Sa­voir vivre en­semble

La Petite-Nation - - CHRONIQUE D’HUMEUR -

J’ap­puie d’em­blée l’idée du maire Maxime Ped­neaud-jo­bin d’or­ga­ni­ser à Ga­ti­neau, au prin­temps pro­chain, un Som­met du vivre en­semble. Avec toute cette haine vé­hi­cu­lée dans le monde, avec toute cette rage in­crus­tée dans les têtes de cer­tains, on ne par­le­ra ja­mais as­sez d’in­clu­sion, d’in­té­gra­tion, de di­ver­si­té, d’ou­ver­ture.

Je vous rap­pelle que onze pour cent de la po­pu­la­tion ga­ti­noise ac­tuelle est is­sue de l’im­mi­gra­tion. Elle com­prend de mul­tiples com­mu­nau­tés so­cio­cul­tu­relles, cer­taines éta­blies ici de­puis deux ou trois gé­né­ra­tions. Dé­mo­gra­phie oblige. Cette ten­dance s’ac­cen­tue­ra au fil des ans. Et c’est bien ain­si. Ga­ti­neau est de­ve­nu un pôle d’at­trac­tion. On y trouve de l’em­ploi. On y offre plein de res­sources et de pro­grammes. C’est un bel exemple. Conti­nuons.

Et n’ou­blions pas que se­lon l’in­dice de pro­grès so­cial, le Ca­na­da de­meure le deuxième meilleur pays où vivre (der­rière la Fin­lande). On est bé­ni. Il est es­sen­tiel de culti­ver nos va­leurs, et de les par­ta­ger. Pa­ci­fi­que­ment.

Dans mon cercle de connais­sances, je compte un bon nombre de Ca­na­diens d’ori­gine por­tu­gaise, li­ba­naise, serbe, croate, po­lo­naise, viet­na­mienne, ita­lienne, haï­tienne, afri­caine. Et j’en ou­blie sû­re­ment. Tous ont un em­ploi, ou étu­dient en­core. Ils ont des rêves. Cer­tains ont fon­dé une fa­mille. Ils sont fiers de vivre ici. On jase de tra­vail, de voyage, de ci­né­ma, de sport. Je n’ai ja­mais sen­ti la moindre cri­tique en­vers nos com­por­te­ments à leur égard.

Leur seule in­quié­tude est la mon­tée de la ra­di­ca­li­sa­tion et de l’ex­trême-droite dans plu­sieurs mi­lieux. D’où l’im­por­tance de l’ou­ver­ture en 2018 à Ga­ti­neau d’un Centre de pré­ven­tion de la ra­di­ca­li­sa­tion, avec l’ap­pui fi­nan­cier du gou­ver­ne­ment du Qué­bec. Comme a dit le maire, mieux vaut pré­ve­nir que gué­rir. En­tiè­re­ment d’ac­cord.

Ce­la m’amène aux mil­liers de de­man­deurs d’asile haï­tiens, beau­coup de femmes et d’en­fants dé­mu­nis, ré­fu­giés dans des sites d’hé­ber­ge­ment pré­caires, de ce cô­té-ci de la fron­tière ca­na­dienne. Ce sont des êtres hu­mains déses­pé­rés, qui ont fui leur pays après le séisme, ou à la suite de per­sé­cu­tions. Ils fuient main­te­nant le pays de Do­nald Trump.

Ou­vrons-leur notre coeur, et notre pays. Ar­rê­tons d’avoir peur ! Con­si­dé­rant les cir­cons­tances ex­cep­tion­nelles, notre loi ca­na­dienne sur l’im­mi­gra­tion, ça s’amende. Des lois d’ex­cep­tion ont dé­jà été vo­tées. Ac­cueillons tous ces Haï­tiens, et in­té­grons-les. Au nom de la so­li­da­ri­té hu­maine !

