Comme un supplément d’âme

La pre­mière pro­duc­tion is­sue de la so­cié­té qu’a fon­dée Jake Gyl­len­haal il y a deux ans re­late l’his­toire de Jeff Bau­man, un jeune homme dont la vie fut chan­gée à ja­mais après l’at­ten­tat du ma­ra­thon de Bos­ton en 2013.

La Presse - - ARTS CINÉMA - MARC-AN­DRÉ LUSSIER Stron­ger pren­dra l’af­fiche le 22 sep­tembre en ver­sion ori­gi­nale an­glaise.

Le 15 avril 2013, Jeff Bau­man ne cou­rait même pas. En vérité, il s’est poin­té près de la ligne d’ar­ri­vée du ma­ra­thon de Bos­ton, rue Boyl­ston, pour sou­te­nir son amou­reuse, qu’il ten­tait alors de re­con­qué­rir. Deux ex­plo­sions se sont pro­duites, à 13 se­condes d’in­ter­valle, fai­sant 3 morts et près de 300 bles­sés. Jeff n’a pas per­du la vie, mais il s’est ré­veillé sur un lit d’hô­pi­tal, les deux jambes am­pu­tées.

«J’ai été évi­dem­ment très ému quand j’ai pu lire une pre­mière ver­sion du scé­na­rio, a ex­pli­qué Jake Gyl­len­haal au cours d’une ren­contre de presse te­nue la se­maine der­nière dans le cadre du fes­ti­val de To­ron­to. Mais je ne m’at­ten­dais pas à rire au­tant non plus! J’ai­mais le fait que, mal­gré la tra­gé­die qui l’a af­fli­gé, l’es­prit de Jeff n’a pas été at­teint, même s’il y a eu des mo­ments très dif­fi­ciles. »

Au mo­ment où le script est tom­bé dans les mains de l’ac­teur, qui a fon­dé une so­cié­té de pro­duc­tion, Nine Sto­ries, il y a deux ans à peine, au­cun réa­li­sa­teur n’était en­core choi­si. À vrai dire, Jake Gyl­len­haal a eu du mal à mon­ter le film sur le plan fi­nan­cier. D’où le supplément d’âme qu’il a in­suf­flé au pro­jet.

« Le su­jet fai­sait peur, je crois, com­mente-t-il. On m’a aus­si sou­vent dit qu’il était en­core trop tôt pour abor­der cet évé­ne­ment, même si Stron­ger n’est pas un film qui l’aborde di­rec­te­ment. Pro­duire ce long mé­trage m’a don­né l’oc­ca­sion de suivre toutes les étapes de sa fa­bri­ca­tion. Ce­la n’a fait que confir­mer le res­pect que j’ai pour les vé­té­rans de ce mé­tier, par­ti­cu­liè­re­ment ceux qui ont tra­vaillé avec moi sur ce film. Pro­duire, c’est choi­sir des gens et se battre pour eux, se battre aus­si même quand per­sonne n’écoute, et croire en quelque chose quand tout le monde s’en fout. Je suis très fier de ce que nous avons ac­com­pli ! »

Le sou­ci de l’au­then­ti­ci­té

Écrit par l’ac­teur John Pol­lo­no à par­tir du ré­cit au­to­bio­gra­phique qu’a écrit Jeff Bau­man avec Bret Wit­ter, Stron­ger est réa­li­sé par Da­vid Gor­don Green (Man­gle­horn, Our Brand is Cri­sis) et met en ve­dette, outre Jake Gyl­len­haal dans le rôle prin­ci­pal, Ta­tia­na Mas­la­ny dans le rôle de l’amou­reuse, et Mi­ran­da Ri­chard­son dans ce­lui de la mère. Jeff Bau­man, aus­si pré­sent à cette ren­contre de presse, fut évi­dem­ment consul­té, mais il a lais­sé les « pros » faire leur tra­vail.

