Phillip Da­nault veut de­ve­nir un rouage im­por­tant du CH

La Nouvelle Union - - Sports - BE­NOÎT PLA­MON­DON be­noit.pla­mon­don@tc.tc

HO­CKEY. Fa­cile de conqué­rir le coeur des in­con­di­tion­nels de la Sainte-Fla­nelle, à tout le moins pour une his­toire d’un soir. Il suf­fit d’avoir un im­pact po­si­tif sur l’is­sue d’un match du Ca­na­dien de Mon­tréal pour sou­le­ver les pas­sions. Parce que les ama­teurs savent re­con­naître la contri­bu­tion d’un joueur au-de­là de la feuille de poin­tage, le coup de foudre peut frap­per à tout ins­tant. Le ca­pi­tal de sym­pa­thie est fri­mé si le ho­ckeyeur est fran­co­phone, en­core da­van­tage s’il est Qué­bé­cois.

Il n’a suf­fi qu’un but contre les Stars de Dal­las le 8 mars der­nier au Centre Bell pour que le Vic­to­ria­villois Phillip Da­nault l’ap­prenne à ses dé­pens. Ac­quis quelques se­maines plus tôt des Black­hawks de Chi­ca­go en com­pa­gnie d’un choix de deuxième tour en re­tour deT­ho­mas Flei­sch­mann et de Dale Weise, l’an­cien ca­pi­taine des Tigres de Vic­to­ria­ville a sou­le­vé le toit du do­mi­cile du Tri­co­lore en dé­but de deuxième pé­riode, bri­sant l’éga­li­té 2 à 2. Alex Gal­che­nyuk a pro­cu­ré la vic­toire aux siens par le poin­tage de 4 à 3, en fu­sillade.

Aus­si­tôt la ren­contre ter­mi­née, les jour­na­listes se sont rués vers Da­nault. Ron Four­nier, fi­dèle au poste à Bon­soir les spor­tifs, a ou­vert les lignes. Les com­pli­ments ont fu­sé de toute part en ondes. La plu­part sa­luaient le travail du joueur de centre et ce­lui du di­rec­teur gé­né­ral Marc Ber­ge­vin pour l’avoir ac­quis. On a par­lé en long et en large de cette per­for­mance de l’équipe et de ce but… jus­qu’au match sui­vant.

Ça a été à la fois la plus courte sai­son de ma vie (une soixan­taine de matchs), mais éga­le­ment la plus longue. J'ai vé­cu de grosses émo­tions cette sai­son.»

Da­nault est le pre­mier à l’ad­mettre. Ce n’est pas tou­jours aus­si rose. Ain­si va le Ca­na­dien, ain­si vont bon nombre de Qué­bé­cois. Lorsque l’équipe éprouve des en­nuis, l’at­ten­tion mé­dia­tique est tout aus­si im­por­tante. Les gé­rants d’es­trade vi­li­pendent le hé­ros de la veille si son ren­de­ment n’est pas à la hau­teur des at­tentes. Ils conspuent l’en­traî­neur sans ré­serve s’il le faut. De là vient la fa­meuse pres­sion de jouer à Mon­tréal, que l’on dit qua­si­ment unique dans le monde du ho­ckey.

«C’est la prin­ci­pale dif­fé­rence avec Chi­ca­go. Là-bas, quand ça va moins bien, l’at­ten­tion se tourne vers l’une des autres équipes pro­fes­sion­nelles de la ville qui va mieux, que ce soit les Bulls, les Cubs, les Bears ou les White Sox», laisse-t-il en­tendre.

Le Vic­to­ri­vil­lois dit ne pas re­gret­ter la ville des vents, bien qu’il était un fier porte-cou­leurs de l’éten­dard des Black­hawks. Il a tour­né la page sur son sé­jour au sein de cette dy­nas­tie de l’ère mo­derne de la Ligue na­tio­nale de ho­ckey. «Parce que Mon­tréal, quand tu gagnes, est le meilleur en­droit pour jouer. Ça de­meure un rêve d’en­fance pour moi», pour­suit-il.

