Ostende suit le groove de Mar­vin Gaye

C’est en Bel­gique que la lé­gende du soul a com­po­sé son grand suc­cès Sexual Hea­ling. Une vi­site iPod per­met de suivre ses traces.

La Presse - - VOYAGE BELGIQUE - JEAN-CH­RIS­TOPHE LAURENCE Mar­vin Gaye Mid­night Love Tour : vi­si­toos­tende.be/fr/mar­vin­gaye

Au­jourd’hui, il fait so­leil à Ostende. En bord de mer, sur la pro­me­nade Al­bert I, les « go-karts » sla­loment entre les pié­tons, tan­dis que des mouettes sur­volent les ter­rasses, à la re­cherche de quelques frites éga­rées.

L’en­droit, pit­to­resque, évo­que­rait plus une chan­son de Jacques Brel que l’usine à tubes de Mo­town. Et pour­tant, c’est bien ici que Mar­vin Gaye a com­po­sé son plus grand suc­cès, Sexual Hea­ling, avec l’aide de mu­si­ciens fla­mands.

Non, ce­ci n’est pas une blague de belge. Au dé­but des an­nées 80, la lé­gende du soul a vé­cu près de deux ans dans cette sta­tion bal­néaire au charme sur­an­né, qui borde la mer du Nord, à une heure de train de Bruxelles.

Cette his­toire, que la plu­part des Belges ignorent, mé­ri­tait d’être ra­con­tée. Et c’est la mis­sion que s’est don­née l’Of­fice du tou­risme d’Ostende, avec son Mar­vin Gaye Mid­night Love Tour. Pour la mo­dique somme de cinq eu­ros, le vi­si­teur peut dé­sor­mais mar­cher dans les pas os­ten­dais de feu Mar­vin, avec l’aide d’un simple iPod, gar­ni d’ex­traits vi­déo et d’en­tre­vues avec les « lo­caux » qui l’ont connu.

«C’est notre meilleur ven­deur par­mi nos ba­lades nu­mé­riques», nous dit la dame de l’Of­fice, avant de nous re­mettre le ma­té­riel.

Deux ans

Mais comment diable une ve­dette noire amé­ri­caine, vi­vant de sur­croît en Ca­li­for­nie, s’est-elle re­trou­vée dans ce bled blanc si­tué dans le nord du Plat Pays ?

C’est la ques­tion qu’on se pose d’en­trée de jeu, et à la­quelle ré­pond l’iPod dès les pre­mières me­sures et tout au long de cette vi­site qui dure au moins deux heures – mais qu’on peut faire à son rythme.

En 1980, l’in­ter­prète de What’s Going On et Heard it Th­rough the Gra­pe­vine est au fond du ba­ril. Ses disques ne se vendent plus. Mo­town vient de le lâ­cher. Il doit 4 mil­lions au fisc. Et il en­tame son se­cond di­vorce. Ce­rise sur le gâ­teau : sa der­nière tour­née bri­tan­nique a été un échec.

Mi­né par la dé­pres­sion et des pro­blèmes de consom­ma­tion, il stagne à Londres, lorsque Fred­dy Cou­saert, sym­pa­thique Belge, grand ama­teur de rhythm and blues, lui pro­pose de ve­nir se re­ta­per à Ostende. Son sé­jour de­vait du­rer deux se­maines. Il du­re­ra deux ans.

« Ostende Soul »

Écou­teurs sur les oreilles, on s’ar­rête de­vant l’hô­tel où le chan­teur a vé­cu quelques mois. Au Ca­si­no, où il a ef­fec­tué son re­tour sur scène. Puis sur la plage, où il fai­sait son jog­ging quo­ti­dien, vê­tu de son éter­nel sur­vê­te­ment.

Dé­tour, en­fin, par les tro­quets de Laang Straat, qu’il fré­quen­tait en par­fait ano­nyme, ou presque. Chez La­fayette, une pho­to de son pas­sage trône en­core der­rière le bar. Sous le cadre, deux simples mots : « Soul os­ten­daise ».

Le point fort de la vi­site reste tou­te­fois la « Ré­si­dence Jane », si­tuée face à la mer, au 77 de la pro­me­nade Al­bert I. C’est là, au qua­trième étage de cet im­meuble en hau­teur, que Mar­vin Gaye va com­po­ser Sexuel Hea­ling, la chan­son qui le re­met­tra sur les rails et lui per­met­tra de re­nouer avec les États-Unis.

Re­chute

Belle mé­daille... qui a tou­te­fois son re­vers. Si­tôt de re­tour à Los Angeles, le chan­teur va re­trou­ver ses vieux dé­mons, drogue et al­cool. Une longue re­chute qui s’achè­ve­ra par sa mort en 1984. As­sas­si­né par son propre père. Il n’avait que 45 ans.

Bien qu’im­pro­bable, cette pa­ren­thèse belge reste un ja­lon dans la car­rière de Mar­vin Gaye. Lieu de créa­tion. Et sur­tout, de re­cons­truc­tion. Une évi­dence que lui-même ad­met­tra, dans l’un des ex­traits du Mid­night Love Tour.

« Il y a peut-être des en­droits où je pré­fé­re­rais être, mais je dois res­ter ici. Je suis un or­phe­lin et Ostende est mon or­phe­li­nat... »

PHO­TO JEAN-CH­RIS­TOPHE LAURENCE, LA PRESSE

Pour la mo­dique somme de cinq eu­ros, le vi­si­teur peut mar­cher dans les pas os­ten­dais de feu Mar­vin Gaye, avec l’aide d’un simple iPod, gar­ni d’ex­traits vi­déo et d’en­tre­vues avec les « lo­caux » qui l’ont connu.

PHO­TO DOUG PIZAC, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Mar­vin Gaye a rem­por­té le prix de la meilleure chan­son soul/R&B au Ame­ri­can Mu­sic Awards de 1983 pour sa chan­son Sexual Hea­ling.

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