«Il y a des choses moins flat­teuses pour moi, re­con­naît-il. Mais tu ne peux pas les en­le­ver parce qu’elles font aus­si par­tie de ma réa­li­té. J’ai fait par­tie de l’équipe, mais je ne connais stric­te­ment rien au ci­né­ma. Jake m’a sou­vent té­lé­pho­né pour me po­ser des ques­tions. Il m’a aus­si beau­coup ob­ser­vé dans mes gestes quo­ti­diens. Quand j’ai vu le film, j’ai consta­té qu’il avait sai­si les moindres dé­tails, par­ti­cu­liè­re­ment quand je fais un faux mou­ve­ment qui me fait souf­frir. »

Jeff Bau­man ne cache pas avoir trou­vé éprou­vant le tout pre­mier vi­sion­ne­ment de Stron­ger, qui a eu lieu en pri­vé, avec des membres de sa fa­mille, sans Jake.

« Bien sûr, j’ai beau­coup pleu­ré. Tel­le­ment que j’ai tout de suite vou­lu ren­trer chez moi, me cou­cher et dor­mir. Le len­de­main, j’ai com­men­cé à di­gé­rer un peu ce que j’avais vu la veille et j’ai pu ap­pré­cier à quel point Jake avait su rendre tout ça de fa­çon cré­dible. Mais il s’agit là d’une ex­pé­rience aus­si émo­tive que sur­réa­liste. »

Une ex­pé­rience mé­mo­rable

De son cô­té, Jake Gyl­len­haal ap­pré­hen­dait beau­coup la ré­ac­tion de ce­lui qu’il in­carne à l’écran. Les deux hommes ont fi­na­le­ment vu le film en­semble la se­maine der­nière, à la fa­veur de la soi­rée de pre­mière or­ga­ni­sée dans le cadre du TIFF.

«J’ai dé­jà vu ce film mille fois, sous mille formes dif­fé­rentes, fait re­mar­quer l’ac­teur et pro­duc­teur. Chaque fois, je suis un peu dans l’état d’es­prit de la per­sonne avec qui je le vois, se­lon la fonc­tion que cette der­nière oc­cupe. Ce­la dit, je peux vous dire que ma prin­ci­pale in­quié­tude de­puis deux ans était de re­gar­der le film avec Jeff à mes cô­tés. Ce mo­ment a oc­cu­pé mon es­prit chaque jour pen­dant la fa­bri­ca­tion, parce que je sais per­ti­nem­ment que peu im­porte ce que je fais, moi, à l’écran, rien ne pour­ra ja­mais ap­pro­cher ce que Jeff a vé­cu en réa­li­té. J’étais très ner­veux, mais l’ex­pé­rience fut for­mi­dable sur le plan hu­main. Au­jourd’hui, je ne res­sens plus que joie, émo­tion et gra­ti­tude. »

« Pro­duire ce long mé­trage m’a don­né l’oc­ca­sion de suivre toutes les étapes de sa fa­bri­ca­tion. Ce­la n’a fait que confir­mer le res­pect que j’ai pour les vé­té­rans de ce mé­tier, par­ti­cu­liè­re­ment ceux qui ont tra­vaillé avec moi sur ce film. » — Jake Gyl­len­haal

PHO­TO FOURNIE PAR FILMS SÉ­VILLE

Une scène du film Stron­ger, qui met en ve­dette Jake Gyl­len­haal

PHO­TO CHRIS DONOVAN, LA PRESSE CA­NA­DIENNE

Da­vid Gor­don Green, réa­li­sa­teur, Jeff Bau­man, am­pu­té des deux jambes à la suite des at­ten­tats au ma­ra­thon de Bos­ton en 2013, et Jake Gyl­len­haal, ac­teur et pro­duc­teur du film Stron­ger, étaient en confé­rence de presse au Fes­ti­val in­ter­na­tio­nal du film de To­ron­to sa­me­di der­nier.

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