DES TURBULENCES APRÈS L’OU­RA­GAN

SUD

La Presse - - VOYAGE - NATHAËLLE MO­RIS­SETTE

Nombre de voya­geurs qui pro­jettent de mettre le cap sur le Sud pen­dant l’hi­ver de­vront sans doute mo­di­fier leur iti­né­raire, et pour­raient peut-être même payer plus cher, en rai­son des dé­gâts pro­vo­qués par le pas­sage d’Ir­ma.

Bien qu’elles oc­cupent une place de choix dans les bro­chures en cou­leur – im­pri­mées à l’avance – des agences de voyages, les îles de Saint-Mar­tin et de Cu­ba ne sont pro­ba­ble­ment plus des des­ti­na­tions à en­vi­sa­ger, pour le mo­ment à tout le moins. Ré­sul­tat : même s’ils sont dé­jà po­pu­laires, la Ja­maïque, la Ré­pu­blique do­mi­ni­caine et le Mexique pour­raient bien de­ve­nir le lieu de dé­tente d’un plus grand nombre de tou­ristes, pro­vo­quant du coup une hausse des prix pour un sé­jour sous les pal­miers.

Lors­qu’on de­mande à An­dré Des­ma­rais, pro­prié­taire de l’agence Aé­ro­port Voyage, si l’on doit rayer Saint-Mar­tin de la liste de des­ti­na­tions-so­leil pour cet hi­ver, il ré­pond d’em­blée: «Oui, com­plè­te­ment. J’ai bien l’im­pres­sion que les voya­gistes vont ces­ser d’of­frir des vols là-bas. »

Se­lon lui, Saint-Mar­tin, dont la par­tie fran­çaise a été dé­truite à 95% par Ir­ma, qui y a aus­si fait des di­zaines de vic­times, met­tra un mi­ni­mum d’un an avant de se re­le­ver. Du cô­té de Club Voyages Ray­monde Pot­vin, on par­tage le même avis. «On ou­blie ça pour la sai­son, lance sans dé­tour Ray­monde Pot­vin, pro­prié­taire de l’agence. Et il reste en­core deux mois à la sai­son des ou­ra­gans. »

«Il n’y a rien qui va se pas­ser là­bas cet hi­ver, l’aé­ro­port est dé­truit», ren­ché­rit Manon Martel, di­rec­trice ré­gio­nale de l’As­so­cia­tion ca­na­dienne des agences de voyages (ACTA).

Peu de temps après le pas­sage d’Ir­ma, les voya­gistes in­ter­ro­gés par La Presse lais­saient plu­tôt pla­ner le mys­tère en ce qui concerne Saint-Mar­tin. Fi­na­le­ment Sun­wing a an­non­cé jeu­di l’an­nu­la­tion de ses vols jus­qu’en avril 2018. Les porte-pa­roles d’Air Ca­na­da et d’Air Tran­sat ont toutes deux ré­pon­du qu’il était en­core trop tôt pour se pro­non­cer et que la si­tua­tion évo­luait ra­pi­de­ment. West Jet, de son cô­té, dit avoir ces­sé ses vols « pour le mo­ment ».

La plu­part des trans­por­teurs font tou­te­fois preuve de sou­plesse en­vers les voya­geurs qui sou­hai­te­raient an­nu­ler des vols ré­ser­vés pour cet hi­ver à des­ti­na­tion de Saint-Mar­tin, où un cer­tain chaos règne tou­jours une se­maine après le pas­sage de la tem­pête. Chaque cas est éva­lué, et les clients ont la pos­si­bi­li­té de je­ter leur dé­vo­lu sur une autre des­ti­na­tion.

Cu­ba

La si­tua­tion à Cu­ba in­quiète éga­le­ment cer­tains conseillers en voyages. La Ha­vane et la côte nord du pays, en par­ti­cu­lier la ré­gion de Cayo Co­co, très fré­quen­tée par les tou­ristes, ont été af­fec­tés. Le groupe Mé­lia qui pos­sède plu­sieurs hô­tels sur l’île as­sure tou­te­fois que ses éta­blis­se­ments de la ca­pi­tale ne sont pas en bord de mer et n’ont pas été inon­dés. Ils peuvent donc ac­cueillir des clients sans pro­blème. Bien que toute l’île com­mu­niste n’ait pas été tou­chée, c’est plu­tôt la pos­si­bi­li­té d’une lente re­cons­truc­tion qui laisse An­dré Des­ma­rais son­geur. Il croit aus­si que si cer­tains hô­tels à Va­ra­de­ro, par exemple conti­nuent de re­ce­voir des tou­ristes, les pal­miers se­coués par le vent et les nom­breux dé­bris sur la plage pour­raient re­bu­ter cer­tains va­can­ciers. «Ar­ri­ver sur un site tou­ris­tique où toute la vé­gé­ta­tion a été ba­layée, ce n’est pas très in­té­res­sant », illustre M. Des­ma­rais.