En quit­tant Chi­ca­go, Da­nault a éga­le­ment dû dé­lais­ser l’ano­ny­mat que lui pro­cu­rait la troi­sième plus grande ville amé­ri­caine. Dans la mé­tro­pole qué­bé­coise, tous les membres de l’or­ga­ni­sa­tion du Ca­na­dien sont connus et re­con­nus. «À Chi­ca­go, je ne me fai­sais pas re­con­naître dans la rue. Cet as­pect ne me dé­range ce­pen­dant pas. Le fait d’avoir dis­pu­té mon stage ju­nior à Vic­to­ria­ville ne doit pas être un ha­sard. À plus pe­tite échelle, j’y ai vé­cu une si­tua­tion sem­blable que cette sai­son à Mon­tréal. Ça m’a un peu pré­pa­ré», a-t-il sou­li­gné.

Da­nault fait ré­fé­rence à son sé­jour de plus de trois sai­sons avec les Tigres. Évo­luant dans son pa­te­lin, il ne pas­sait pas une jour­née sans qu’on ne lui parle de l’équipe et de ses per­for­mances.

Agent libre avec res­tric­tion, Da­nault s’ac­corde main­te­nant une pause de quelques se­maines avant de re­prendre l’en­traî­ne­ment à Qué­bec avec Da­vid De­shar­nais et Pa­trice Ber­ge­ron, entre autres. Il par­ti­ra en voyage dans quelques jours pour lui per­mettre de dé­cro­cher to­ta­le­ment.

Sa der­nière sai­son au­ra été riche en re­bon­dis­se­ments. Opé­ré à la hanche au cours de l’été, il n’a pas pu s’en­traî­ner comme il l’au­rait sou­hai­té. Il a amor­cé la sai­son avec les IceHogs de Rock­ford, dans la Ligue amé­ri­caine de ho­ckey, avant d’être rap­pe­lé par les Hawks pour com­bler la perte de Mar­kus Kru­ger, le 19 dé­cembre. Il n’est ja­mais re­tour­né dans la Ligue amé­ri­caine par la suite, la haute di­rec­tion de l’équipe lui confir­mant son poste.

«Ça a été à la fois la plus courte sai­son de ma vie (une soixan­taine de matchs), mais éga­le­ment la plus longue. J’ai vé­cu de grosses émo­tions cette sai­son. Amas­ser une di­zaine de points à ma pre­mière sai­son dans la Ligue na­tio­nale, ce n’est pas tant que ça. Je pré­fère ce­pen­dant faire une en­trée gra­duelle plu­tôt que me brû­ler à pe­tit feu», pour­suit-il.

Échan­gé au Ca­na­dien, Phillip Da­nault se sou­vien­dra long­temps de cette nuit blanche qui a sui­vi en at­tente de son vol, pré­vu le len­de­main ma­tin, en di­rec­tion de Mon­tréal. Au­tant il a vé­cu une vive dé­cep­tion de quit­ter les Black­hawks, qui lut­taient à ce mo­ment pour le pre­mier rang dans sa division, pour se joindre au Ca­na­dien, au coeur d’une lutte pour par­ti­ci­per aux sé­ries.

Dé­çu de ne pas prendre part au tour­noi prin­ta­nier, il es­père avoir la chance de se ra­che­ter l’an pro­chain. Le re­tour au jeu de Ca­rey Price fe­ra toute la dif­fé­rence, se­lon lui. «Les fans du Ca­na­dien sont bien pla­cés pour sa­voir que de perdre un gar­dien de cette trempe, ça fait une grosse dif­fé­rence. Con­don a fait un travail re­mar­quable. Ca­rey Price, c’est Ca­rey Price tou­te­fois. Au-de­là de ce­la, j’ai ra­re­ment vu une équipe de­vant com­po­ser avec au­tant de bles­sés. Ça n’a pas ai­dé, bien que ce ne soit pas une ex­cuse. C’est d’ailleurs le slo­gan de l’équipe à l’en­trée du ves­tiaire», a-t-il ajou­té.

