Un voyage au­tour du monde et au fond de soi

La Nouvelle Union - - Actualités - CLAUDE THIBODEAU claude.thibodeau@tc.tc

EN­TRE­VUE. C’est l’his­toire d’une fille et son sac à dos. L’his­toire de Joa­nie Dubuc de Vic­to­ria­ville par­tie voya­ger pen­dant un an. Un pé­riple au­tour du monde et au fond de soi pour cette jeune femme de 23 ans. Une aven­ture qui lui a per­mis de se dé­cou­vrir. Ren­contre avec Joa­nie qui té­moigne d’une riche ex­pé­rience.

Joa­nie Dubuc oc­cu­pait un em­ploi stable, oeu­vrant en édu­ca­tion spé­cia­li­sée comme in­ter­ve­nante jeu­nesse dans un or­ga­nisme com­mu­nau­taire. « Mais je me suis aper­çue que quelque chose me man­quait. Et dif­fé­rents évé­ne­ments dans ma vie m’ont ame­née à me concen­trer sur le rêve que je ca­res­sais de­puis long­temps, ce­lui de par­tir long­temps », ex­plique-t-elle. Elle en­tre­prend ain­si de réa­li­ser son rêve. Son pé­riple a né­ces­si­té une cer­taine pré­pa­ra­tion. L’as­pect mo­né­taire l’a da­van­tage pré­oc­cu­pée, de sorte qu’avant de par­cou­rir le monde, Joa­nie Dubuc a mis un an à éco­no­mi­ser l’ar­gent né­ces­saire.

DES­TI­NA­TION L’IR­LANDE

Elle a quit­té son pa­te­lin le 6 juillet 2016 pour y re­ve­nir, un an plus tard, à la fin juin cette an­née. Pas moins de 19 pays vi­si­tés au cours de son es­ca­pade à l’étran­ger, une odys­sée ayant l’Ir­lande comme point de dé­part.

« Pour moi, l’Ir­lande, c’est sym­bo­lique. J’y ai tou­jours rê­vé après avoir vu le pays et ses pay­sages dans un film. Ce fut mer­veilleux. Ça de­meure un de mes pays pré­fé­rés », dit Joa­nie qui a ain­si sé­jour­né trois mois en Eu­rope en ce dé­but de voyage.

L’Ir­lande re­pré­sente tout ce qu’elle aime : la ran­don­née, l’am­biance fes­tive par­tout, même dans les bleds per­dus au mi­lieu de nulle part et le contact constant avec la na­ture. « Tu res­pires vrai­ment là-bas ! » L’Asie a en­suite ac­cueilli Joa­nie. « Rien ne m’y at­ti­rait vrai­ment au dé­part, confie-t-elle, mais j’ai eu un gros coup de coeur dès le pre­mier jour. Il y a des en­droits comme ça qui nous marquent. »

Elle y constate un chaos or­ga­ni­sé, un genre de « fo­lie », une ré­si­lience. « Genre, je vais peut-être mou­rir, mais ce n’est pas grave, on va s’ar­ran­ger. La vie est fra­gile, mais elle est, en même temps, plus in­tense », dit-elle. Puis, en Nou­velle-Zé­lande, Joa­nie Dubuc vit ce qu’elle consi­dère comme un choc cultu­rel vis-à-vis sa propre culture. « Je ne com­pre­nais pas ce qui m’ar­ri­vait. J’ai ai­mé mon sé­jour, mais j’avais aus­si hâte de re­par­tir. Sauf qu’avec le re­cul, en son­geant à mes meilleurs sou­ve­nirs, je re­pense à la Nou­velle-Zé­lande, à la li­ber­té vé­cue lors de mon « road trip » avec la voi­ture louée pen­dant un mois rou­lant seule avec des pay­sages in­croyables. Il n’y avait pra­ti­que­ment per­sonne. Un bon sen­ti­ment », té­moigne-t-elle.

Une des­ti­na­tion im­pré­vue se pré­sen­te­ra aus­si à elle, la Tu­ni­sie, la fa­mille d’une amie l’ayant in­vi­tée. « C’était une belle oc­ca­sion. Oui, un voyage re­quiert une pré­pa­ra­tion, mais pas trop. Il faut lais­ser libre cours à l’im­pré­vu. Ain­si, la courbe de mon voyage ne fait peut-être au­cun sens, mais par les évé­ne­ments, on y constate une lo­gique », ex­plique-t-elle.

Il faut vivre le mo­ment pré­sent, ap­pré­cier les pe­tites choses de bien que la vie ap­porte chaque jour, avoir des pro­jets, des pas­sions, croire en soi, ne pas s’ar­rê­ter à ses peurs et ne pas se lais­ser in­fluen­cer par ce que les autres peuvent pen­ser »

Celle-ci a bien ap­pré­cié la Tu­ni­sie, sa culture dif­fé­rente, un pays axé sur les fa­milles. Son tour du monde, Joa­nie l’a fi­na­le­ment ache­vé en Co­lom­bie. Elle y est de­meu­rée deux mois et de­mi. « Après 18 pays, j’éprou­vais de la fa­tigue, ob­serve-t-elle. Je vou­lais prendre mon temps et en pro­fi­ter à 100%. J’ai fait le tour du pays, j’ai vi­si­té des fa­milles et ap­pris un peu l’es­pa­gnol. Une belle tran­si­tion, je trouve, avant mon re­tour à la mai­son. »

UNE QUA­LI­TÉ D’AC­CUEIL…

De son aven­ture, Joa­nie Dubuc re­tient no­tam­ment l’ac­cueil des gens. « C’est fas­ci­nant, les gens sont gen­tils, comme en Ir­lande où ils nous in­vitent à leur table », dit-elle, tout en confiant une cer­taine pré­fé­rence pour le Cam­bodge. « Les gens sont cu­rieux, ils viennent à notre ren­contre, s’in­forment de ce qu’on fait. Je pense qu’ils aident da­van­tage une fille seule. »

La grande voyageuse, fort heu­reu­se­ment, n’a pas vé­cu de mésa­ven­tures, n’a pas été vic­time de vol, d’agres­sion. « Il faut faire at­ten­tion, être pru­dent, ne pas se pla­cer dans des si­tua­tions dé­li­cates », note-t-elle. La ma­la­die ne l’a pas af­fec­tée non plus, au­cun sé­jour en mi­lieu hos­pi­ta­lier.

