Quels im­pacts en im­mo­bi­lier ?

La Presse - - LA PRESSE AFFAIRES - AN­DRÉ DUBUC

Na­tif de To­ron­to, Da­vid Bla­ther­wick, 56 ans, est arrivé à Mon­tréal une pre­mière fois en 1984 comme de­si­gner in­dus­triel. Quand il a dû quit­ter la ville en 2004, il était de­ve­nu un ar­tiste en arts vi­suels. « Mon­tréal et le Qué­bec, c’est mon chez­moi ar­tis­tique », dit-il au té­lé­phone.

On peut d’ailleurs ad­mi­rer son ins­tal­la­tion En pen­sant à toi au Mu­sée na­tio­nal des beauxarts du Qué­bec, à Qué­bec.

« J’ai dû par­tir pour des rai­sons fi­nan­cières et j’ai ac­cep­té une charge de pro­fes­seur d’abord en Al­ber­ta, puis en On­ta­rio. Pen­dant ces 13 an­nées [hors du Qué­bec], j’ai pleu­ré tous les jours, confie-t-il. Il y a deux ans, j’ai com­men­cé à cher­cher des postes à Mon­tréal.» Par ré­flexe, il a re­gar­dé du cô­té des uni­ver­si­tés an­glo­phones, sans suc­cès. C’est l’UQAM, où il a fait sa maî­trise [il était le seul an­glo­phone de sa co­horte à l’époque], qu’il l’a in­vi­té à sou­mettre sa can­di­da­ture au prin­temps. « Pour moi, c’est un mi­racle de re­ve­nir à Mon­tréal. J’es­père res­ter ici pour de bon. »

Le peintre est arrivé en ville avec sa femme et ses deux plus jeunes en­fants en juin. La vente de sa mai­son de cam­pagne à Elo­ra, près de Guelph, a rap­por­té as­sez d’ar­gent pour qu’il puisse ac­qué­rir une mai­son en ran­gée dans le quar­tier SaintHen­ri, de trois chambres, trois étages et un ate­lier au sous-sol, pour un de­mi-mil­lion.

«Mon fils de 31 ans ha­bite dé­jà dans le quar­tier. J’aime le canal de La­chine, le mé­tro. J’avais aus­si des amis dans le coin. »

« Mon­tréal a tel­le­ment changé en 10 ans, consta­tet-il. Le ré­seau cy­clable s’est éten­du. Mal­heu­reu­se­ment, le prix des mai­sons a ex­plo­sé de­puis mon dé­part en 2004, même s’il reste moins cher qu’ailleurs. »

COM­BIEN VIENDRONT ?

His­to­ri­que­ment, le Qué­bec a un solde mi­gra­toire po­si­tif avec l’étran­ger, mais né­ga­tif avec le reste du Ca­na­da.

Des flux mi­gra­toires plus fa­vo­rables au Qué­bec au­raient ra­pi­de­ment une in­ci­dence au­tant sur le mar­ché de la re­vente et que sur le mar­ché du neuf, puisque toute aug­men­ta­tion de la po­pu­la­tion nour­rit la de­mande de lo­ge­ments, sou­tient Gilles Ouel­let, consultant im­mo­bi­lier et président de Groupe So­lu­tions mar­ke­ting im­mo­bi­lier, que nous avons consul­té sur cette ques­tion.

QUI SE­RONT-ILS ?

M. Ouel­let ne s’at­tend pas à ce que le phé­no­mène touche en grand nombre les ba­by­boo­mers à la re­traite ou les qua­dra­gé­naires dont la car­rière est so­li­de­ment im­plan­tée dans leur ville d’adop­tion. Mon­tréal pour­rait, par contre, at­ti­rer les tra­vailleurs en dé­but de car­rière, de même que les étu­diants. À l’au­tomne 2016, ils étaient près de 15 000 Ca­na­diens hors Qué­bec à étu­dier dans les uni­ver­si­tés qué­bé­coises.

« En ce mo­ment, on a le sen­ti­ment que la per­cep­tion de Mon­tréal à l’échelle mon­diale est en hausse, dit le cour­tier Pa­trice Gro­leau, de l’Agence En­gel Völ­kers de Mon­tréal, qui se spé­cia­lise au­près de la clien­tèle in­ter­na­tio­nale. On a l’im­pres­sion que Mon­tréal va de­ve­nir le Bos­ton du Ca­na­da. Il y a un at­trait pour les étu­diants hors Qué­bec. Le dé­ve­lop­pe­ment de l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle fait par­ler de la ville. Mon­tréal est ten­dance au­près de la jeune gé­né­ra­tion », sou­tient-il.

