« C’était vrai­ment une autre époque »

En 1960, Ray­mond Raiche est de­ve­nu ap­pren­ti-pom­pier pour la Ville de Saint-Bo­ni­face. Au­jourd’hui oc­to­gé­naire, le Bo­ni­fa­cien se sou­vient très bien de sa pé­riode d’en­traî­ne­ment ini­tiale.

La Liberté - - DOSSIER - Daniel BAHUAUD dba­huaud@la-li­berte.mb.ca

Ray­mond Raiche in­siste sur l’im­por­tance de la for­ma­tion conti­nue qu’il a pu re­ce­voir au fil de son par­cours pro­fes­sion­nel.

« J’ai d’abord re­çu une for­ma­tion in­tense avec un of­fi­cier d’en­traî­ne­ment. Il nous mon­trait com­ment uti­li­ser l’équi­pe­ment. Au com­men­ce­ment, j’étais fon­tai­nier. C’est le pom­pier qui a la res­pon­sa­bi­li­té de bran­cher tous les boyaux en­semble, et le boyau du ca­mion à une borne fon­taine. La tech­nique s’ap­pre­nait as­sez fa­ci­le­ment. Mais il fal­lait quand même beau­coup de pra­tique. Le but était de tra­vailler aus­si vite que pos­sible. Il fal­lait que chaque geste de­vienne un ré­flexe, mé­mo­ri­sé par les muscles. Du par coeur pour le corps, quoi. »

Par la suite, Ray­mond Raiche est de­ve­nu first branch­man, c’es­tà-dire pre­mier as­sis­tant du ca­pi­taine. « J’ai donc ap­pris à ce mo­ment-là la ma­ni­pu­la­tion d’un boyau et le port du masque. Aus­si, com­ment en­trer dans un édi­fice au deuxième étage, en traî­nant le boyau. « À cette époque, j’étais à la Ca­serne nu­mé­ro 2, (à l’angle de l’ave­nue Ta­ché et de la rue Gou­let). La sta­tion de ser­vice Es­so était juste à cô­té. Son pro­prié­taire nous a don­né la per­mis­sion d’y faire notre en­traî­ne­ment. On mon­tait des échelles de 85 pieds. Mais on n’avait rien pour si­mu­ler un d’édi­fice en feu, sauf la bâ­tisse de la ca­serne. » Tout a chan­gé en 1972, an­née où la Ville de Saint-Bo­ni­face s’est amal­ga­mée avec la Ville de Win­ni­peg. « Fi­na­le­ment, on avait de bonnes ins­tal­la­tions pour faire de la for­ma­tion conti­nue. On se ren­dait à la grande tour d’en­traî­ne­ment, si­tuée aux abords de Po­lo Park. Elle avait huit étages. On pou­vait mon­ter sur nos échelles, avec nos boyaux, et pra­ti­quer com­ment bien en­trer dans un édi­fice en flammes. Il y avait plu­sieurs sta­tions d’en­traî­ne­ment, pour ré­pé­ter dif­fé­rents scé­na­rios, qu’on nom­mait évo­lu­tions.

« Une évo­lu­tion per­met­tait d’ap­prendre à mon­ter un boyau à une hau­teur de trois ou quatre étages. Une autre, com­ment ap­pro­cher un édi­fice qui brûle. Je me sou­viens d’une évo­lu­tion où il fal­lait ré­pé­ter com­ment dé­faire des noeuds dans les boyaux, un phé­no­mène qui se pro­dui­sait as­sez fré­quem­ment à l’époque.

« Il fal­lait aus­si ap­prendre à pé­né­trer dans un édi­fice en flammes. Et puis la ma­nière d’ar­ro­ser les pièces une fois qu’on était à l’in­té­rieur. Chaque étape pour com­battre un in­cen­die était étu­diée et ré­pé­tée. On ap­pre­nait même com­ment éteindre le sys­tème de gi­cleurs dans un bâ­ti­ment une fois qu’un in­cen­die était éteint.

« Il fal­lait re­tour­ner à la tour d’en­traî­ne­ment, pour main­te­nir un haut ni­veau d’ha­bi­le­tés. »

À sa re­traite en 1991, Ray­mond Raiche était ca­pi­taine au corps des pom­piers de la Ville de Win­ni­peg.

« J’ai vrai­ment com­men­cé mon mé­tier à une autre époque. De nos jours, la tour n’existe plus. Mais les pom­piers de la Ville de Win­ni­peg font beau­coup de for­ma­tion conti­nue.

« Leur for­ma­tion de base est d’ailleurs très im­pres­sion­nante. Un pom­pier doit d’abord fré­quen­ter un col­lège spé­cia­li­sé, comme ce­lui de Bran­don. Une fois qu’ils sont em­ployés par le Ser­vice d’in­cen­die et de soins mé­di­caux d’ur­gence, ils doivent com­plé­ter une for­ma­tion sup­plé­men­taire de dix se­maines. Et puis s’en­traî­ner à tous les ans. Être bon pom­pier, c’est le tra­vail de toute une vie. »

Pho­to : Daniel Bahuaud

Ray­mond Raiche a été pom­pier pen­dant plus de 30 ans. Il a no­tam­ment com­bat­tu les flammes à la Ca­thé­drale de Saint-Bo­ni­face, le 22 juillet 1968. On peut lire son té­moi­gnage de l’évè­ne­ment dans La Li­ber­té du 10 au 16 jan­vier 2018.

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