Du re­lais de la flamme olym­pique à la ges­tion de por­te­feuille

La Presse - - LA PRESSE AFFAIRES - RI­CHARD DU­FOUR

À la veille du 40e an­ni­ver­saire des Jeux olym­piques de Mon­tréal, La Presse pré­sente un en­tre­tien avec un ges­tion­naire de por­te­feuille. Mais pas n’im­porte le­quel: ce­lui qui a por­té la flamme lors des cé­ré­mo­nies d’ou­ver­ture en 1976.

Sté­phane Préfontaine était à l’époque un jeune ath­lète de 15 ans consi­dé­ré comme un es­poir en athlétisme, mais une bles­sure à l’aine a mis fin à son rêve olym­pique. Il est de­ve­nu ges­tion­naire de por­te­feuille au tour­nant des an­nées 2000. On parle de sports et mar­chés avec le pa­tron de la firme Préfontaine Ca­pi­tal.

Q Quel est votre meilleur sou­ve­nir des Jeux ? R

Les or­ga­ni­sa­teurs cher­chaient un gar­çon et une fille qui re­pré­sen­taient la jeu­nesse ca­na­dienne fran­co­phone et an­glo­phone et l’es­poir olym­pique pour le der­nier re­lais de la flamme dans le Stade. J’ai été sé­lec­tion­né avec San­dra Hen­der­son, une gym­naste. Notre iden­ti­té de­vait de­meu­rer se­crète. La veille, ils nous ont ame­nés pas­ser la nuit dans une chambre d’hô­tel à la Place Du­puis et à 4 h du ma­tin, nous sommes al­lés faire une ré­pé­ti­tion au Stade avant de re­ve­nir à l’hô­tel.

De re­tour au Stade vers mi­di, nous sommes res­tés ca­chés dans une salle sous les gra­dins pen­dant quatre heures. Le trans­fert de la flamme s’est fi­na­le­ment fait juste avant 17 h. On a fait notre tour de piste et on a frap­pé un nuage de mous­tiques juste avant de mon­ter les marches. On au­rait pu avoir un mous­tique pris dans l’oeil au mo­ment de mon­ter les marches. Nous avons al­lu­mé la vasque.

Q Que pen­sez-vous de l’olympisme au­jourd’hui ?

R Je vois tou­jours ça de fa­çon très po­si­tive dans le sens où je pense aux ath­lètes. Je sais qu’il y a beau­coup de politique et de concur­rence et que ça mène à des abus. C’est dif­fi­cile de conci­lier le dé­sir de per­for­mance avec l’idéal olym­pique parce que nous sommes des êtres hu­mains. Il reste que l’olympisme de­meure un fo­rum ex­tra­or­di­naire parce que ça réunit la jeu­nesse du monde dans un contexte spor­tif et fes­tif. Si nous n’avons pas trou­vé la bonne for­mule, ça ne veut pas dire pour au­tant qu’on de­vrait tout ar­rê­ter.

Q Quelle place oc­cupe le sport dans votre vie ?

R Plus jeune, cou­rir était un pur bon­heur. Tel­le­ment que je me fai­sais un plai­sir de lais­ser l’au­to­bus par­tir avant moi pour le rat­tra­per à l’ar­rêt sui­vant. Je fai­sais sur­tout du 400 m et du 200 m, mais j’avais da­van­tage le ga­ba­rit pour per­for­mer au 800 m et au 1500 m. Au­jourd’hui, je m’en­traîne pour me gar­der en forme. Quand tu es jeune, tu veux per­for­mer. Plus vieux, tu le fais pour res­ter équi­li­bré. Je fais du ski de fond, de la marche en mon­tagne, du jog­ging, de l’en­traî­ne­ment en salle et du golf.

Q Quelle est votre éva­lua­tion des mar­chés ?

R Ça fait près de deux ans que j’es­time le mar­ché bour­sier sur­éva­lué. Si les taux d’in­té­rêt res­tent bas au cours des 10 pro­chaines an­nées, les va­lo­ri­sa­tions ac­tuelles sont plus jus­ti­fiables. Si les taux se mettent à mon­ter, les va­lo­ri­sa­tions ac­tuelles sont ex­ces­sives.

Le mar­ché obli­ga­taire an­ti­cipe peu d’inflation pour les 10 pro­chaines an­nées, ce qui laisse croire à mon avis qu’il y au­ra peu de crois­sance. Si le mar­ché obli­ga­taire a rai­son, c’est que le mar­ché bour­sier a tort. La pru­dence est de mise, car les risques sont pré­sents (dé­va­lua­tion ac­cé­lé­rée pos­sible de la mon­naie chi­noise, élec­tion po­ten­tielle de Do­nald Trump à la pré­si­dence amé­ri­caine, vote consti­tu­tion­nel en Ita­lie à l’au­tomne, etc.). Lorsque les mul­tiples d’éva­lua­tion sont très éle­vés, la moindre crise peut cau­ser une bonne cor­rec­tion.

Q Où sont les oc­ca­sions ?

R De­puis mars, j’ai abais­sé d’en­vi­ron 12 % ma pon­dé­ra­tion en ac­tions. Il y a beau­coup d’oc­ca­sions de vente. Le der­nier achat si­gni­fi­ca­tif que j’ai fait est Union Pa­ci­fic, en dé­but d’an­née. Un trans­por­teur ferroviaire bien gé­ré, c’est ex­tra­or­di­naire comme pla­ce­ment, mais c’est sou­vent très cher. J’ai eu mon prix en jan­vier. J’ai fait l’er­reur de vendre le CN il y a quelques an­nées et là je me rat­trape avec Union Pa­ci­fic.

Q Et au Qué­bec ? R

Je suis avec in­té­rêt plu­sieurs pe­tites en­tre­prises qué­bé­coises, sans né­ces­sai­re­ment les ache­ter. Je re­garde GDI, un spé­cia­liste de l’en­tre­tien des im­meubles. GDI a un bon mo­dèle d’af­faires et le titre a beau­coup re­cu­lé de­puis son re­tour en Bourse l’an pas­sé. J’étu­die aus­si 5N+, une en­tre­prise spé­cia­li­sée dans les mé­taux spé­ciaux. La nou­velle di­rec­tion re­voit le mo­dèle d’af­faires afin de di­mi­nuer la dé­pen­dance aux prix des mé­taux.

J’ob­serve éga­le­ment la phar­ma­ceu­tique mon­tréa­laise Thé­ra­peu­tique Knight. In­ves­tir dans Knight est uni­que­ment un pa­ri sur le PDG Jo­na­than Good­man. Cet homme est un petit gé­nie. Il est très créa­tif et a du pif pour sen­tir les op­por­tu­ni­tés et al­louer son ca­pi­tal de fa­çon in­tel­li­gente. Il s’agit d’ache­ter le titre au bon prix. Il a re­cu­lé à 6$ en fé­vrier. C’était un bon mo­ment pour l’ache­ter.

PHOTO MAR­TIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

« Quand tu es jeune, tu veux per­for­mer. Plus vieux, tu le fais pour res­ter équi­li­bré », dit Sté­phane Préfontaine, por­teur de la flamme olym­pique à 15 ans lors des cé­ré­mo­nies d’ou­ver­tures de Jeux olym­piques de Mon­tréal.

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