Le Ca­na­dien a jus­qu’au 30 juin pour of­frir une offre qua­li­fi­ca­tive au clan Da­nault, re­pré­sen­té par Don Mea­han et Sté­phane Fi­set. Il au­ra, par la suite, jus­qu’au 15 juillet pour pré­sen­ter une contre-offre. Ça ne l’in­quiète pas outre me­sure. Da­nault est convain­cu que ce dos­sier ne de­vrait pas traî­ner en lon­gueur. Il s’at­tend bien évi­dem­ment à être de re­tour avec le Ca­na­dien la sai­son pro­chaine.

«Je vais avoir tout l’été pour m’en­traî­ner, con­trai­re­ment à l’an der­nier. Je suis confiant de pou­voir pro­gres­ser. Je vais conti­nuer à ren­for­cer ma hanche et mes épaules. Cet été, je veux sur­tout prio­ri­ser l’amé­lio­ra­tion de mes ha­bi­le­tés», a-t-il fait sa­voir.

Parce que Da­nault est convain­cu qu’il peut contri­buer da­van­tage of­fen­si­ve­ment qu’il ne le fait pré­sen­te­ment. Ré­pu­té pour ses qua­li­tés dé­fen­sives, il veut de­ve­nir un rouage plus im­por­tant au sein de l’équipe. Uti­li­sé tant à l’aile qu’au centre, sa po­si­tion na­tu­relle, il dit ne plus avoir de pré­fé­rence à cet égard. «Tu m’au­rais po­sé cette ques­tion l’an der­nier, j’au­rais ré­pon­du au centre. Main­te­nant, ça ne me dé­range plus. La po­ly­va­lence per­met d’avoir plus de temps de jeu et d’avoir plus de res­pon­sa­bi­li­tés», a-t-il dit.

Âgé de 24 ans, Da­nault est conscient que la pro­chaine sai­son pour­rait être dé­ter­mi­nante pour son ave­nir, consi­dé­rant son sta­tut de joueur au­to­nome avec res­tric­tion. Il pren­dra donc les bou­chées doubles à l’en­traî­ne­ment dans le but de re­faire ses preuves, lui qui est ar­ri­vé tar­di­ve­ment avec l’équipe en avril.

«Je vais tra­vailler très fort cet été. Je sais que je peux en don­ner da­van­tage dans la Ligue na­tio­nale. Je me vois comme un Ya­nic Per­reault ou un Pa­trice Ber­ge­ron, des joueurs très fiables dé­fen­si­ve­ment, bon sur les mises en jeu, mais aus­si en me­sure d’amas­ser leur part de points», a-t-il confié.

Il a d’ailleurs tra­vaillé avec Per­reault, un an­cien porte-cou­leurs du Bleu-Blanc-Rouge, à Chi­ca­go, tan­dis qu’il s’en­traî­ne­ra cet été avec Ber­ge­ron, des Bruins de Bos­ton. Ces deux at­ta­quants ré­coltent, bon an mal an, une ving­taine de buts.

Da­nault est dé­jà im­pa­tient d’amor­cer la pro­chaine cam­pagne. La pé­riode d’adap­ta­tion, dit-il, est main­te­nant chose du pas­sé. Il s’est dé­jà lié d’ami­tié avec quelques-uns de ses co­équi­piers. «Gal­la­gher, Sub­ban, De­shar­nais, Pa­cior­ret­ty et Mit­chell, entre autres, ont été in­croyables avec moi à mon ar­ri­vée», a-t-il sou­li­gné en ter­mi­nant.

(pho­to d’ar­chives : Mar­tin La­roche)

Phillip Da­nault es­time que son pas­sage avec les Tigres l’a pré­pa­ré à évo­luer sous les cou­leurs du Ca­na­dien de Mon­tréal.

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