BONS SECONDS

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La Presse - - ARTS 32ES PRIX GÉMEAUX -

Fa­bien Clou­tier, Sé­bas­tien Hu­ber­deau, Bian­ca Gervais et Ma­rie-Hé­lène Thi­bault brillent à la té­lé dans des rôles se­con­daires qui leur valent des sé­lec­tions aux Gémeaux cette an­née. S’ils gagnent un prix di­manche, les té­lé­spec­ta­teurs ne les ver­ront pas triom­pher au pe­tit écran, leur ca­té­go­rie étant re­lé­guée à l’avant-gala, en après-mi­di. La Presse a ren­con­tré ces quatre in­ter­prètes pour com­prendre leur plai­sir d’être « bons deuxièmes ».

Qu’est-ce qu’un rôle de sou­tien ? Ma­rie-Hé­lène Thi­bault : Le rôle de sou­tien est un écrin qui sert à mettre en va­leur le pre­mier rôle. [Tout le monde rit.]

Fa­bien Clou­tier: Sé­rieu­se­ment, c’est sou­vent les per­son­nages par qui les pro­blèmes ar­rivent ou c’est l’équi­pier important. Ils sont sou­vent pas mal le fun ! Tu es l’en­ne­mi ou le meilleur ami. Et si tu es le frère, le scé­na­riste va avoir à trou­ver une couche qui sort de la nor­ma­li­té.

Bian­ca Gervais: Ils sont sou­vent plus co­lo­rés, beau­coup moins li­néaires [que les pre­miers rôles]. C’est très jouis­sif de jouer un rôle de sou­tien. Tu as comme un pe­tit « na­nane », des « air lousses », une per­mis­sion ou un dé de plus au jeu.

Sé­bas­tien Hu­ber­deau : Il va aus­si y avoir, en conden­sé, beau­coup, beau­coup de choses à jouer. Par exemple, tu re­gardes Ke­vin Spa­cey dans Se­ven : c’est dé­bile ce qu’il fait. Pour­tant, il n’est là qu’une scène et de­mie. C’est un rôle de sou­tien, mais il marque les es­prits. C’est vrai que ces per­son­nages peuvent au­tant mar­quer les es­prits que le rôle prin­ci­pal. Tu me di­sais, Fa­bien, que dans Les beaux ma­laises, tu n’as fait que cinq épi­sodes en trois sai­sons. Comme spec­ta­teur, on di­rait que tu en as fait beau­coup plus. Sé­bas­tien Hu­ber­deau : Oui, c’est sûr que nous pou­vons au­tant mar­quer. Re­garde sur Rup­tures : Bian­ca et moi avions des scènes vrai­ment hea­vy, dont des scènes de viol. À la té­lé­vi­sion qué­bé­coise, à 20 h 30, ce n’est pas fré­quent.

Bian­ca Gervais: Je n’ai ja­mais eu au­tant de com­men­taires du pu­blic et de l’in­dus­trie. J’ai re­çu des tonnes de lettres de jeunes filles qui ont été agres­sées. C’était une charge lourde à por­ter. Alors que Sé­bas­tien a sû­re­ment été un «man­geux de marde» pour bien des gens. Sé­bas­tien Hu­ber­deau: Oh oui! Il y a même une en­sei­gnante qui m’a envoyé une lettre de bê­tises. Elle ne fai­sait pas la dif­fé­rence entre la fic­tion et la réa­li­té. C’est trou­blant, ça ! Mais moi, je ne dis­cute pas avec ces gens-là, parce qu’il n’y a pas d’ar­gu­ments ra­tion­nels qui peuvent ve­nir à bout de ça. Peut-on être aus­si fier d’une car­rière sans avoir eu de pre­mier rôle ? Ma­rie-Hé­lène Thi­bault : J’ai l’im­pres­sion que je m’en­ligne pour ne faire que des seconds rôles, mais, des fois, le se­cond rôle est important, comme So­phie à cô­té de Ca­the­rine Ca­the­rine]. Je ne rêve

pas d’un pre­mier rôle. Par contre, lorsque les équipes sont vrai­ment agréables, je rêve d’avoir beau­coup de jours de tour­nage pour vivre l’es­prit de fa­mille au maxi­mum. Dans ces mo­ments-là, quand je vois une co­mé­dienne qui a plus de jours que moi, je la trouve chan­ceuse. Mais pas pour mettre « rôle prin­ci­pal » dans mon cur­ri­cu­lum vi­tae.

