LES SI­MONE ET TROP DANS L’OEIL DE TROIS « Y »

Cet au­tomne, deux sé­ries suivent les pé­ri­pé­ties de « mil­lé­niales » à ICI Ra­dio-Ca­na­da Té­lé. Les Si­mone et Trop re­pré­sentent-elles bien les pré­oc­cu­pa­tions des « jeunes d’au­jourd’hui » ? Nous avons de­man­dé à trois femmes de la gé­né­ra­tion Y tra­vaillant à La

La Presse - - ARTS TÉLÉVISION -

MA­RIE BER­NIER — Bri­sons la glace. L’an­née der­nière, Les Si­mone n’avait été un coup de coeur pour au­cune d’entre nous.

JEN­NI­FER ST-GEORGES— Non, mal­heu­reu­se­ment. Je n’y re­con­nais­sais pas les filles de notre gé­né­ra­tion. Tout ce­la me pa­rais­sait lourd et peu cré­dible...

VÉ­RO­NIQUE LAROCQUE — Dans les pre­miers épi­sodes, c’était comme si les au­teurs avaient vou­lu in­clure tout ce qui peut ca­rac­té­ri­ser, de ma­nière très gé­né­rale, les jeunes de 30 ans — l’at­trait pour la mé­tro­pole, l’ab­sence de dé­sir de fon­der une fa­mille ra­pi­de­ment, les re­la­tions in­times sans at­taches, etc. Mais au­tant d’élé­ments en si peu de temps, ça en de­ve­nait presque ca­ri­ca­tu­ral, avec un cô­té «la jeu­nesse ex­pli­quée aux ba­by-boo­mers».

JEN­NI­FER — Ça man­quait de lé­gè­re­té et de nuance.

VÉ­RO­NIQUE — Et il y avait tel­le­ment de drames! En es­pé­rant que votre vie n’est pas aus­si dra­ma­tique, les filles!

MA­RIE — Mais sans drame, il n’y au­rait pas beau­coup de sé­ries...

JEN­NI­FER — Il y avait une vo­lon­té de montrer l’im­por­tance qu’on ac­corde à main­te­nir cette illu­sion de vie par­faite, ce qui est quand même re­pré­sen­ta­tif... Mais il y avait trop peu de sou­tien et de trans­pa­rence dans le trio de filles.

MA­RIE — Cet as­pect du scé­na­rio pou­vait être frus­trant, mais ça a le mé­rite de pré­sen­ter des re­la­tions d’ami­tié im­par­faites. Ce n’est pas vrai qu’on est tou­jours 100% hon­nête, même avec celle à qui on a

offert un col­lier best friend en deuxième an­née du pri­maire (ré­fé­rence très mil­lé­niale) !

JEN­NI­FER — Ha! Ha! C’est

vrai !

MA­RIE — Reste qu’il y a beau­coup de ta­lent dans cette sé­rie, et la se­conde sai­son per­met de l’ap­pré­cier en­core mieux. On y a ajou­té la lé­gè­re­té qui vous man­quait !

JEN­NI­FER — Oui, c’est une sur­prise! Les pre­miers épi­sodes se dé­vorent d’un coup, c’est vrai­ment drôle, les dia­logues sont plus mor­dants et moins pla­qués, tout est plus sub­til !

VÉ­RO­NIQUE — Ab­so­lu­ment. Pe­tit bé­mol, tou­te­fois, sur cer­tains per­son­nages se­con­daires qui semblent avoir une seule fa­cette (le chum par­fait, les pa­rents ab­sents, voire méchants, l’ex in­ca­pable de pas­ser à autre chose). C’est un point aga­çant qui semble ne pas avoir été cor­ri­gé dans la se­conde sai­son. Mais cette an­née, c’est cer­tai­ne­ment une sé­rie à suivre.

MA­RIE — Dans les nou­veaux épi­sodes, on ne re­trouve plus les ré­fé­rences à Si­mone de Beau­voir, qui étaient plu­tôt dé­co­ra­tives, il faut le dire. Mal­gré tout, la sé­rie peut pa­raître en­core plus fé­mi­niste à tra­vers la quête des per­son­nages. On parle de soif de sa­voir, d’am­bi­tion, de dé­sir...

VÉ­RO­NIQUE — Une très bonne idée d’avoir en­le­vé ces ci­ta­tions. On n’est pas fé­mi­niste parce qu’on cite Si­mone de Beau­voir. C’est dans les ac­tions que ça se ma­ni­feste.

MA­RIE —

MA­RIE — Et comme nous sommes une gé­né­ra­tion ab­so­lu­ment fas­ci­nante (cli­ché de mil­lé­niaux nar­cis­siques ici), il y a aus­si la sé­rie Trop qui s’at­tarde à des filles de notre âge.

