­tion, M. Wi­shart sem­blait agir avec com­pé­tence. Il laisse ce­pen­dant l’ave­nir du Bu­reau de l’édu­ca­tion fran­çaise dans un état d’in­cer­ti­tude, un casse-tête po­li­tique que le gou­ver­ne­ment s’est in­fli­gé lui­même et où il n’a rien à ga­gner.

L’abo­li­tion du poste de sous­mi­nistre adjoint au BEF est d’ailleurs ve­nu ter­nir in­uti­le­ment la bonne vo­lon­té que la mi­nistre res­pon­sable des Af­faires fran­co­phones, Ro­chelle Squires, avait soi­gneu­se­ment culti­vée en en­tre­te­nant de bonnes re­la­tions avec les or­ga­nismes fran­co­phones après avoir gui­dé l’adop­tion de la Loi sur l’épa­nouis­se­ment de la fran­co­pho­nie ma­ni­to­baine.

À moins de deux ans des pro­chaines élec­tions pro­vin­ciales, on pour­rait soup­çon­ner une mo­ti­va­tion cy­nique au dé­part de M. Wi­shart, le dé­pu­té de Por­tage la Prai­rie, et à l’ar­ri­vée de Col­leen Mayer de Saint-Vi­tal aux Ser­vices de la Cou­ronne.

En ef­fet, le com­té de M.Wi­shart vote qua­si au­to­ma­ti­que­ment pour le par­ti de Brian Pal­lis­ter, tan­dis que Mme Mayer pour­ra jouir d’une vi­si­bi­li­té ac­crue dans sa tentative de conser­ver le com­té qu’elle a ga­gné avec une faible ma­jo­ri­té en 2016.

Une chose est sûre : en mu­tant les mi­nistres Frie­sen, Wi­shart, Goert­zen et Ste­fan­son, Brian Pal­lis­ter s’as­sure de pou­voir conti­nuer à do­mi­ner son ca­bi­net.

Car les mi­nistres au centre ner­veux du gou­ver­ne­ment de­vront prendre connais­sance de nou­veaux dos­siers. Ils ne joui­ront donc d’au­cune ex­per­tise pour un cer­tain temps dans leurs do­maines de res­pon­sa­bi­li­té.

Au­cun mi­nistre ne pour­ra créer un centre de pou­voir et de cré­di­bi­li­té per­son­nelle, comme avait pu le faire Greg Se­lin­ger comme mi­nistre des Fi­nances pen­dant dix ans dans le gou­ver­ne­ment Doer. Paul Mar­tin avait fait la même chose dans le gou­ver­ne­ment Ch­ré­tien, tout comme Jim Fla­her­ty dans le gou­ver­ne­ment Har­per.

Dans ses choix stra­té­giques, Brian Pal­lis­ter s’est as­su­ré de ne pas ris­quer l’émer­gence de mi­nistres forts à l’in­té­rieur de son propre ca­bi­net. Le temps di­ra si les Ma­ni­to­bains en sor­ti­ront ga­gnants aus­si.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.