UNE DÉ­COU­VERTE DE SOI

En sol étran­ger, Joa­nie Dubuc a vé­cu une an­née d’ap­pren­tis­sage. L’an­née des pre­mières fois, comme elle dit, elle qui n’au­rait ja­mais pen­sé sau­ter en bun­gee ou en­core des­cendre en rap­pel des chutes d’eau, sans comp­ter ses vols en pa­ra­pente ou son ex­pé­rience de plon­gée.

La jeune femme a fait preuve de dé­pas­se­ment, a sur­mon­té ses peurs. « Nos peurs, nous de­vons les af­fron­ter. Quand on le fait, on s’aper­çoit que ce n’est pas vrai, que ce n’est pas la réa­li­té. Et on ne doit pas se fier seule­ment aux autres. Si des gens peuvent te dé­cou­ra­ger, per­sonne, tou­te­fois, ne peut t’em­pê­cher de te dé­pas­ser, sauf toi », ex­prime Joa­nie qui af­firme avoir vé­cu, du moins à ce jour, la plus belle aven­ture de sa vie.

Elle est par­tie, il y a un an, parce qu’elle n’ai­mait plus sa vie, ne se sen­tait pas heu­reuse, ayant l’im­pres­sion d’avoir per­du sa per­son­na­li­té. Et, en voyage, le dé­clic s’est pro­duit en­vi­ron quatre mois après son dé­part. Elle s’est re­trou­vée. C’était au Laos. « Je me rap­pelle de ce mo­ment ve­nu comme une ré­vé­la­tion. Le Laos nous rentre de­dans. Ça ré­veille des choses, re­late-t-elle. Là-bas, ce n’est pas dé­ve­lop­pé, ce n’est pas le luxe. Ils vivent avec rien. Pour­tant, ils ont tous le sou­rire. J’ai alors sen­ti que je pou­vais être heu­reuse avec les pe­tites choses de la vie. J’avais re­trou­vé ma joie de vivre. »

La grande aven­ture lui a per­mis, confie Joa­nie, de dé­ve­lop­per un meilleur contrôle de ses émo­tions, une meilleure confiance en soi. « Je n’ai plus peur de qui je suis, je m’as­sume beau­coup plus. Avant j’ac­cep­tais mal l’échec, il fal­lait que je sois par­faite, ob­serve-t-elle. Main­te­nant, j’as­sume mes qua­li­tés et mes dé­fauts et, dans l’en­semble, je suis bien fière de la per­sonne que je suis. J’ai l’im­pres­sion que je suis de­ve­nue la per­sonne que j’ai tou­jours vou­lu être. »

DÉ­PAS­SER SES PEURS

Elle n’hé­site pas lors­qu’on lui de­mande le mes­sage qu’elle sou­haite lan­cer : croire en ses rêves et dé­pas­ser ses peurs. « Peu im­porte le pro­jet ou le rêve, n’ar­rête pas parce que tu as peur. Prends des risques, as­sume que la vie se­ra par­fois po­si­tive et que des échecs sur­vien­dront aus­si, mais conti­nue de croire, in­siste-t-elle. Moi, j’ai cru en mon rêve et c’est ce qui m’a ame­née à vivre quelque chose de mer­veilleux et à être heu­reuse. »

Main­te­nant de re­tour au ber­cail, Joa­nie Dubuc a bien sûr pen­sé au fait qu’elle ne re­vi­vrait peut-être plus une an­née « hot » comme elle a vé­cue. Mais elle sait bien main­te­nant que le bon­heur, ça se cultive au quo­ti­dien, non seule­ment en voyage, mais dans toutes les sphères de la vie. « Il faut vivre le mo­ment pré­sent, sou­ligne-t-elle, ap­pré­cier les pe­tites choses de bien que la vie ap­porte chaque jour, avoir des pro­jets, des pas­sions, croire en soi, ne pas s’ar­rê­ter à ses peurs et ne pas se lais­ser in­fluen­cer par ce que les autres peuvent pen­ser. »

À son re­tour à Vic­to­ria­ville, elle a mis de cô­té l’em­ploi qu’elle oc­cu­pait. Au­jourd’hui, elle tra­vaille dans une bou­tique. « J’ap­pré­cie ce que je fais. Ça me laisse le temps de vivre mes pas­sions et d’avoir du temps pour moi », conclut-elle, en lais­sant sa­voir qu’elle mi­jo­tait un pro­jet de confé­rence pour té­moi­gner de son ex­pé­rience. En at­ten­dant, elle conti­nue de par­ta­ger un peu d’elle-même sur sa page Fa­ce­book « Une fille et son sac à dos ».

(Pho­to gra­cieu­se­té)

Les fa­laises de Mo­her en Ir­lande, son plus grand rêve réa­li­sé et un des coups de coeur de son voyage.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.