Paul Ar­se­neault, ti­tu­laire de la Chaire de tou­risme Tran­sat-UQAM, est quant à lui plus op­ti­miste en ce qui concerne le pays de Raúl Cas­tro. Se­lon lui, la re­cons­truc­tion des ré­gions tou­chées se fe­ra ra­pi­de­ment. « Ils ne vont pas res­ter les deux bras croi­sés. En trois mois, je suis convain­cu que tout ça est ré­pa­ré», pré­dit-il. M. Ar­se­neault ex­plique que la plu­part des grands hô­tels ont des co­pro­prié­taires étran­gers qui met­tront toutes les res­sources né­ces­saires pour re­mettre les in­fra­struc­tures tou­ris­tiques en bon état. Il rap­pelle éga­le­ment que Va­ra­de­ro et Hol­guin ont somme toute été épar­gnés. Dans ces deux sec­teurs, à tout le moins, « à la re­lâche sco­laire, ajoute-t-il, ça se­ra de l’his­toire an­cienne ».

En ce qui concerne les na­vires de croi­sières qui pré­voyaient des ar­rêts dans les en­droits tou­chés, ils peuvent plus ai­sé­ment chan­ger de tra­jec­toire, es­time An­nie Gau­thier, porte-pa­role de CAA-Qué­bec. «Ils sont da­van­tage maîtres de leur iti­né­raire. »

Hausses de prix pos­sibles

Par ailleurs, les images qui tournent en boucle, mon­trant des pal­miers dé­ra­ci­nés et des toits ar­ra­chés, risquent d’in­ci­ter les gens à se tour­ner vers des en­droits épar­gnés par Ir­ma, ac­cen­tuant ain­si la de­mande plus qu’à l’ha­bi­tude dans cer­taines ré­gions. « Il y a de fortes chances que le client dé­cide d’al­ler dans un en­droit qui n’a pas été tou­ché», ajoute An­dré Des­ma­rais.

«Nous avons ajou­té des vols ad­di­tion­nels sur Cancún et ra­jou­te­rons d’autres des­ti­na­tions dans les pro­chains jours dans le but d’of­frir des op­tions aux clients », sou­ligne Ma­rie-Josée Car­rière, porte-pa­role de Sun­wing.

Des en­droits comme la Ja­maïque ou Los Ca­bos, au Mexique, consi­dé­rés comme des des­ti­na­tions haut de gamme, pour­raient ain­si ac­cueillir sur leurs plages des «ha­bi­tués» de SaintMar­tin. Plus abor­dable, la Ré­pu­blique do­mi­ni­caine pour­rait, quant à elle, être po­pu­laire chez les voya­geurs qui ont l’ha­bi­tude d’al­ler à Cu­ba.

À ce su­jet, Co­sette Gar­cia, di­rec­trice de l’Of­fice de pro­mo­tion tou­ris­tique de la Ré­pu­blique do­mi­ni­caine, à Mon­tréal, ca­chait mal son malaise de­vant cette si­tua­tion. «Grâce à Dieu, la Ré­pu­blique do­mi­ni­caine n’a pas été tou­chée, mais nous ne vou­lons pas ti­rer avan­tage du mal­heur des autres», di­telle, ad­met­tant du même souffle qu’il se­rait lo­gique que plus de gens se tournent vers ce pays.

Est-ce que cette nou­velle réa­li­té pour­rait en­traî­ner une hausse de prix pour des sé­jours là-bas? «Les prix va­rient tou­jours se­lon la loi de l’offre et de la de­mande », ré­pond sim­ple­ment Ma­rie-Lise Ba­ril, di­rec­trice des com­mu­ni­ca­tions de Voyages Bergeron.

Chose cer­taine, ceux qui pensent pro­fi­ter au cours de pro­chaines se­maines de ra­bais dans des ré­gions moins tou­chées, comme Va­ra­de­ro à Cu­ba, risquent d’être dé­çus. Après vé­ri­fi­ca­tion, les agences consul­tées par La Presse n’avaient no­té au­cune di­mi­nu­tion si­gni­fi­ca­tive des prix, sou­li­gnant du même souffle que les for­faits sont dé­jà gé­né­ra­le­ment très abor­dables l’au­tomne.

Ray­monde Pot­vin s’at­tend pour sa part à une hausse de prix pour les des­ti­na­tions qui n’ont pas été tou­chées. Elle ajoute tou­te­fois qu’il n’existe au­cun lieu sûr et que la sai­son des ou­ra­gans se pour­suit jus­qu’en no­vembre. «Il n’y a rien qui ga­ran­tit qu’il n’y au­ra pas un autre ou­ra­gan et que le Mexique ne se­ra pas tou­ché. »

PHO­TO GEORGE EATWELL, AFP

L’île Jost Van Dyke dans les îles Vierges bri­tan­niques, après le pas­sage de l’ou­ra­gan Ir­ma

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