Les ogres du sexe

La Petite-Nation - - CHRONIQUE D’HUMEUR -

Les té­moi­gnages de femmes ayant su­bi des agres­sions sexuelles dé­ferlent dans les me­dias so­ciaux. Elles se confient aux jour­na­listes, par­ti­cipent aux tri­bunes té­lé­pho­niques, font ap­pel aux CALACS, les Centres d’aide et de lutte contre les agres­sions sexuelles. Plu­sieurs d’entre elles ont eu le cou­rage de por­ter plainte à la po­lice. Après en­quête, des ac­cu­sa­tions se­ront por­tées contre les agres­seurs. Et c’est bien ain­si. To­lé­rance zé­ro doit être la norme.

Le déclencheur de cette vague de dé­non­cia­tions pu­bliques est Har­vey Wein­stein à Hol­ly­wood. Pen­dant 40 ans, le fondateur de Mi­ra­max, pro­duc­teur de films adu­lés par les cri­tiques et maintes fois os­ca­ri­sé, a ré­gné en maître ty­ran­nique sur les dé­buts de car­rière de jeunes ac­trices naïves. Ma­ni­pu­la­tions, me­naces, agres­sions. Le pro­duc­teur a pour­sui­vi son ma­nège avec des co­mé­diennes plus âgées, en quête du rôle im­por­tant qui les ra­mè­ne­raient au fir­ma­ment des ve­dettes. Wein­stein était puis­sant et ré­seau­té dans le show­bu­si­ness. C’était à ‘sa’ ma­nière, ou la liste noire.

Son pat­tern au­ra été tou­jours le même. L’in­vi­ta­tion. Un sou­per. Le Cham­pagne. Une chambre d’hô­tel. Le pei­gnoir. L’agres­sion. Wein­stein n’avait qu’un but in­sa­tiable: vivre son fan­tasme de pré­da­teur jus­qu’au bout. La barbe hir­sute, la bra­guette en­trou­verte, les yeux bouf­fis d’al­cool, il a har­ce­lé, agres­sé, vio­lé, une mul­ti­tude de femmes, pen­dant quatre dé­cen­nies. Il est dé­bou­lon­né de son socle. J’ad­mire les vic­times qui ont dé­non­cé un ogre du sexe. Il fal­lait cre­ver l’ab­cès.

Vous rap­pe­lez-vous de l’af­faire Do­mi­nique Strauss-kahn ? Et plus près de nous, de l’af­faire Guy Cloutier, Claude Ju­tra, et Mar­cel Au­but ?

Au­jourd’hui, ce sont Gil­bert Ro­zon et Éric Sal­vail qui tombent de leur pié­des­tal. Ils se pen­saient in­vul­né­rables, au-des­sus de la mê­lée. À cause de leur pou­voir, de leur ar­gent, de leur po­pu­la­ri­té, de leurs re­la­tions. Er­reur. C’était juste pour rire ? Pas sûr, Gil­bert, que tes vic­times pensent ain­si. Et les re­cettes pom­pettes ? Elles goûtent le vo­mi, Éric.

Je sais qu’il y a beau­coup d’autres hommes comme eux, aux com­por­te­ments so­ciaux et sexuels dé­viants. D’autres noms sor­ti­ront pu­bli­que­ment. Pas juste des ve­dettes des mé­dias, mais des di­ri­geants d’en­tre­prises, des po­li­ti­ciens, des ath­lètes.

# MOI AUS­SI # JA­MAIS FA­CILE # AGRES­SION NON DÉ­NON­CÉE

J’es­père que cette vague de dé­non­cia­tions pu­bliques est le dé­but d’un temps nou­veau. Il est temps de mettre fin aux abus au­tour de nous. Sou­vent au travail. Par­fois en voyage. Même à la mai­son.

» Je re­grette mes ac­tions. Je m’ex­cuse au­près des per­sonnes que j’au­rais pu bles­ser.» Ah oui ? Vrai­ment ? De plates ex­cuses ne suf­fisent plus. Quand le corps est bles­sé, l’âme l’est en­core plus.

Ma pen­sée va aux vic­times des har­ce­leurs, des agres­seurs, des vio­leurs. Après avoir eu peur, en­du­ré des sé­vices dé­gra­dants, fait des cau­che­mars, ces vic­times doivent conti­nuer à dé­non­cer ce qu’elles ont vé­cu et su­bi.

La dé­fi­ni­tion du mot har­cè­le­ment dans le dic­tion­naire est claire. Le har­cè­le­ment est une conduite abu­sive exer­cée de ma­nière in­si­dieuse et ré­pé­tée par une per­sonne sur une autre per­sonne, com­pre­nant des gestes hu­mi­liants et des me­naces, des as­sauts et des at­taques, des com­por­te­ments in­ap­pro­priés.

Pour les avo­cats et les juges, la dé­fi­ni­tion ju­ri­dique d’une agres­sion est pré­cise. L’agres­sion est un acte violent, des­ti­né à bles­ser une per­sonne. L’agres­sion peut être ver­bale, phy­sique, sexuelle. Si une per­sonne ini­tie des con­tacts sexuels, s’il n’y a pas consen­te­ment de l’autre per­sonne, des ac­cu­sa­tions cri­mi­nelles peuvent être por­tées. Il y a un monde entre un sou­rire spon­ta­né pour plaire, et un flirt agres­sif. Il y a un monde entre un échange ci­vi­li­sé et un com­por­te­ment sexuel dé­pla­cé. Il y a un monde entre le sens de l’hu­mour et des ‘jokes’ ré­pé­tées de mo­noncle.

LE DROIT DE CUISSAGE

Au Moyen-âge, sei­gneurs et che­va­liers avaient le ‘droit de cuissage’ ! Ils s’in­vi­taient (en pre­mier) dans le lit de la fu­ture ma­riée. Ce droit de cuissage a fait des pe­tits au fil des siècles. Les riches et puis­sants, les têtes cou­ron­nées, les sei­gneurs et grands bour­geois, pou­vaient à leur guise, et à ré­pé­ti­tion, tâ­ter, tri­po­ter, ca­res­ser, agres­ser, vio­ler, femmes et hommes de leur en­tou­rage.

Sou­ve­rains, em­pe­reurs, chefs d’état, hommes de pou­voir, ont fait ce qu’ils vou­laient, quand ils le vou­laient, avec leurs su­jets les plus vul­né­rables. Même l’église a fer­mé les yeux. Dif­fi­cile pour elle de faire la mo­rale, ce­pen­dant, quand on connaît au­jourd’hui le nombre de sé­vices sexuels en­du­rés par des mi­neurs aux mains des cu­rés !

Voi­ci un ex­trait d’un livre sur l’his­toire de France, écrit par l’his­to­rien Gon­zague Saint-bris. » En vrai sé­duc­teur, le roi Henri IV sur­nom­mé le Vert-ga­lant (!), tou­jours in­sa­tiable et ja­mais re­pu, ai­ma toutes les femmes de son royaume, qu’elles fussent ma­riées ou cé­li­ba­taires, belles ou laides, nobles ou pay­sannes, riches ou pauvres, élé­gantes ou souillonnes, ver­tueuses ou dé­bau­chées, consen­tantes ou non, pour que ses plai­sirs fussent va­riés, tou­jours re­nou­ve­lés et rem­plis d’im­pré­vus. »

En 2017, je croyais que ces moeurs d’une autre époque étaient ré­vo­lues. À la suite des der­nières révélations, il est clair que le moule est loin d’être cas­sé !

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.