Un ga­zouillis presque fa­tal pour une com­mande de C Se­ries

La Presse - - LA PRESSE AFFAIRES - MA­RIE TI­SON

C’est avec un mes­sage sur Twit­ter que le nou­veau mi­nistre fé­dé­ral des Trans­ports Marc Gar­neau a pra­ti­que­ment fer­mé la porte à une com­mande de 2 mil­liards US pour la C Se­ries.

Il a confir­mé que le gou­ver­ne­ment li­bé­ral s’op­po­sait à l’ex­ploi­ta­tion d’avions à ré­ac­tion à l’aé­ro­port BillyBi­shop, dans l’île de To­ron­to. La di­rec­tion de Por­ter Air­lines, qui es­pé­rait y faire at­ter­rir la C Se­ries, a re­fu­sé de com­men­ter la dé­cla­ra­tion du mi­nistre.

Bom­bar­dier s’est faite dis­crète hier : au mo­ment de mettre sous presse, elle n’avait tou­jours pas rap­pe­lé La Presse Af­faires. Comme la com­mande de Por­ter était condi­tion­nelle, elle ne fai­sait pas par­tie du car­net de com­mandes fermes de l’avion­neur.

Tou­te­fois, le mar­ché a for­te­ment ré­agi. Le titre de Bom­bar­dier a glis­sé de 7,3% pour s’éta­blir à 1,28 $ en mi­lieu d’après-mi­di, hier, à la Bourse de To­ron­to.

Ori­gine du pro­jet

C’est en avril 2013 que le pré­sident et chef de la di­rec­tion de Por­ter, Ro­bert De­luce, a an­non­cé la si­gna­ture d’une en­tente d’achat condi­tion­nelle por­tant sur 30 ap­pa­reils CS100, soit 12 com­mandes fermes et 18 op­tions. Au prix cou­rant, la va­leur de la com­mande at­tein­drait 2 mil­liards US avec l’exer­cice des op­tions.

Le trans­por­teur vou­lait ex­ploi­ter la C Se­ries pour ef­fec­tuer des liai­sons entre l’aé­ro­port Billy-Bi­shop et des lieux qu’il ne pou­vait des­ser­vir avec les tur­bo­pro­pul­seurs Q400, comme Van­cou­ver, Los An­geles et la Flo­ride.

Or, à l’heure ac­tuelle, un ac­cord tri­par­tite conclu entre la Ville de To­ron­to, Trans­ports Ca­na­da et l’Ad­mi­nis­tra­tion por­tuaire de To­ron­to in­ter­dit l’ex­ploi­ta­tion d’avions à ré­ac­tion à Billy-Bi­shop.

Un mou­ve­ment d’op­po­si­tion à la ve­nue de la C Se­ries s’est créé. L’or­ga­ni­sa­tion NoJetsTO a d’abord dé­non­cé le bruit des avions à ré­ac­tion, mais Ro­bert De­luce a fait va­loir que la C Se­ries était aus­si si­len­cieuse que le Q400.

NoJetsTO a en­suite dé­non­cé le fait qu’il fau­dra al­lon­ger la piste de 200 mètres à chaque ex­tré­mi­té pour ac­com­mo­der la C Se­ries, em­pié­tant sur une zone ma­rine uti­li­sée par les plai­san­ciers.

La cam­pagne NoJetsTO a ga­gné à sa cause un grand nombre de po­li­ti­ciens mu­ni­ci­paux et les can­di­dats li­bé­raux de la ré­gion de To­ron­to aux élec­tions fé­dé­rales du 19 oc­tobre der­nier.

En mi­lieu de soi­rée jeu­di soir, le mi­nistre Gar­neau a en­voyé un mes­sage sur Twit­ter pour dire qu’il se pen­chait sur di­vers dos­siers, dont ce­lui de l’aé­ro­port Billy-Bi­shop.

«Je confirme que la po­si­tion du gou­ver­ne­ment est celle prise par le par­ti: nous n’ou­vri­rons pas l’ac­cord tri­par­tite concer­nant l’aé­ro­port », a-t-il dé­cla­ré dans le mes­sage sui­vant.

Ce com­men­taire a ré­joui NoJetsTO.

«Le gou­ver­ne­ment fé­dé­ral s’est fait élire sur la pro­messe de stop­per l’ex­ploi­ta­tion d’avions à ré­ac­tion près des rives et nous sommes heu­reux de voir qu’il res­pecte ses pro­messes, a dé­cla­ré le pré­sident de l’or­ga­ni­sa­tion, Nor­man di Pas­quale, dans un com­mu­ni­qué. Il s’agit d’un mo­ment pi­vot pour nos rives qui ré­sulte de deux an­nées et de­mie d’ac­tion ci­toyenne. »

Se­lon l’ana­lyste Ch­ris Mur­ray, d’Al­taCorp Ca­pi­tal, Por­ter pour­rait en­core ex­ploi­ter la C Se­ries à par­tir de l’aé­ro­port Pear­son de To­ron­to et d’autres aé­ro­ports. Tou­te­fois, son plan d’af­faires re­po­sait ré­so­lu­ment sur l’ex­ploi­ta­tion de la C Se­ries à Billy-Bi­shop.

Aide fé­dé­rale ?

Il y a deux se­maines, le gou­ver­ne­ment qué­bé­cois a ac­cep­té d’in­ves­tir 1 mil­liard US dans une so­cié­té en com­man­dite vi­sant à ter­mi­ner le dé­ve­lop­pe­ment de la C Se­ries et à la mettre en mar­ché.

Bom­bar­dier a en­tre­pris des dis­cus­sions avec le fé­dé­ral pour ob­te­nir une aide ad­di­tion­nelle.

Le pre­mier mi­nistre Jus­tin Trudeau n’a pas re­je­té l’idée d’une aide fi­nan­cière à Bom­bar­dier, mais il a af­fir­mé que l’avion­neur de­vait pré­sen­ter une so­lide pro­po­si­tion d’af­faires.

Par ailleurs, le Bel­fast Te­le­graph a rap­por­té hier que Bom­bar­dier avait de­man­dé à son per­son­nel ir­lan­dais d’ac­cep­ter un gel de sa­laire en rai­son d’une «sé­rieuse crise fi­nan­cière ».

Se­lon un do­cu­ment ob­te­nu par le Bel­fast Te­le­graph, Bom­bar­dier vou­drait di­mi­nuer de 20% ses coûts à son usine de Bel­fast au cours des deux pro­chaines an­nées.

PHO­TO NORM BETTS, AR­CHIVES BLOOM­BERG

Le gou­ver­ne­ment li­bé­ral s’op­pose à l’ex­ploi­ta­tion d’avions à ré­ac­tion à l’aé­ro­port Billy-Bi­shop, dans l’île de To­ron­to. La di­rec­tion de Por­ter Air­lines es­pé­rait y faire at­ter­rir la C Se­ries.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.