JEN­NI­FER — Ça fait vrai­ment du bien de voir plu­sieurs sé­ries qui pré­sentent des per­son­nages plus jeunes; ça man­quait à la té­lé gé­né­ra­liste. Dans le cas de

Trop, le ton est beau­coup moins tra­gique, même si les su­jets abor­dés ne sont pas fa­ciles — frus­tra­tions pro­fes­sion­nelles, re­la­tion amou­reuse dif­fi­cile, ma­la­die men­tale. Avec des per­son­nages vrai­ment at­ta­chants, on a en­vie d’y re­ve­nir ou de tout re­gar­der d’un coup! Les per­son­nages mas­cu­lins aus­si sont su­per in­té­res­sants et pré­sents.

MA­RIE — Ab­so­lu­ment. Des per­son­nages mas­cu­lins qui ne sont pas uni­di­men­sion­nels, ame­ne­zen! C’est le piège dans le­quel tombent par­fois les oeuvres des­ti­nées prin­ci­pa­le­ment à un pu­blic fé­mi­nin. Quoique Trop et Les Si­mone aient vrai­ment le po­ten­tiel d’at­ti­rer un plus large pu­blic.

JEN­NI­FER — Oui, on a là des hommes avec leurs failles et leurs doutes, au-de­là des sté­réo­types de la mas­cu­li­ni­té.

MA­RIE — Quel­qu’un, s’il vous plaît, faites un spin-off avec Em­ma­nuel Sch­wartz dans son per­son­nage d’ar­tiste pré­ten­tieux !

JEN­NI­FER —

VÉ­RO­NIQUE — C’est rare qu’on parle aus­si ou­ver­te­ment de la ma­la­die men­tale dans une sé­rie. Trou­vez-vous que le su­jet est trai­té de ma­nière trop lé­gère dans Trop ?

MA­RIE — On reste dans un for­mat de co­mé­die, mais le su­jet est abor­dé avec res­pect. Il ne s’agit pas que de suivre les up and down d’une hé­roïne un peu fo­follle. On aborde plu­sieurs as­pects co­rol­laires à la ma­la­die men­tale — la peur du re­gard des autres, le poids de la ma­la­die pour les proches, l’im­pact de la mé­di­ca­tion...

JEN­NI­FER — Une sé­rie comme celle-là peut ai­der à faire tom­ber quelques ta­bous sur la ma­la­die men­tale et amor­cer des conver­sa­tions. Mais re­ve­nons sur la ques­tion de la cré­di­bi­li­té. Trou­vez-vous que ces deux sé­ries nous re­pré­sentent bien ?

MA­RIE — Dans les deux cas, on a af­faire à des filles qui ont de l’am­bi­tion et qui ne s’en ex­cusent pas, un trait da­van­tage ca­rac­té­ris­tique de notre gé­né­ra­tion. Il y a aus­si la ma­ter­ni­té qui est trai­tée de fa­çon in­té­res­sante dans les deux sé­ries, sans être un élé­ment central. Di­sons que ç’au­rait fa­ci­le­ment pu être le cas avec des per­son­nages fé­mi­nins au tour­nant de la tren­taine... Alors ça fait du bien de voir que tout ne tourne pas au­tour du ventre des filles !

JEN­NI­FER — Oui, il y a une re­pré­sen­ta­tion va­riée de choix

face à la ma­ter­ni­té et pas de ju­ge­ment sur ces dé­ci­sions.

VÉ­RO­NIQUE — Des ma­mans de 30 ans, est-ce qu’il y en a tant que ça dans nos sé­ries? Sans rien vou­loir di­vul­gâ­cher, on risque de suivre la nais­sance d’un en­fant dans la deuxième sai­son de Trop. Bien hâte de voir l’im­pact que ça au­ra sur les per­son­nages! Mais bon, c’est sû­re­ment mon coeur de ma­man qui parle...

MA­RIE — Tant mieux si, dans Trop et Les Si­mone, les hé­roïnes avancent et re­culent, et n’ac­ceptent plus qu’un seul mo­dèle de re­la­tion. En­fin, le but n’est pas : «Ils vé­curent heu­reux et eurent beau­coup d’en­fants » !

VÉ­RO­NIQUE — Bon point, mais pourquoi ne pas aus­si pré­sen­ter au moins un couple qui s’aime, tout sim­ple­ment ? Jus­qu’à main­te­nant, il n’y en a pas dans Les Si­mone. Les couples stables sont au­to­ma­ti­que­ment plates ou quoi ?

MA­RIE — Non, mais... «Les gens heu­reux n’ont pas d’his­toire» ! Ce n’est pas avec ça qu’on fait de la bonne ti­vi !

VÉ­RO­NIQUE — On leur sou­haite quand même plus de bon­heur dans la deuxième sai­son, à ces trois Si­mone. Mais ce bon­heur n’est pas obli­gé de pas­ser par l’amour, bien en­ten­du !

MA­RIE — Bien dit. Et en es­pé­rant voir un peu plus de di­ver­si­té dans nos té­lés ! Une va­leur chère aux mil­lé­niaux que nous sommes, après tout !

PHO­TO FOURNIE PAR ICI RA­DIO-CA­NA­DA TÉ­LÉ

Anne-Éli­sa­beth Bos­sé dans Les Si­mone

PHO­TO FOURNIE PAR ICI RA­DIO-CA­NA­DA TÉ­LÉ

Vir­gi­nie Fortin dans Trop

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