Bian­ca Gervais: D’après moi, la grande fier­té dans ce mé­tier est de per­du­rer. Ce n’est pas d’avoir sa face sur l’af­fiche, mais d’avoir une car­rière rem­plie sur le long terme et sans grande pé­riode d’ac­cal­mie. Avec des dé­fis qui sur­prennent et dé­sta­bi­lisent. Le rôle de sou­tien per­met sou­vent ça, de trou­ver de nou­velles cou­leurs et de se dé­pas­ser.

Fa­bien Clou­tier : Le fan­tasme du pre­mier rôle, je n’ai pas ça. Je lis le pro­jet et, si ça m’in­té­resse, j’ai en­vie de por­ter ça. De la même fa­çon que lorsque j’ai fait des spec­tacles so­los, ce n’était pas dans le but d’être seul sur scène. Je ne me di­sais pas : «En­fin, j’ai toute la place! En­fin, ce se­ra écrit nu­mé­ro 1 à cô­té de mon nom!» Tu as quelque chose à dire et tu y vas. Peu im­porte le pro­jet ou la gros­seur du rôle. Pour Rup­tures, vous ne sa­viez pas au dé­part que vos rôles al­laient prendre au­tant d’am­pleur et que vous se­riez en­core là dans la deuxième sai­son. Sé­bas­tien Hu­ber­deau : C’est vrai que nous ne sa­vions pas au dé­part que nous al­lions re­ve­nir. L’in­trigue de la pre­mière sai­son pou­vait très bien se bou­cler comme ça, même si c’était une in­trigue ou­verte. C’était une belle sur­prise.

Fa­bien Clou­tier: C’est énorme ce que je vais dire, mais j’ai l’im­pres­sion qu’à l’oc­ca­sion, on peut dé­pas­ser l’au­teur. Parce qu’on donne une cou­leur à notre per­son­nage que l’au­teur n’avait pas vue et c’est en nous voyant qu’il peut avoir une idée pour la deuxième et troi­sième sai­son. En­suite, tu de­viens une nour­ri­ture, une ins­pi­ra­tion pour l’équipe de créa­tion. Ils écrivent en fonc­tion de ce que tu as don­né. Ma­rie-Hé­lène Thi­bault: Bien hum­ble­ment, je pense que c’est ce qui m’est arrivé sur Toi et moi et Le

gent­le­man. Ils ont vu quelque chose qui a fait que mes per­son­nages ont eu plus de chair au­tour de l’os au cours des an­nées. La pre­mière an­née de Toi et moi, j’avais trois jours de tour­nage, dont un où je re­gar­dais ma soeur se ma­rier. Ouf, c’est mince ! [Tout le monde s’es­claffe.] Et fi­na­le­ment, les au­teurs lui ont créé sa propre vie, ils ont eu en­vie de dé­ve­lop­per le rôle.

Fa­bien Clou­tier: C’est pour ça que je pense que même si un ac­teur vient tour­ner juste une jour­née sur un pro­jet, ce n’est ja­mais fer­mé. Il y en a qui ar­rivent sur le pla­teau et ça connecte avec l’équipe. En­suite, les au­teurs se disent : at­tends, on va lui ajou­ter des scènes. Bian­ca Gervais: Bon, on conti­nue la dis­cus­sion, di­manche, au­tour d’un verre de bulles ?

VÉ­RO­NIQUE LAUZON

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