PRO­PRIÉ­TAIRES OU LOCATAIRES ?

Peu im­porte leur nombre et leur âge, les An­glo-Ca­na­diens qui mi­gre­ront vers Mon­tréal sont sus­cep­tibles d’avoir une in­ci­dence bien plus im­mé­diate sur le mar­ché im­mo­bi­lier qu’une co­horte de taille sem­blable d’im­mi­grants en pro­ve­nance de l’étran­ger.

«Ce sont des gens qui sont ha­bi­tués d’être pro­prié­taires, fait re­mar­quer le consultant Gilles Ouel­let. Ils ont des re­ve­nus sem­blables ou su­pé­rieurs aux nôtres. Ils connaissent bien les rouages du mar­ché im­mo­bi­lier et l’en­vi­ron­ne­ment éco­no­mique. Il n’y a pas de pé­riode d’adap­ta­tion, con­trai­re­ment aux im­mi­grants. Leur ve­nue sti­mu­le­rait la vente d’uni­fa­mi­liales, de mai­sons en ran­gée et de condos », croit-il.

D’après ce qu’il ob­serve, le pro­prié­taire d’une mai­son d’une va­leur de 2 mil­lions à To­ron­to peut trou­ver l’équi­valent pour moi­tié moins cher dans la ré­gion mont­réa­laise.

QUELS QUAR­TIERS EN PROFITERAIENT ?

Il y a fort à pa­rier que les an­glo­phones s’ins­tal­le­raient dans les quar­tiers de l’ouest de la ville comme No­treDame-de-Grâce, West­mount, Grif­fin­town, le Sud-Ouest, Mile End, et dans les ban­lieues du West Is­land de même que Hud­son et SaintLa­zare, où il y a dé­jà beau­coup d’an­glo­phones, parce que les gens ont ten­dance à se re­grou­per.

Or, ces quar­tiers sont dé­jà très de­man­dés ac­tuel­le­ment, constate le cour­tier Pa­trice Gro­leau, entre autres en rai­son de l’im­mi­gra­tion in­ter­na­tio­nale, sur­tout chi­noise. Les ache­teurs re­cherchent les bonnes écoles an­glaises.

« On le voit à Kirk­land, té­moigne M. Gro­leau. On sent vrai­ment un boom au­tour des écoles an­glaises 100% pri­vées comme Ku­per Aca­de­my. Des ache­teurs étran­gers ont le ré­flexe d’al­ler vers le 100% pri­vé pour ne pas avoir à ins­crire leurs en­fants à l’école fran­çaise », dit-il.

OPI­NION D’UNE PRO­FES­SION­NELLE

Ma­ry La­mey, cour­tière chez Cen­tu­ry 21, se sou­vient avoir ven­du une mai­son à une fa­mille « mixte » – père fran­co­phone, mère an­glo­phone – qui re­ve­nait de To­ron­to après 20 ans. Le mé­nage vou­lait que le fils ter­mine son se­con­daire en fran­çais. Elle a aus­si été té­moin tout ré­cem­ment d’un té­lé­tra­vailleur au ser­vice de CGI qui a dé­mé­na­gé de To­ron­to à Mon­tréal. Dans les deux cas, les ache­teurs ont pro­fi­té du dif­fé­ren­tiel de prix entre les deux grandes villes pour mon­ter en gamme. Mais ce sont des évé­ne­ments anec­do­tiques, pas l’illus­tra­tion d’une ten­dance de fond.

« Je vois plus sou­vent des étu­diants de l’ex­té­rieur qui dé­cident de res­ter à Mon­tréal après leurs études, té­moigne-telle. Une di­plô­mée de McGill, ori­gi­naire de Vancouver, m’a ap­pe­lée avant les va­cances. Elle veut s’ache­ter un condo. »

PHO­TO RO­BERT SKINNER, LA PRESSE

Le peintre Da­vid Bla­ther­wick est arrivé en ville avec sa femme et ses deux plus jeunes en­fants en juin. La vente de sa mai­son de cam­pagne à Elo­ra, près de Guelph, a rap­por­té as­sez d’ar­gent pour qu’il puisse ac­qué­rir une mai­son en ran­gée dans le quar­tier Saint-Henri.

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