JOUR­NÉE IN­TER­NA­TIO­NALE DE L’AL­PHA­BÉ­TI­SA­TION

Une fi­dèle lec­trice (elle se re­con­naî­tra) m’a de­man­dé de sou­li­gner la Jour­née in­ter­na­tio­nale de l’al­pha­bé­ti­sa­tion. C’est le 8 sep­tembre. Cette dame, comme beau­coup d’autres ci­toyens, com­prennent l’ur­gence d’agir dans ce do­maine. Pas juste avec la pa­role, mais avec de la vo­lon­té po­li­tique, et bien sûr un gros mon­tant d’ar­gent al­loué à des pro­grammes concrets, ac­ces­sibles fa­ci­le­ment à tous les groupes d’âge, dans toutes les ré­gions du Qué­bec. Trop peu d’or­ga­nismes com­mu­nau­taires s’in­té­ressent à ce­la.

Il y a 1 300 000 anal­pha­bètes dans notre pro­vince. Des cen­taines de mil­liers vivent en Ou­taouais. On est pour­tant en 2017, loin de la pé­riode de la grande noir­ceur du dé­but du siècle der­nier. Une per­sonne sur 6 ne sait tou­jours pas lire et écrire cor­rec­te­ment. Cette triste réa­li­té n’est pas écrite sur leur front ! Ces per­sonnes fonc­tionnent tant bien que mal dans la so­cié­té, en ca­chant quo­ti­dien­ne­ment leur han­di­cap, à leurs proches, à leurs en­fants, à leurs em­ployeurs. Beau­coup vivent dans la honte. In­jus­te­ment. Il y a un livre éclai­rant là-des­sus. Ce­lui de l’an­cien en­traî­neur­chef du Ca­na­dien, le Sé­na­teur Jacques Demers. »En toutes lettres», pu­blié chez Stan­ké.

Si l’être hu­main a le droit de mou­rir dans la di­gni­té, il mé­rite aus­si d’avoir la chance de vivre dans la di­gni­té. Sa­voir lire et écrire en est la fon­da­tion dans notre so­cié­té.

PAUL ROUX EN RÉ­SI­DENCE

Il y a quelques se­maines, la ville de Ga­ti­neau a nom­mé, comme écri­vain en ré­si­dence, l’au­teur-bé­déiste-illus­tra­teur Paul Roux (170 titres en car­rière, et fon­da­teur du Ren­dez-vous in­ter­na­tio­nal de la BD de Ga­ti­neau). Le maître de la bande des­si­née en Ou­taouais mé­rite am­ple­ment d’avoir été choi­si par les élus. Entre autres, parce qu’il s’est in­ves­ti à nous faire com­prendre que la BD n’est pas un art mi­neur.

Neu­vième au­teur à as­su­mer cette fonc­tion ho­no­ri­fique, Paul Roux suc­cède à l’his­to­rien Ray­mond Oui­met. Il entre en fonc­tion en oc­tobre. Son pre­mier pro­jet se­ra une créa­tion ro­ma­nesque en col­la­bo­ra­tion avec la bi­blio­thèque mu­ni­ci­pale. Ac­ces­sible et gé­né­reux, pré­sent dans les écoles et dans les Sa­lons du livre, il est de­ve­nu une ins­pi­ra­tion pour nos jeunes qui dé­vorent bandes des­si­nées et livres jeu­nesse.

Je connais et suis la car­rière de Paul de­puis ses dé­buts. Un ma­tin, à mon émis­sion, je lui avais lan­cé le dé­fi de des­si­ner mon vi­sage. Ce­la lui a pris cinq mi­nutes ! Il me tend la caricature. Je le re­mer­cie et re­garde l’oeuvre.

»Paul, est-ce vrai­ment moi ?, lui dis-je. Tu m’as fait un gros nez, un vi­sage rond, et un drôle de men­ton al­lon­gé.» Il me ré­pond en sou­riant. »Oui, c’est bien toi, Mi­chel. Tu es d’ailleurs chan­ceux. J’en ai même en­le­vé un peu !» Ce jour-là, j’ai com­pris qu’une bonne caricature, c’est pas mal proche de la réa­li­té !

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