Amour, tu me tue­ras

La Presse - - ARTS CINÉMA - LUC BOULANGER Drame de Léa Pool avec So­phie Né­lisse, Karine Va­nasse et Jean-Simon Le­duc. 1h32.

Comme nombre de lecteurs, Léa Pool a eu «un coup de foudre» pour le ro­man Et au pire, on se mariera, his­toire d’un amour im­pos­sible entre une ado­les­cente et un mu­si­cien qui a le double de son âge, sur fond de grande souf­france fa­mi­liale et de pe­tite mi­sère ur­baine. À l’ins­tar du per­son­nage prin­ci­pal, Aï­cha, la réa­li­sa­trice ai­mait peut-être trop le pre­mier ro­man de So­phie Bien­ve­nu pour bien prendre ses dis­tances (la ci­néaste est aus­si cos­cé­na­riste avec l’au­teure). Sur grand écran, son adap­ta­tion du ro­man est plus jo­lie que trou­blante, et un peu ar­ti­fi­cielle.

«Et au pire, on se mariera», c’est la ré­plique que lance Aï­cha (So­phie Né­lisse) à Baz (Jean-Simon Le­duc), un jeune homme ren­con­tré dans un parc d’Ho­che­la­ga, dont elle est fol­le­ment amou­reuse. Or, ce der­nier ré­siste à ses avances, tout en en­tre­te­nant une ami­tié, « comme avec une pe­tite soeur ».

Le film est un long re­tour en ar­rière. Ar­rê­tée par les po­li­ciers sur une scène de crime, Aï­cha est in­ter­ro­gée par une femme – une tra­vailleuse so­ciale ? – qu’on ne voit ja­mais. L’his­toire est donc ra­con­tée du point de vue d’Aï­cha, ce qui mul­ti­plie les pistes de lec­ture, entre l’ima­gi­naire d’une en­fant et la réa­li­té du monde adulte.

Ce qui est cer­tain, tou­te­fois, c’est la so­li­tude et le désoeu­vre­ment d’Aï­cha. Éle­vée par une mère seule, elle a été vic­time d’in­ceste, plus jeune, par le chum de sa mère. Tout le dé­rè­gle­ment de ses sens part de là : Aï­cha confond les fan­tasmes d’un pé­do­phile avec l’amour pa­ter­nel. Alors, elle dé­tes­te­ra sa mère pour avoir mis fin à cet amour.

En sur­face

Alors que la ca­mé­ra s’at­tarde trop sur des dé­tails, le ré­cit prend du temps à dé­col­ler. L’émo­tion jaillit fai­ble­ment dans ce film beau­coup trop lisse, trop propre, tant pour faire sen­tir la dé­tresse d’Aï­cha que la du­re­té de son mi­lieu. (Les deux pros­ti­tués tra­ve­los du Centre-Sud sont à la li­mite du bur­lesque !)

D’ailleurs, c’est le prin­ci­pal dé­faut de ce film: on sent très peu la vul­né­ra­bi­li­té d’Aï­cha. Sa souf­france semble se ré­su­mer à des ca­prices d’ado en manque d’at­ten­tion. Est-ce à cause du jeu as­sez li­mi­té de So­phie Né­lisse ? Ou de la fa­çon qu’on l’a di­ri­gée? La jeune co­mé­dienne ne convainc pas. Qui plus est, à 17 ans (presque 18), So­phie Né­lisse est trop ma­ture pour le rôle (dans le ro­man, Aï­cha a 13 ans).

Dans la peau de la mère d’Aï­cha, une in­fir­mière qui tente déses­pé­ré­ment de se rap­pro­cher de sa fille, Karine Va­nasse est convain­cante et très juste. Avec un per­son­nage na­tu­ra­liste, l’ac­trice casse son image de star. Va­nasse touche aus­si des notes dra­ma­tiques, comme dans la scène en voi­ture, où la mère fait avouer à sa fille (Aï­cha en­fant est jouée par Isabelle Né­lisse, la soeur de So­phie) les at­tou­che­ments sexuels com­mis sur elle. Dans le rôle de l’amou­reux, Jean-Simon Le­duc, au charme conte­nu, joue tout en re­te­nue et en sen­si­bi­li­té. Ce co­mé­dien se trans­forme d’un rôle à l’autre.

Dom­mage que par manque de moyens ou trop de pu­deur, Léa Pool soit res­tée en sur­face de ce ro­man dé­ran­geant et im­pu­dique.

PHO­TO FOURNIE PAR K-FILMS AMÉRIQUE

« Et au pire, on se mariera », ce n’est pas seule­ment le titre du film. C’est aus­si la ré­plique que lance Aï­cha (So­phie Né­lisse) à Baz (Jean-Simon Le­duc), un jeune homme ren­con­tré dans un parc d’Ho­che­la­ga, dont elle est fol­le­ment amou­reuse.

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