«Il au­ra squat­té nos âmes et y a gra­vé son nom!»

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ÀDe­nis Hé­bert, un col­la­bo­ra­teur de longue date, Raymond Roy avait de­man­dé d’être une sorte d’exé­cu­teur… pour veiller entre autres à ce qu’il n’y ait pas de «fleurs» à ses fu­né­railles. Tout au plus, une gerbe ou un bou­quet cueilli par sa nièce Sa­rah.

Dix ans après la dis­pa­ri­tion de Raymond Roy, Denis Hé­bert se re­met au cla­vier pour se rap­pe­ler… et se rap­pe­ler cette «mis­sion» que lui avait confiée le prêtre. «Il n’a ja­mais cou­ru les éloges, ce type de fleur à mettre à la bou­ton­nière d’un plan de car­rière!» «Se rap­pe­ler Raymond Roy ne se fait pas en lui «fai­sant une fleur» de ce­ci ou ce­la. Son oeuvre se tra­vaillait de l’in­té­rieur et ses exi­gences nous fai­saient de même.

Deux ans avant sa mort Raymond m’avait de­man­dé d’écrire « un cre­do du com­mu­nau­taire».

Lors­qu’il m’a fait cette de­mande, j’étais dans une époque trouble, alors que c’au­rait dû être au­tre­ment. Mon troi­sième en­fant ve­nait de naître, et il n’y avait pas de place pour moi à me « per­mettre une cer­taine sé­cu­ri­té » dans un com­mu­nau­taire que j’avais tra­vaillé à bâ­tir et qui se don­nait de nou­velles di­rec­tions. J’ai mis ce­la sur le fait que j’étais dé­ran­geant et les ré­ac­tions di­verses, en contra­dic­tion avec les va­leurs qui avaient don­né à naître le com­mu­nau­taire, m’ont plon­gé dans un pro­fond désar­roi. À ce mo­ment j’ai cru que per­sonne n’avait su dé­co­der, même pas Raymond. Pro­ba­ble­ment que ce type de souf­france ne fai­sait pas par­tie du ré­per­toire des souf­frances ad­mises. M’en­fin ça me concerne. C’est dif­fi­ci­le­ment que j’ai conti­nué à être dis­po­nible et «d’oeu­vrer à des tâches non ré­mu­né­rées avec des bles­sures béantes».

Mais ce cre­do au­rait-il pu me per­mettre de faire face à ce qui me te­naillait… peu­têtre était-ce là la ré­ponse de Raymond à mon ma­laise et mal-être… que je com­prends en écri­vant ces lignes.

À sa mort j’ai conti­nué le cre­do… mais la li­vrai­son de­vant une foule, dans une for­mule que j’ai li­vrée spon­ta­né­ment, res­sem­blait trop à une li­ta­nie… plus j’avan­çais dans ma lec­ture, moins j’en étais à l’aise! J’ai pré­fé­ré oublier ce mo­ment où j’ai sem­blé pla­cer Raymond sur un pié­des­tal, alors qu’il n’en avait ja­mais été ain­si au­pa­ra­vant, et il n’en se­ra ja­mais ain­si.

Pour­quoi un cre­do

Pour­quoi en 1996 un cre­do, écrit par moi et cau­tion­né par Raymond! Qu’en au­rait fait le com­mu­nau­taire?

Ac­cep­ter que l’on vienne jouer dans ses plates-bandes! De toute fa­çon, qui aime que quel­qu’un d’autre joue dans ses af­faires? Peut-être que l’on pour­rait in­vo­quer que ce sont, c’était aus­si, les plates-bandes de Raymond. De toute fa­çon, le com­mu­nau­taire trou­ve­ra tou­jours à faire pour ses causes dans ses va­leurs fon­da­trices de so­li­da­ri­té, de res­pect, d’éga­li­té, d’équi­té, de jus­tice, de par­tage, et autres comme Raymond l’a rap­pe­lé tout au long de sa vie. J’ai cher­ché toute cette fin de se­maine ce cre­do, qui a dû quit­ter sa boîte de clas­se­ment à un cer­tain mo­ment pour ne plus y re­ve­nir. Si je re­mets la main des­sus je vous en fais part!

Raymond et le com­mu­nau­taire, dans ses der­nières an­nées?

Dif­fi­cile d’ima­gi­ner ce que Raymond, vieillis­sant peut avoir comme in­té­rêt et ca­pa­ci­té à «oeu­vrer». Lui qui a che­mi­né et oeu­vré avec des per­sonnes de tous âges et de toutes condi­tions. Raymond, dans ses der­nières an­nées, af­fi­chait da­van­tage cet in­té­rêt pour le «beau», comme il le di­sait, quête à la­quelle de­vait ha­bi­tuel­le­ment abou­tir une vie. Cette vie qu’il avait dé­bu­té à re­cher­cher le « vrai » dans son pas­sage «jeu­nesse», sui­vi en ce­la à faire le «bon» dans sa vie so­ciale ac­tive.

Plus qu’un ta­bleau ac­cro­ché à un mur, Raymond nous livre un re­gard qui pour­rait sim­ple­ment dire de lais­ser gran­dir ce qu’il a pu sus­ci­ter en cha­cun de nous. Que ce même re­gard de­vienne pour ce­lui que l’on ac­com­pagne, dans son re­lè­ve­ment, une oc­ca­sion de gran­dir à son tour.

Quelques ques­tion­ne­ments et re­grets se re­trouvent dans son jour­nal per­son­nel. «On veut un «gros écrit» de moi. Un prêtre, en lien avec un éditeur me de­mande cent soixante pages pour le mois de mai. Aux prises avec les échéances de l’an­née in­ter­na­tio­nale de la lutte contre la pau­vre­té, l’Église pa­raît en re­cherche d’un dis­cours in­édit ve­nant de la «plaine». Au té­lé­phone, on m’a dit : «Vous avez une longue ex­per­tise… et vous sa­vez écrire » . Peut-être ai-je quelque fa­ci­li­té à écrire, mais je n’ai ja­mais ap­pris à faire un vo­lume. Le mot «ex­per­tise» me laisse aus­si des soup­çons d’ap­par­te­nance à la thèse... à l’Uni­ver­si­té quoi. Si j’ac­cepte, ce se­ra un «cri» stri­dent, anar­chique... n’ex­cluant pas l’in­jure. On n’y ren­con­tre­ra pas l’ad­verbe «re­la­ti­ve­ment» par le­quel nos pen­seurs de mé­tier tra­hissent l’Évan­gile et leurrent les «dis­ciples».» (Ex­trait de son jour­nal per­son­nel de 1996). (Une ver­sion plus longue est dis­po­nible sur notre site In­ter­net du www.lanou­velle.net).

Une fi­gu­rine sculp­tée par Raymond Roy en 1966.

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