Le bé­né­vo­lat «dif­fé­rent» de Pierre Ca­risse

La Nouvelle Union - - Actualités - HÉ­LÈNE RUEL he­lene.ruel@tc.tc

PHI­LAN­THRO­PIE. Au mi­lieu de la qua­ran­taine de per­sonnes ho­no­rées d’un prix Hom­mage bé­né­vo­lat-Qué­bec, le lau­réat vic­to­ria­villois Pierre Ca­risse avoue s’être sen­ti un peu «dif­fé­rent des autres». «Les autres, comme la jeune Au­drey Anc­til, le mé­de­cin, la per­sonne qui s’oc­cupe de po­pote rou­lante, oeuvre au­près des autres, sou­vent de per­sonnes plus dé­mu­nies. Je ne me consi­dère pas comme un bé­né­vole, moi qui m’oc­cupe de loisirs.»

C’est ain­si plus qu’«hum­ble­ment» et parce qu’on ne fait ja­mais les choses tout seul, que M. Ca­risse a ac­cueilli son prix Hom­mage lors de la cé­ré­mo­nie te­nue à l’hô­tel du Par­le­ment. Le prix sou­ligne les an­nées d’en­ga­ge­ment de l’ex-prof d’an­glais à la Mai­son d’école du rang Cin­qC­hi­cots à Saint-Ch­ris­tophe-d’Ar­tha­bas­ka, aux Fêtes vic­to­riennes, à la So­cié­té d’his­toire et de gé­néa­lo­gie de Vic­to­ria­ville et aux fêtes du 150e an­ni­ver­saire de Vic­to­ria­ville en 2011.

Bien avant de re­trai­ter de sa pro­fes­sion d’en­sei­gnant (il a en­sei­gné de 1968 à 2000) aux élèves de se­con­daire d’abord dans l’édi­fice du Cé­gep puis à l’École se­con­daire Le boi­sé, M. Ca­risse avait com­men­cé à se dé­vouer au­près de l’As­so­cia­tion des ama­teurs d’antiquités.

DES ANTIQUITÉS AU PA­TRI­MOINE

«Il y avait, dans les an­nées 1960 et 1970, un en­goue­ment pour les antiquités. La pre­mière table de cui­sine que nous avons eue, ma conjointe et moi, c’était une vieille table que j’avais décapée.» Cet in­té­rêt per­son­nel pour les antiquités a ai­guillé M. Ca­risse vers l’As­so­cia­tion des ama­teurs d’antiquités de­ve­nue, en 1998, l’As­so­cia­tion des Amis du pa­tri­moine, la­quelle re­groupe 85 membres ac­tifs.

M. Ca­risse rap­pelle que, avec le re­gret­té Con­rad Cliche no­tam­ment, l’As­so­cia­tion avait ac­quis l’école de rang (de l’ave­nue Pie-X à SaintCh­ris­tophe-d’Ar­tha­bas­ka) en 1979-1980. «Je me sou­viens ce­pen­dant du pre­mier pro­jet de l’As­so­cia­tion, ce­lui de res­tau­rer le pont cou­vert à War­wick.» M. Ca­risse ra­conte qu’à l’époque, le pro­jet de res­tau­ra­tion avait été stop­pé, les gens de War­wick consi­dé­rant que les gens de Vic­to n’avaient pas à se mê­ler de leurs af­faires pa­tri­mo­niales. L’As­so­cia­tion avait fi­na­le­ment re­tour­né la sub­ven­tion qu’elle avait ob­te­nue pour s’oc­cu­per de l’ou­vrage war­wi­ckois.

M. Ca­risse a été de toutes les cor­vées ma­té­rielles et fi­nan­cières pour la mai­son d’école du rang Cinq-Chi­cots, qu’il a d’abord fal­lu éloi­gner du bord du che­min, qu’on a res­tau­rée, meu­blée, en­tre­te­nue, ani­mée chaque an­née. Lui qui est né à Ot­ta­wa, n’a ja­mais fré­quen­té une école de rang, en­tre­tient un lien d’at­ta­che­ment avec cet an­cien éta­blis­se­ment ou­vert en 1903, fer­mé en 1960. «On en dé­nom­brait 5000 au Qué­bec, il n’en reste plus que 5 centres d’in­ter­pré­ta­tion comme le nôtre. C’est une image, mais ça cor­res­pond à peu près à la réa­li­té», dé­plore M. Ca­risse.

Fé­ru de tout ce qui com­pose le pa­tri­moine sco­laire, le bé­né­vole de 71 ans dit en ap­prendre en­core sur les écoles de rang et y prendre plai­sir. Il évoque sa lec­ture du code sco­laire de 1896 où on y pres­crit la fa­çon d’amé­na­ger une école, de dé­ter­mi­ner l’orien­ta­tion de ses lieux d’ai­sance, de s’as­su­rer que chaque en­fant, se­lon sa taille, dis­po­se­ra de tant de pieds cubes d’air.

C’est M. Ca­risse qui, par ses re­cherches, a com­po­sé les textes de la quin­zaine de pan­neaux d’in­ter­pré­ta­tion ex­po­sés à la mai­son d’école. Chaque été amène une ex­po­si­tion dif­fé­rente. L’été pro­chain s’ou­vri­ra avec les ta­bleaux d’ar­tistes re­pré­sen­tant les Bois-Francs. L’été 2017 pour­rait s’at­tar­der à la littérature jeu­nesse à l’époque des écoles de rang (1850-1960). L’«en­goue­ment» pour les antiquités s’est émous­sé au Qué­bec, re­con­naît M. Ca­risse se dé­so­lant de voir ce qui s’ex­pose lors de sa­lons de col­lec­tion­neurs.

DES IN­QUIÉ­TUDES

Qu’en est-il de l’ave­nir du pas­sé?, se per­me­ton de lui de­man­der. Il se dit in­quiet quant à l’ave­nir de la mai­son d’école de rang. «L’As­so­cia­tion se com­pose de gens vieillis­sants et qui se désen­gagent. On ne peut leur en vou­loir. Et il n’y a pas de re­lève. Qui de­vien­dra ges­tion­naire? La So­cié­té d’his­toire? La Mu­ni­ci­pa­li­té? Le Mu­sée?» S’il for­mule ces craintes, Pierre Ca­risse es­time tou­te­fois que s’il y a de l’in­té­rêt pour l’his­toire à Vic­to­ria­ville, c’est que la Ville elle-même offre son sou­tien. Dans d’autres villes, les so­cié­tés d’his­toire éprouvent des dif­fi­cul­tés à sur­vivre.

Pierre Ca­risse a re­çu son prix Hom­mage bé­né­vo­lat-Qué­bec des mains de Chan­tal Mal­tais, sous-mi­nistre ad­jointe aux po­li­tiques, à l’ana­lyse et à l’ac­tion com­mu­nau­taire.

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